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Asie du Sud-Est - Vietnam

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Un accord entre le Vietnam, le Cambodge et le Haut Commissariat aux réfugiés sur le rapatriement des montagnards réfugiés au Cambodge ne précise pas s'il sera volontaire ou non [ Bulletin EDA n° 346 ]

01/02/2002

L'Agence vietnamienne d'information (AVI) (1), le Haut Commissariat aux réfugiés (UNHCR) (2) ainsi que diverses agences internationales (3) ont rapporté, le 21 et 22 janvier, qu'à l'issue d'une réunion tripartite tenue à Phnom Penh, le 21 juillet, le Cambodge, le Vietnam et le Haut Commissariat aux Nations Unies sont tombés d'accord sur un programme de rapatriement d'un millier de montagnards. Ceux-ci, aujourd'hui hébergés dans deux camps des provinces orientales de Mondolkiri et de Rattanakiri au Cambodge, ont fui la répression vietnamienne qui a suivi les manifestations des ethnies minoritaires du début février 2001 sur les Hauts Plateaux du Centre-Vietnam.

Les trois parties ont débattu toute une journée des possibilités qui seraient données par le Vietnam aux représentants du Haut Commissariat pour vérifier que l'exécution du programme se déroule sans que les intéressés ou leurs familles ne subissent de représailles. En fin de compte, la partie vietnamienne aurait pris des engagements satisfaisants pour les deux autres parties. L'agence officielle du Vietnam rapporte l'engagement du Vietnam à ne pas exercer de représailles sur les rapatriés. La même agence est plus vague au sujet des visites de surveillance du UNHCR sur les Hauts Plateaux, mentionnant seulement qu'elles devront commencer le plus tôt possible et avoir lieu avec l'accord des autorités vietnamiennes. Le communiqué du UNHCR comporte des détails beaucoup plus précis sur les modalités de la surveillance exercée par les Nations Unies sur le rapatriement des montagnards. Les représentants du UNHCR devront, "avant même le rapatriement actuel se rendre sur place dans la région où seront rapatriés les montagnards et surveiller que leur retour dans leur pays natal ait lieu sans représailles ou discrimination à leur égard.

Cependant, plusieurs points du programme de rapatriement restent encore dans le flou. Rien n'est dit de la date à laquelle il sera exécuté. Des propos tenus par des fonctionnaires des Nations Unies ont suggéré que le retour au Vietnam des montagnards pourrait n'avoir lieu que dans quelques mois. Mais un silence plus inquiétant encore règne sur la nature même du rapatriement. Aucun des communiqués produits à l'issue de la réunion de Phnom Penh, n'offre une quelconque précision sur le caractère "volontaire" ou "forcé" du départ des montagnards vers le Vietnam. L'organisation Human Rights Watch - Asia qui a suivi de très près l'exode des montagnards et la préparation de la récente réunion avait pourtant posé une exigence à ce sujet, il y a quelques jours, par la voix de Joe Saunders, vice-directeur de la section asiatique : "Personne, avait-il dit, ne devrait être renvoyé au Vietnam contre sa volonté ou jusqu'à ce que des observateurs indépendants soient sur place pour s'assurer qu'il n'y aura pas de représailles" (4).

Dès le 24 janvier 2002, un communiqué commun de Human Rights Wacht - Asia et International mettait l'accent sur le fait que l'accord tripartite ne donnait aucune garantie du caractère volontaire du rapatriement. "Les deux organisations des droits de l'homme rappellent que tous les rapatriements doivent être entièrement volontaires et que le UNHCR doit avoir un libre accès sur les Hauts Plateaux avant et après les rapatriements précisait le communiqué commun (5). Un peu plus tard dans la journée, c'était le tour de l'ambassadeur des Etats-Unis à Phnom Penh de mettre en cause les décisions prises par la réunion tripartite (6). Répondant à l'agence Reuters, il affirmait que les dispositions de l'accord étaient peu claires et qu'il n'avait trouvé nulle part dans les quatre pages de l'accord le mot de "rapatriement volontaire".

C'est la répression consécutive aux troubles de février sur les Hauts Plateaux vietnamiens qui avait déclenché le mouvement d'exode des montagnards vers le Cambodge. Au mois de mai, 36 d'entre eux avaient obtenu le statut de réfugié politique aux Etats-Unis, une mesure qui avait fort irrité le pouvoir vietnamien qui fit alors ouvertement pression sur le Cambodge pour que les réfugiés montagnards soient renvoyés chez eux. Une première réunion tripartite sur un éventuel rapatriement des montagnards réfugiés au Cambodge a eu lieu en juillet 2001 à Hanoi. Elle avait échoué après que la partie vietnamienne eut refusé de donner un libre accès aux fonctionnaires du Haut Commissariat sur le territoire vietnamien pour y contrôler et surveiller la réimplantation des montagnards dans leur région. Cette surveillance apparaissait d'autant plus nécessaire que selon des rapports recueillis par les organisations humanitaires, une douzaine de montagnards refoulés au Vietnam, ont été emprisonnés et battus. Un réfugié revenu volontairement chez lui en septembre 2001 a été détenu une semaine en prison puis placé en résidence surveillée dans son village.

Par la suite, l'exode a continué de s'amplifier. Au mois d'octobre, on estimait à 503 personnes dont 176 enfants, les montagnards ayant fui leur pays pour le Cambodge. Ce chiffre était de 805 au mois de décembre (6). Le nombre actuel de montagnards réfugiés au Cambodge est d'un millier malgré l'attitude hostile de la police cambodgienne qui, le 28 décembre dernier, a refoulé vers le Vietnam un groupe de 167 montagnards qui venaient de passer la frontière.

Notes

(1)Agence vietnamienne d'information, Hanoi, le 22 janvier 2002<br />(2)Communiqué du UNHCR, Phnom Penh, 22 janvier 2002 et agence Kyodo, Phnom Penh, 22 janvier 2002<br />(3)AFP, 21 janvier 2002, Reuters, Phnom Penh, 22 janvier<br />(4)Communiqué de Human Rights Watch (Asia), New York, le 15 janvier 2002<br />(5)Communiqué conjoint de HRW et Amnesty International, New York, London, 24 janvier 2002<br />(6)Reuters, le 24 janvier 2002<br />(7)Selon la Far Eastern Economic Review du 13 décembre 2001<br />