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Asie du Sud-Est - Vietnam

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Les paroissiens de Kon Hring viennent puiser l'eau vive

Les paroissiens de Kon Hring viennent puiser l'eau vive

12/04/2018

Les catholiques de Kon Hring ont l’habitude, après la veillée pascale, de transporter dans leurs villages des jarres d’eau bénite en procession derrière les cierges pascals. Une façon de perpétuer une tradition implantée par les missionnaires au XIXe siècle, pour remplacer les offrandes des villageois au dieu de l’eau : chaque année, le jour de l’an, les prêtres viennent bénir les sources et y planter une croix.

Le catéchiste Gabriel A Kieu est fier de conserver chez lui, sous un autel, une cruche remplie d’eau bénite durant la veillée pascale. « Cette eau représente le Christ ressuscité parmi nous », explique Kieu, de l’ethnie Se Dang, qui vit au village de Kon Dau Yop, dans la province de Kon Tum dans le centre du Vietnam. Le 31 mars, après la veillée pascale, les villageois ont transporté la jarre remplie de 20 litres d’eau sur cinq kilomètres, depuis la paroisse de Kon Hring jusqu’à chez lui. Durant la cérémonie en plein-air, qui a rassemblé 5 000 fidèles, le père Francis Xavier Le Tien, curé de la paroisse de Kon Hring, a trempé le cierge pascal dans quinze jarres en terre cuite remplies d’eau, avant de les bénir. Avant la messe, les villageois avaient décoré les jarres de fleurs et de rubans colorés avant de les apporter dans le sanctuaire.
« Du Christ ressuscité coule l’eau de la vie. Nous apportons cette eau dans nos villages pour que nous puissions mener une vie meilleure, selon Sa volonté », a déclaré le père Tien à l’assemblée durant la célébration. Les fidèles, après la veillée, repartent en procession dans leurs villages avec un cierge à la main, derrière les cierges pascals et les jarres remplies, portés par des jeunes. Kieu, 53 ans, confie que les villageois ont transporté les jarres dans leurs villages pour les conserver dans des chapelles. Mais comme son village n’a pas de chapelle, ils ont transporté la jarre chez lui, où ils se rassemblent pour des prières quotidiennes et pour la messe, célébrée une fois par mois par le prêtre.

Une nourriture pour l’âme

La paroisse, fondée il y a 127 ans, comprend 10 000 paroissiens de l’ethnie Se Dang et 500 autres de l’ethnie Kinh, vivant dans quinze villages de la région. La plupart d’entre eux vivent modestement de la récolte du riz, du caoutchouc et du café, entre autres cultures. Certains villages possèdent une chapelle et d’autres non, ce qui amène parfois les villageois à se rassembler dans les maisons pour y prier. L’épouse de Kieu, Y Thoan, explique que les villageois utilisent l’eau bénite pour les baptêmes ainsi que pour les bénédictions des maisons et des tombes, entre autres. « L’eau est habituellement une ressource vitale pour tous les jours, mais cette eau de Pâques est une nourriture pour l’âme », ajoute-t-elle.
Selon Kieu, ses ancêtres offraient des offrandes au dieu de l’eau. Avant l’arrivée de la saison des pluies, ils tondaient l’herbe, défrichaient les arbres et débarrassaient les ordures autour des sources et des puits, et ils remplaçaient les vieux tuyaux de bambou. Puis ils tuaient des bêtes, que le shaman offrait au dieu de la pluie. Quand les missionnaires étrangers ont introduit le catholicisme au XIXe siècle, ils ont incité les villageois à cesser ces offrandes. « À la place, les missionnaires ont béni les sources le jour du Nouvel An et ont planté des croix à l’emplacement des sources principales, pour rappeler le Christ qui donne l’eau vive », explique le catéchiste.
Kieu, père de dix enfants, raconte que durant la guerre du Vietnam, des bâtiments paroissiaux et la vieille église du village ont été détruits par les bombes. Durant des années, les catholiques ont pratiqué leur foi sans prêtres et ont protégé leurs sources. Ces dernières années, les prêtres ont restauré la tradition. Chaque année, le jour de l’an, ils bénissent les sources et y apportent une croix. Depuis 2014, le père Tien demande aux villageois de transporter solennellement les cierges pascals et les jarres en procession jusqu’à leurs villages. Kieu ajoute que cette tradition incite les villageois à respecter et protéger les sources et leur environnement. Ces dernières années, ils ont ainsi planté sur des sols pauvres, pour les protéger, des arbres fruitiers.

(Avec Ucanews, Kon Tum)

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Photo Anna Nguyen