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Asie du Sud-Est - Timor-Oriental

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Désœuvrée, la jeunesse timoraise se tourne vers les gangs de rue

Désœuvrée, la jeunesse timoraise se tourne vers les gangs de rue

31/08/2018

Le niveau de chômage catastrophique du Timor Leste, dont la population d’1,2 million d’habitants est majoritairement catholique, entraîne un phénomène inquiétant de gangs de rue ainsi qu’un niveau important de migrants qui partent chercher du travail à l’étranger, et notamment en Europe, en Corée du Sud et en Australie. Tous les ans, près de 9 000 jeunes arrivent sur le marché du travail mais seuls 4 000 nouveaux postes sont à pourvoir chaque année.

Le nouveau gouvernement du premier ministre est-timorais, Taur Matan Ruak, se montre déterminé à affronter l’un des problèmes majeurs du pays catholique, le chômage des jeunes, qui provoque un phénomène inquiétant de gangs de rue, et qui pousse nombre de jeunes vers l’Europe, la Corée du Sud ou l’Australie, entre autres, pour y chercher du travail. Une partie du programme du gouvernement, qui a été soumis au parlement en juillet, promet de créer 60 000 nouveaux postes pour le pays, dont la population compte seulement 1,2 million d’habitants. Depuis qu’il a gagné son indépendance en 2002, le principal problème du Timor Leste demeure le chômage, ce qui a incité un grand nombre de jeunes à partir chercher du travail à l’étranger. Tous les matins, des jeunes Timorais se présentent à l’ambassade portugaise de Dili, la capitale, pour établir leurs passeports portugais afin de pouvoir voyager en Europe pour y travailler.
Aujourd’hui, plus de 20 000 Timorais travaillent en Irlande du Nord et en Angleterre. Des milliers d’autres sont partis en Corée du Sud ou en Australie. Chaque semaine, ils envoient de l’argent à leurs familles, une situation courante en Asie du Sud-Est, dans des pays comme les Philippines, l’Indonésie, la Birmanie ou le Laos, dont des millions de citoyens travaillent à l’étranger, dans la région mais également au Moyen-Orient. La population du Timor Leste continue de croître d’environ 2,2 % par an, contre 1,25 % en Indonésie. La pyramide des âges du pays montre un pic pour le groupe des 5-15 ans, ce qui suggère que plus de 300 000 personnes devraient rejoindre le marché du travail d’ici les dix prochaines années.
En 2018 et toutes les années suivantes, près de 30 000 Timorais célébrerons leur quinzième anniversaire et rejoindront la population en âge de travailler. Même avec un taux d’activité faible, aux alentours de 30 %, cela veut dire que chaque année, près de 9 000 personnes rejoignent le marché du travail, alors que seulement 4 000 nouveaux postes sont à pourvoir chaque année. Avec un taux de chômage estimé à 11 %, la population active ne compte que 190 000 personnes pour 1,2 million d’habitants. En d’autres termes, chaque personne active fait vivre plus de six personnes. Près de 485 000 personnes en âge de travailler sont sans travail.

Créer 60 000 postes : un plan irréaliste ?

Le 15 août, Xanana Gusmao, ancien premier ministre et héros de l’indépendance est-timoraise, a appelé les jeunes à contribuer à la paix et à la stabilité du pays. Les gangs de rue sont devenus un problème majeur non seulement à Dili, mais également dans toutes les grandes villes comme Ainaro ou Same. Dans des communautés urbaines démunies telles que Lospalos, à 250 kilomètres à l’est de Dili, l’entrée dans un gang offre quelques promesses alléchantes telles que la camaraderie, une protection et un rôle dans la société, des perspectives qui paraissent souvent trop belles pour être ignorées. Les gangs de rue se présentent souvent comme des associations sportives ou des groupes d’arts martiaux.
Le gang Kera Sakti, qui a été fondé en 1995, compte environ 6 700 membres, dont environ 38 % de femmes. Comme d’autres groupes d’arts martiaux, il se présente simplement comme une association sportive, mais ses conflits ouverts avec d’autres gangs comme PSHT ou Korka sont connus, et ses membres sont accusés d’être impliqués dans des violences récentes. Le groupe a mauvaise réputation au sein de la communauté. Korka (Kmanek Oan raj Klaran) est réputé pour être le groupe d’arts martiaux le plus important avec 20 000 membres. Il est accusé d’avoir provoqué ou commis des actes de violence, et notamment d’avoir incendié une cinquantaine de maisons à Ainaro en août 2004. En 2017, Korka s’est lié officiellement avec le parti politique Khunto (Kmanek haburas unidade nasional Timor oan), qui fait désormais partie de la coalition Change for progress alliance (AMP). De son côté, le groupe PSHT (Persaudaraan Setia Hati Terate) est également accusé de violences. Originaire d’Indonésie, il compte sept branches internationales. Bien qu’au Timor Leste, le PSHT prétend être indépendant de sa branche indonésienne, la police des frontières a arrêté des centaines de membres du PSHT, surpris en train de se rendre à Atambua en Indonésie, pour y participer à des remises de diplômes.
Bien que ce ne soit pas officiel, le PSHT est connu pour sa proximité avec le National Congress for Timorese Reconstruction (CNRT) et avec le People’s Liberation Party (PLP). Ses membres sont réputés pour avoir recours à l’organisation pour régler des conflits communautaires ou familiaux. En 2013, le gouvernement a voté l’interdiction des clubs d’arts martiaux au Timor Leste suite à de nombreuses violences et à des meurtres impliquant leurs membres. Mais lors des élections de 2017 et 2018, beaucoup de partis politiques se sont rapprochés des groupes d’arts martiaux pour attirer des votes. Des ministres ou sous-ministres de Khunto ont accueilli des membres de Korka dans leurs bureaux. Le parti PLP a fait la même chose avec les membres du PSSHT.
Début août, Matan Ruak a promis devant le parlement que son gouvernement créerait 60 000 postes pour les jeunes, pour qu’ils ne soient pas forcés de quitter le pays. Mais Rui Castro, vice-président de la Chambre de commerce du Timor-Leste, se montre pessimiste face à ce plan « irréaliste », affirmant qu’il a été préparé par des gens qui ne comprennent pas l’économie du pays.

(Avec Ucanews, Dili)

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Photo Anna Voss / Watch Indonesia!