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Asie du Sud - Bangladesh

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Les islamistes remportent des élections municipales à une très forte majorité

Les islamistes remportent des élections municipales à une très forte majorité

17/06/2013

A quelques mois des élections générales, le principal parti d’opposition, le BNP, soutenu par ses alliés islamistes, vient de remporter ce week-end les municipales dans les quatre villes concernées.

Le Bangladesh Nationalist Party (BNP), opposant traditionnel de la Ligue Awami (AL), dirigée par le Premier Ministre Sheikh Hasina, a obtenu plus de 60 % des voix ce dimanche 16 juin à Sylhet, Barisal, Khulna et Rajshahi, les quatre villes qui renouvelaient les mandats de leurs maires.

Une victoire écrasante pour le parti responsable des manifestations et émeutes meurtrière de ces mois derniers, si l’on considère que ses alliés islamistes, le Jamaat-e-Islami et l’Hefajat-e-Islam (1) à l’influence grandissante, avaient boycotté les élections. En ne présentant pas de candidats, les islamistes désiraient protester contre le refus du gouvernement de Sheikh Hasina de rétablir un gouvernement de transition lors des élections, un système que le Premier ministre avait aboli en 2011.

Ce désistement a permis un report massif des voix des islamistes sur le BNP, comme le sous-entendent les statistiques de la National Election Commission, qui rapporte qu’au moins 80 % de la population a voté ce week-end. A six mois des élections générales, ce vote de défiance du gouvernement en place a suscité des réactions à différents niveaux de l’Etat. Les ministres des Finances et de la Communication ont réagi dès dimanche, parlant d’un « signe inquiétant » et d’un appel pour leur parti à « se réveiller » avant les prochaines élections, rapporte lundi 17 juin l’agence Reuters.

Depuis la mise en place par le gouvernement d’un tribunal spécial pour juger les crimes commis durant la guerre d’indépendance de 1971, mais surtout depuis l’inculpation et la condamnation (à la peine de mort pour certains) de membres éminents du BNP et du Jamaat-e-Islami, le parti d’opposition a multiplié les manifestations et émeutes sanglantes, qui ont déjà provoqué la mort depuis le début de l’année de près de 200 personnes et fait des centaines de blessés.

Selon la plupart des observateurs, cette victoire n’a été rendue possible que par le basculement de l’opinion, qui considère que les véritables croyants de l’islam sont aujourd’hui dans l’opposition au gouvernement.

« L’intense campagne menée par l’Hefajat-e Islam et quelques autres partis islamistes utilisant la carte de la religion contre les candidats de la Ligue Awami est l’une des clés du succès remporté aux élections municipale de samedi par le BNP », écrit un éditorialiste aujourd’hui dans The Daily Star.

Les candidats du parti d’opposition, détaille-t-il, ont présenté le scrutin comme « une bataille décisive entre les croyants et les athées », ces derniers étant désignés ouvertement comme les membres de la Ligue Awami. Parmi les arguments de campagne du BNP, qui a mobilisé beaucoup de militants faisant du porte-à-porte, l’un des plus persuasifs a certainement été la rumeur selon laquelle les autorités avaient tué des centaines de membres de l’Hefajat lors de la manifestation du 5 mai dernier à Dacca (2).

« Le BNP a crié au génocide bien que ces accusations se soient révélée totalement infondées », poursuit l’éditorialiste, ajoutant que des campagnes de calomnies contre les candidats de la Ligue Awami avaient fait partie des autres « moyens de propagande douteux » utilisés par les islamistes pour gagner les élections. « Les membres de l’Hefajat ont prétendu que [les candidats de l’AL] n’allaient jamais à la mosquée et ne leur faisaient aucun don », rapporte-t-il, expliquant que, depuis la victoire des islamistes dans ces quatre villes importantes, le Jamaat et l’Hefajat affirmaient représenter la voix du peuple et des croyants « contre les athées qui dirigent le pays ».

The Daily Star déclare en outre avoir interrogé dimanche 16 juin une cinquantaine d’électeurs à Baisal, toutes catégories confondues, lesquels ont pratiquement tous déclarés être persuadés que le gouvernement avait massacré les jeunes de l’Hefajat à Dacca et caché leurs corps.

Quant au Dhaka Tribune, il souligne ce 17 juin la surprise provoquée par la victoire des islamistes à Khulna, fief du BNP et troisième ville le plus importante du pays avec son million d’habitants, une cité dont le maire, Talukder Abdul Khaleque, n’avait jusqu’ici jamais été battu.

Notes

(1) L’Hefajat-e-Islam, principal responsable des émeutes meurtrières qui ont récemment endeuillé le Bangladesh, est un groupe d’origine récente mais déjà très influent, s’appuyant sur un large réseau d’écoles coraniques de tendance fondamentaliste et soutenu par le parti islamiste Jamaat-e-islami.
(2) La capitale du Bangladesh a été le théâtre de batailles de rues les 5 et 6 mai derniers, lors de manifestations orchestrées par le BNP, le
Jamaat et surtout l’Hefajat, afin d’obtenir l’instauration d’une loi anti-blasphème et la levée des accusations contre les dirigeants de leurs partis condamnés par le tribunal pour crimes de guerre. Dès le 7 mai, la polémique enflait déjà sur le nombre de tués durant les deux jours d’émeute, le gouvernement annonçant 22 décès, tandis que l’Hefajat revendiquait plusieurs centaines de tués. Selon Human Rights Watch, il y aurait eu une cinquantaine de morts (dont une grande partie parmi les forces de l’ordre) et des centaines de blessés.