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Asie du Sud - Bangladesh

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Violents affrontements dans le pays entre islamistes et forces de l’ordre

Violents affrontements dans le pays entre islamistes et forces de l’ordre

06/11/2012

Après deux jours d’affrontements entre les forces de l’ordre et le principal parti islamiste du pays, le Bangladesh Jamaat-e-Islami, l’heure est au bilan : des centaines de blessés, de nombreuses arrestations ...

... dans plusieurs districts du pays, des magasins vandalisés, des véhicules incendiés, mais surtout un sentiment de chaos qui grandit au sein de la population.

« Le Jamaat est comme un serpent ; il se terre dans un trou et surgit pour mordre dès qu’il en a l’occasion, mais nous allons le faire vite retourner se cacher», a menacé aujourd’hui lors d’une conférence de presse, Mahbub-ul-Alam Hanif, secrétaire général de l’Awami League, parti au pouvoir. « Avec l’aide du Bangladesh Nationalist Party (BNP), le Jamaat crée toute cette agitation pour faire stopper le procès des criminels de guerre », a-t-il poursuivi, ajoutant que le gouvernement ne laisserait pas les extrémistes « répandre l’anarchie dans le pays ».

Ce n’est pourtant pas la première fois que le parti islamiste organise de telles démonstrations de force afin de faire pression sur le gouvernement. Il y a un an seulement, ses militants avaient violemment affronté la police avec les mêmes revendications. Ce lundi 5 novembre, à Dacca, la manifestation organisée par le Jamaat-e-Islami et sa branche étudiante l’Islami Chhatra Shibir réclamait une fois encore la libération de leaders du parti, actuellement jugés pour crimes de guerre et contre l’humanité durant la guerre d’indépendance du Bangladesh en 1971 (1).

Parmi les onze personnes accusées d’avoir participé aux atrocités commises par l’armée pakistanaise, deux d’entre elles appartiennent au BNP, principal parti d’opposition et allié du Jamaat, les neuf autres étant des membres éminents du parti islamiste, lequel réfute les accusations portées à l’encontre de ses leaders et crie à la manipulation politique.

Ces procès, qui concernent une période sombre du pays et jugent des faits commis il y a plusieurs décennies, divisent l’opinion depuis des mois. Si les familles des victimes demandent à ce que « justice soit faite », certains observateurs s’interrogent sur l’éventualité d’une récupération politique par le parti au pouvoir (2).

Rosaline Costa, avocate catholique spécialisée dans les droits de l’homme, estime que le problème principal de ce tribunal spécial tient dans le fait qu’il fonctionne comme une tribune politique pour les deux partis, celui qui est au pouvoir comme celui qui est dans l’opposition. « Pour la Ligue Awami, monter ce tribunal tient plus de la politique que de la justice », analyse-t-elle auprès de l’agence Ucanews. « Et pour le BNP ou le Jamaat, c’est un prétexte idéal pour attaquer le parti au pouvoir », conclut l’avocate, également coordinatrice de la hotline Human Rights Bangladesh.

Un avis partagé par les membres du gouvernement ainsi que par les responsables des forces de l’ordre, qui se disent convaincus que la manifestation « était une attaque programmée » et non un mouvement de protestation qui aurait dégénéré. Les protagonistes se renvoient cependant mutuellement la responsabilité du déclenchement de l’affrontement qui, parti du quartier de Motijheel à Dacca, s’est transformé en véritable bataille rangée, gagnant rapidement le reste de la ville.

« Nous avons tenté de bloquer les militants qui avaient arrêté toute la circulation dans les rues et sur les routes et ils nous ont soudain attaqués avec des briques et des bâtons, blessant plusieurs policiers », relate le commissaire Nurul Islam. Le site bangladais d’information en ligne bdnews24.com rapporte quant à lui des témoignages d’habitants du quartier de Motijheel qui affirment qu’à l’arrivée des policiers, les militants du Jamaat ont été immédiatement rejoints par des centaines de jeunes du Chhatra Shibir qui attendaient, armés de bâtons et de briques, dans des échoppes voisines.

