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Asie du Sud - Bangladesh

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La coutume de la dot, toujours pratiquée malgré son interdiction, inquiète l’Eglise catholique qui lutte pour son éradication [ Bulletin EDA n° 533 ]

14/07/2010

La persistance de la coutume de la dot ainsi que les graves problèmes qui en découlent ont été au cœur des préoccupations exprimées le 8 juillet dernier lors d’un grand rassemblement de catholiques dans le nord-ouest du pays. Cette région, proche de l’Inde et peuplée majoritairement d’ethnies aborigènes, est particulièrement touchée par le phénomène qui, loin d’être jugulé par les récentes campagnes gouvernementales sur la question, ne fait qu’augmenter ces années.

« Le mois dernier, j’ai refusé de célébrer un mariage pour lequel la famille du fiancé exigeait une dot exorbitante, rapporte le P. Anthony Sen, de la paroisse de Thakurgaon. Ce n’est que lorsque le futur marié a renoncé à la dot que j’ai célébré le mariage » (1).

 

La pratique de la dot, illégale au Bangladesh comme en Inde ou au Pakistan où elle fait également des ravages, consiste en une importante somme d’argent et en cadeaux coûteux (scooter, téléviseur, bijoux, terres, bétail, etc.), offerts par la famille de la future mariée aux parents du fiancé. Malgré les longues négociations qui précèdent l’accord entre les parents du couple, le versement de la dot endette parfois la famille de la mariée sur plusieurs générations. L’une des conséquences directes des exigences des belles-familles – qui, selon les statistiques, sont en augmentation proportionnelle à l’intrusion de la modernité, surtout en zone rurale – est que le nombre d’infanticides et d’avortements d’enfants de sexe féminin se multiplie au Bangladesh.

 

« Je connais des parents qui ont dû vendre toutes leurs terres et leur bétail afin de payer la dot de leurs filles », raconte Bharati Das, l’une des représentantes de sa paroisse de Ruhea au rassemblement catholique. « Leurs conditions de vie sont devenues misérables aujourd’hui ».

 

Mais plus dramatique encore est le sort des femmes dont la dot n’a pas été jugée suffisante ou dont les parents n’ont pu s’acquitter du paiement. Au Bangladesh, ce n’est que récemment que les médias ont commencé à parler de la fréquence alarmante des « attaques à l’acide », des violences conjugales, des tortures, et bien souvent des meurtres, commis par un mari ou une belle-famille insatisfaits de la dot de l’épouse.

 

Selon l’ONG bangladaise Acid Survivors Foundation (ASF), la plupart des victimes d’attaques à l’acide, dont le nombre est difficile à évaluer car peu d’entre elles portent plainte, sont des femmes de moins de 18 ans, vivant surtout en région rurale. La victime est aspergée par son mari ou sa belle-famille d’acide nitrique ou sulfurique ; celui-ci lui brûle la chair et les os et, s’il ne la tue pas, la défigure gravement et définitivement. Pour les survivantes, au-delà du traumatisme, la réinsertion est presque impossible et de nombreuses associations locales et internationales tentent aujourd’hui d’offrir à ces femmes une nouvelle vie ainsi qu’une rééducation, certaines ayant perdu la vue ou l’usage d’un membre dans le drame.

 

Le rapport de l’IRIN (2) de 2009 n’est guère optimiste quant à l’évolution de la situation au Bangladesh concernant la pratique de la dot et les drames domestiques qui en découlent. En 1980, le pays avait pourtant interdit la dot qui est désormais sanctionnée par des amendes et des peines de prison. D’autres lois avaient suivi au début des années 2000, visant à protéger les femmes ayant subi des violences, législation qui, selon les ONG présentes sur le terrain, ne sont pas appliquées en raison de la corruption des fonctionnaires et de la police locale, ainsi que de la loi du silence qui prévaut dans les communautés rurales. Ces dernières années, le Bangladesh a été classé aussi bien par les Nations Unies que par les différentes ONG de défense des droits de l’homme, parmi les pays où les femmes subissaient le plus de violences.

 

Face à la persistance tenace de la pratique de la dot, les communautés et organismes catholiques tentent de sensibiliser la population, en particulier les jeunes générations, plus à même de rejeter le carcan des traditions. « Nous expliquons aux gens combien le système de la dot est mauvais et qu’ils doivent l’abandonner pour toujours », affirme le P. Sen et, avec lui, tous les autres prêtres présents à la réunion du 8 juillet.

 

Dans ces villages du nord-ouest du pays, la Caritas Bangladesh organise, quant à elle, des représentations de Gambhira, un spectacle mêlant danse et musique folkloriques, afin de mieux « faire passer le message » auprès d’un public majoritairement illettré. Le Gambhira, sorte de théâtre dansé, est très populaire dans le Rajshahi, région occidentale du pays, proche du Bengale d’où il est originaire. Les représentations, de style burlesque mais à portée didactique et morale, mettent en scène deux acteurs principaux, incarnant un grand-père (nana) répondant aux questions de son petit-fils (nati). Alternant dialogues, danses et chansons accompagnés par une demi-douzaine de musiciens, ils abordent différentes questions morales, politiques et sociales.

 

« Avant, nous essayions de sensibiliser les gens par des séminaires ou des réunions, mais ça ne marchait pas », explique Suklesh George Costa, chargé du programme Caritas dans la partie nord-ouest du pays (3). Cette nouvelle approche semble avoir fonctionné, puisque, selon la Caritas, la pratique de la dot a disparu dans les villages (près d’un millier) qui ont bénéficié de ce programme.

Notes
  1. Ucanews, 13 juillet 2010.
  2. L’IRIN (Integrated Regional Information Networks) est rattaché au Bureau de la coordination des Affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA).
  3. Ucanews, 4 novembre 2009.