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Asie du Sud-Est - Vietnam

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Les autorités vietnamiennes et l'Eglise bouddhiste officielle accueillent le vénérable Thich Nhât Hanh et sa délégation en grande pompe, mais le bouddhisme unifié se tient à l'écart [ Bulletin EDA n° 412 ]

01/02/2005

Plusieurs proverbes vietnamiens affirment que les honneurs reçus dans son propre village natal ont plus de valeur que ceux dont on peut bénéficier ailleurs. Il semble que c'est ce type de reconnaissance que le vénérable Thich Nhât Hanh est venu chercher dans son pays où, à l'âge de 82 ans, il est retourné pour une longue visite de trois mois (1), après près de quarante années d'absence. Il était accompagné de cent religieux et 90 oblats formés par lui en Occident et représentant quelque trente pays occidentaux, comme il l'a souligné dans une interview accordée à la presse officielle, à Hanoi, le jour même de son arrivée, le 12 janvier dernier (2).

Cette reconnaissance, de la part de ses confrères vietnamiens, devrait porter sur son expérience religieuse originale, à savoir une pratique et une prédication du bouddhisme vietnamien en Occident, pour des adeptes occidentaux, en fonction des inquiétudes et des besoins de l'Occident. Il y a d'ailleurs longtemps que le vénérable est connu comme le promoteur du "bouddhisme incarné" (3). Cette expérience, avec ce voyage et la présence au Vietnam de cette nombreuse délégation, fait, en quelque sorte, retour vers le Vietnam, revient, comme le dit le religieux dans sa première interview au Vietnam, vers son origine, vers la tradition dont elle est issue, à savoir le bouddhisme "Zen" tel qu'il est pratiqué au Vietnam. Elle vient se faire reconnaître.

C'est essentiellement de cette pratique du bouddhisme que le religieux a parlé, lors d'une conférence organisée, le 19 janvier suivant, dans la pagode Quan Su, le plus ancien et le plus vaste des lieux de culte bouddhistes de Hanoi. Selon une agence de presse officielle, de nombreux religieux et fidèles bouddhistes remplissaient la pagode (4). Thich Nhât Hanh y a surtout parlé de la vie religieuse de la communauté bouddhiste qu'il anime en France, dans le Lot et Garonne, "le Village des pruniers" (Lang Mai). Il l'a dépeinte sous des couleurs paradisiaques, affirmant qu'elle était une véritable famille composée "de frères et de sours, d'oncles, de pères et de mères".

Cependant, selon les nouvelles actuellement connues, ce voyage de "reconnaissance" se déroule uniquement dans le cadre de l'Eglise bouddhiste du Vietnam, c'est-à-dire l'Eglise officiellement reconnue par l'Etat et patronnée par le Front patriotique. Interrogé, dans sa première interview, sur la situation de la religion au Vietnam, le promoteur du "bouddhisme incarné" a adopté le point de vue de Sirius et s'est montré d'un irénisme certain. Interrogé pour savoir ce qu'il pensait des informations propagées par la presse occidentale donnant à entendre que la religion était persécutée au Vietnam, il a répondu qu'il n'appartenait pas à la catégorie des hommes politiques utilisant ces nouvelles pour créer la division. Il a prôné une séparation radicale entre le domaine politique et religieux.

Cette attitude a entraîné beaucoup d'amertume chez les religieux et fidèles se réclamant de l'Eglise bouddhiste unifiée, engagés, comme on le sait, dans la résistance au pouvoir et, refusant toute allégeance à l'Etat, à l'encontre de l'Eglise bouddhiste du Vietnam (officielle). Selon des informations parvenues en France (5), une lettre de Thich Nhât Hanh avait été envoyée aux principales personnalités bouddhistes du Vietnam, sans tenir compte de leur appartenance à l'Eglise officielle ou à l'Eglise unifiée, les invitant à venir l'accueillir à Nôi Bai, l'aéroport de Hanoi. Ils étaient 600 à avoir répondu à l'invitation (6). Certains membres du bouddhisme unifié, comme la quarantaine de religieux de Huê venus à la capitale en voiture et en avion, ont été empêchés par la police de parvenir à l'aéroport. D'autres, parmi eux, les principaux dirigeants comme les vénérables Thich Huyên Quang, Thich Quand Dô et quelques autres étaient en résidence surveillés et donc dans l'impossibilité de se déplacer. L'un d'entre eux, le vénérable Thich Viên Dinh, responsable d'une communauté religieuse dans le Binh Dinh, en résidence surveillée à la pagode de Giac Hoa, a écrit, en réponse à l'invitation de l'animateur spirituel du "Village des pruniers" une lettre ouverte diffusée en Occident (7). Il se réjouit de la venue de Thich Nhât Hanh au Vietnam, mais s'attriste de le voir accorder toute son attention à l'Eglise patronnée par le Front patriotique, dont il affirme qu'il s'agit là d'une Eglise "qui s'appuie pour vivre sur un Parti le plus politique qui soit, se détournant ainsi de sa source et se vouant à une fin proche".

A Hô Chi Minh-Ville, Thich Nhât Hanh n'a pas eu de contact avec les responsables du bouddhisme unifié qui se sont tenus à l'écart du religieux (8).

Notes

(1)Voir EDA 411<br />(2)Voir la traduction intégrale du texte vietnamien en document annexe du présent Bulletin<br />(3)C'était le titre d'un de ses premiers livres publié au Vietnam dans les années 1960 : Phat vao doi<br />(4)Agence électronique VN Express, 20 janvier 2005<br />(5)Communiqué de presse du Bureau international d'information bouddhiste, 22 janvier 2005<br />(6)Selon la source citée dans la note précédente, beaucoup d'entre eux étaient des policiers habillés en bonze.<br />(7)Même source<br />(8)Communiqué du Bureau international d'information bouddhiste, 23 janvier 2005<br />