Safikul Islam Masud, porte-parole du Jamaat de Dacca, soutient tout au contraire que la manifestation était pacifique et que la police a soudainement attaqué les militants avec des matraques et des bombes lacrymogènes, puis tiré sur la foule avec des balles en caoutchouc. « Nous avions organisé une manifestation pacifique afin de demander la libération de nos membres emprisonnés pour soi-disant crimes de guerre, déclare-t-il. La police nous a attaqués sans raison et des centaines de nos militants ont été blessés et arrêtés. »

Le bilan des affrontements à Dacca n’était pas encore connu (il est toujours évalué entre 25 et 300 blessés selon les sources) que parvenaient des nouvelles de différents districts du pays où s’étaient produits de semblables incidents. Selon le Daily Star du 6 novembre, des heurts violents entre la police et des manifestants du Jamaat, secondés toujours par le Chhatra Shibir, ont également eu lieu dans plusieurs villes du pays, lundi 5 novembre. S’appuyant sur les informations transmises par ses correspondants, le quotidien énumère les districts concernés : Dinajpur, Thakurgaon, Bogra, Sirajganj, Noakhali, Moulvibazar, Chittagong, Narail, Kushtia et Khulna.

Ce mardi 6 novembre, c’est toutefois l’ensemble des médias locaux qui rapporte que de nouvelles manifestations se sont tenues aujourd’hui à Chittagong, Sylhet, Barisal, Rangpur, Bogra, Gaibandha ou encore Sirajganj. Dans ces districts - dont la liste est loin d'être définitive -, les affrontements entre le parti islamiste et la police ont été semblables à ceux de la veille : batailles de rues avec des militants armés de bâtons, de pierres, de briques et d'autres projectiles, pillage des magasins, incendie des véhicules... Une dernière manifestation a clôturé cette deuxième journée d’émeute, à Dacca une nouvelle fois, afin de protester contre les arrestations qui avaient été effectuées la veille par la police.

Si à l’heure actuelle, aucun chiffre fiable ne semble pouvoir être avancé concernant le nombre des blessés ou de personnes arrêtées durant ces deux jours, les forces de l’ordre font état en revanche de plus de 400 plaintes déposées par la population locale. A Rangpur et Bogra, les habitants ont incendié les bureaux locaux du Jamaat, en protestation semble-t-il au saccage auquel se sont livré les islamistes, essentiellement des membres du Chhatra Shibir.

La police bangladaise affirme que ces attaques multiples ont été planifiées afin de « créer le désordre et l’anarchie ». Dimanche 4 novembre, le Jamaat-e-Islami avait déclaré lors d’une conférence de presse qu’il allait démarrer dès le lendemain une grande campagne de neuf jours dans tout le pays, afin que le gouvernement accepte ses revendications : la libération des leaders du Jamaat, l’établissement d’un gouvernement provisoire, et la réintroduction de la mention de « la foi et la confiance absolue en Allah » qui avait été récemment supprimée de la Constitution.

En réponse, le leader de l’Awami League, Mahbub-ul-Alam Hanif, a déclaré à la presse ce mardi 6 novembre que le gouvernement préparait une série de manifestations afin de contrer « l’anarchie du Jamaat » et protester contre ses « attaques préméditées ». Une première manifestation est d’ores et déjà prévue devant la Baitul Mukarram National Mosque à Dacca, le 8 novembre prochain.

Notes

(1) Lors de la partition de 1947, le Pakistan s’est retrouvé constitué de deux régions réparties de chaque côté de l’Inde. Rapidement, les Bengalais du Pakistan oriental se rebellent contre la domination du Pakistan occidental et demandent l’autonomie. Après une répression sanglante par le Pakistan et une guerre de plusieurs mois, le Bangladesh accède à l’indépendance en 1971. On estime à l’heure actuelle que plus de trois millions de Bangladais ont été tuées et des milliers de femmes violées par l’armée pakistanaise et ses alliés lors du conflit pour l’indépendance.
(2) Lors de sa campagne électorale, Sheikh Hasina s’était engagée à faire juger les crimes commis pendant la guerre d’indépendance, une
« nécessité » que l’instabilité politique du pays n’avait pas permis de faire auparavant. Dès 2010, son gouvernement a mis en place un tribunal international spécial à Dacca et les auditions ont commencé en août 2011.