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Asie du Sud - Bangladesh

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Condamnation à mort d’un leader du BNP pour crimes de guerre

Condamnation à mort d’un leader du BNP pour crimes de guerre

01/10/2013

Salauddin Quader Chowdhury, personnage influent et respecté du Bangladesh Nationalist Party (BNP), principal parti d’opposition du Bangladesh, a été condamné à mort ce mardi 1er octobre par le Tribunal international spécial des crimes de guerre (ITC).

 

Député du BNP et membre de son comité central, S. Q. Chowdhury a été reconnu à l’issue d’une procédure de plusieurs mois, coupable d'actes de meurtre, de torture, de viol et de génocide, - entre autres charges -, commis lors de la guerre d’indépendance du Pakistan de 1971.

Le verdict prononcé aujourd’hui par l’ITC, condamne à mort le leader BNP, âgé de 64 ans, contre lequel ont déposé 41 témoins, attestant notamment de sa responsabilité directe dans l’assassinat de 200 civils majoritairement hindous, mais aussi de la direction d’un centre de torture dans sa résidence familiale ainsi que de sa collaboration active avec l’armée pakistanaise.

Il s’agit de la septième condamnation à mort pour crimes de guerre depuis l’instauration des tribunaux spéciaux par le gouvernement de Sheikh Hasina (1), mais de la première concernant un membre du BNP. Tous les autres accusés jusqu’à présent appartenaient au Jamaat -e- islami, parti islamiste allié du BNP.

Depuis l’ouverture des procès il y a deux ans et les premières condamnations prononcées en 2012, le Bangladesh est le théâtre d’émeutes et de manifestations sanglantes dont le bilan s’élève aujourd’hui à plus de 200 morts pour ces seuls neuf derniers mois.

Les partisans du BNP et du Jamaat -e- islami, criant au complot politique, accusent la Ligue Awami, le parti en place, de vouloir éliminer les têtes de leurs partis afin de se maintenir au pouvoir aux prochaines élections. A chaque nouvelle condamnation, les partisans islamistes protestent violemment contre les « injustes accusations » dont sont victimes, selon eux, leurs leaders, la plupart du temps des chefs religieux respectés et influents.

Dans des affrontements meurtriers, les manifestants du BNP et du Jamaat se heurtent alors aux forces de l’ordre ainsi qu’aux partisans de la laïcisation de l’Etat et aux familles des victimes de la guerre de 1971, qui de leur côté, réclament justice contre les « assassins du peuple ».

La protestation du Jamaat, soutenue par le récent mais puissant parti Hefajat-e-islam, s’est encore durcie cet été, avec l' interdiction par la Haute Cour de Dacca de se présenter aux prochaines élections en raison de son « caractère anticonstitutionnel ».

Menaçant de « poursuivre l’agitation dans le pays » jusqu’à ce que le gouvernement cède à leurs revendications, les partis islamistes n’ont pas cessé depuis des mois de demander la « libération immédiate » de leurs leaders condamnés pour crimes de guerre, mais aussi l’instauration d’une loi anti-blasphème ainsi que d’un système législatif qui permettrait l’application de la charia.

S.Q Chowdhury qui a nié les charges dont il était accusé, a annoncé sa décision d’interjeter appel devant la Haute Cour. De son côté, le procureur Zead-Al-Malum, a déclaré à la presse à l’issue de l’audience, ce mardi 1er octobre, que sur les 23 chefs d’accusation qui pesaient sur lui, « Salauddin Q Chowdhury avait été reconnu coupable sans l’ombre d’un doute, de neuf d’entre eux, dont quatre passibles de la peine de mort ».

Les réactions des partisans du BNP ne se sont pas fait attendre. Dès l’annonce du verdict ce matin, la section BNP de Chittagong a appelé à un hartal de protestation (grève générale accompagnée d’une 'opération ville morte') dans tout le district de Chittagong, pour demain mercredi, rapporte le Star Online.

En prévision des troubles, des troupes de gardes-frontières (Border Guard Bangladesh (BGB) ) ont été déployées dans la ville portuaire ainsi que dans les agglomérations sensibles des environs. Chittagong est l’une des zones où les derniers hartals de protestation des islamistes ont été les plus sanglants, mais aussi le fief de S. Q. Chowdhury qui en est le député. C’est également dans cette région que le leader BNP aurait commis la plupart de ses crimes.

Cet après-midi, plusieurs médias rapportent que des troubles ont commencé à éclater, les militants BNP bloquant déjà les routes, mettant le feu à des véhicules et à des bus dans les villes de Chittagong et de Dacca. Il a été signalé, sans plus de précision, que des blessés avaient été conduits à l’hôpital.

Les membres du Shahbagh (2) sont quant à eux, descendus dans la rue pour fêter le verdict. L’édition du soir du Daily Star rapporte que les militants du Gonojagoron Mancha youth , branche jeunesse du Shahbagh, défilent en liesse dans la capitale, convergeant vers la place qui a donné son nom au mouvement.

Craignant des affrontements ce soir entre les partisans de S. Q Chowdhury et les membres du Shahbagh, des cordons de policiers ont été mis en place pour séparer les quartiers de Dacca où les uns célèbrent une victoire, les autres protestent contre « un complot politique ».

Dans la capitale, des unités militaires ont été appelées à rejoindre des forces de police déjà en faction autour du tribunal depuis hier soir. Un renfort de près de 2 000 policiers supplémentaires est attendu d’ici la fin de la journée, rapporte le Daily Star.

(eda/msb)

Notes

(1) Deux cours spéciales de justice « internationales » (ITC) (des institutions controversées, leur fonctionnement n’ayant été validé par aucune instance internationale),ont été mises en place en 2010 par Sheikh Hasina pour juger les responsables des crimes commis durant la guerre d’indépendance de 1971, laquelle aurait fait, selon certaines sources, trois millions de morts, des millions de déplacés en Inde et plus de 200 000 femmes violées.

(2) Ce groupe informel qui rassemble des écrivains, des intellectuels, des blogueurs et différents défenseurs des droits de l’homme, milite pour la laïcité de l’Etat, le jugement des crimes commis durant la guerre de 1971, ainsi que l’interdiction du Jamaat-e-Islami, le principal parti islamiste, à l’origine des violences qui secouent le Bangladesh depuis des mois. Il tient son nom de la place de Dacca où se sont tenues les premières manifestations pacifiques en janvier et février derniers, pour la poursuite et la sanction des crimes de guerre.