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Asie du Sud-Est - Timor-Oriental

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L’Eglise lance une chaîne de prière pour des élections sans violence

L’Eglise lance une chaîne de prière pour des élections sans violence

25/02/2012

Le 21 février, la Conférence des supérieurs majeurs du Timor-Oriental (CSM-TL) en collaboration avec la Commission ‘Justice et Paix’du diocèse de Dili, a organisé dans la capitale une Journée nationale de la Paix afin de préparer des élections présidentielles et législatives exemptes des violences qui ont marqué l’histoire récente de la jeune nation (1) .

 

La journée pour la paix a commencé par une marche d’environ 5 km à travers Dili, depuis l’église Notre-Dame Auxiliatrice à Comoro jusqu’à l’archevêché situé à Lecidere. Suivant Mgr Alberto Ricardo da Silva, évêque de Dili, qui menait la procession, plus de 5 000 personnes ont défilé pacifiquement en récitant le chapelet, entrecoupé de temps de méditation sur la paix.

La foule était composée de nombreux prêtres et séminaristes, de religieux et religieuses, mais aussi de centaines d’étudiants, d’écoliers, de fidèles venus des sept paroisses de Dili, ainsi que d’hommes politiques et d’ambassadeurs étrangers. Les salésiens étaient particulièrement représentés, avec les élèves de leurs écoles et les Filles de Marie-Auxiliatrice. Le P. João Paulino Aparicio Guterres, supérieur provincial des salésiens pour l’Indonésie-Timor et président de la Conférence des supérieurs majeurs, ainsi que Sr Paola Battagliola, supérieure de la Province des Filles de Marie Auxiliatrice et vice-présidente de la Conférence des Supérieurs majeurs étaient également présents.

Au Timor Oriental (devenu officiellement Timor Leste), pays où les catholique forment plus de 90 % de la population, l’Eglise a toujours joué un rôle important (2), intervenant notamment comme médiateur lors des violences meurtrières qui ont déchiré l’île. A Lecidere, Mgr Ricardo, qui s’est exprimé en tetun - la langue nationale du Timor-Oriental-, s’est adressé à l’ensemble du peuple timorais, l’exhortant à tourner le dos à la violence pour « construire la paix avec la force de Dieu et la protection de Marie ». L’évêque a souligné la nécessité de tout d’abord « convertir son propre coeur » et réaliser « la paix dans les familles » , avant de prier pour « des élections dans la paix et l’unité » et pour que « les Timorais vivent enfin dans l’harmonie comme une nation de frères ».

La manifestation s’est achevée par un temps d’adoration eucharistique suivi d’une prière pour la paix, laquelle sera récitée pendant 111 jours dans tout le diocèse .Le lancement de cette grande chaîne de prière intitulée « 111 jours de réflexion et de prière pour des élections pacifiques et démocratiques au Timor-Leste » s’est accompagné d’un lâcher symbolique de colombes et de ballons sur lesquels on pouvait lire « Changez vos coeurs, changez le monde ! »

Pedro da Costa, un député, a remercié Mgr Ricardo pour le message lancé par les catholiques et a déclaré espérer que tous les politiques y répondraient. L’un des candidats à la présidence, Jose Luis Guterres, également présent à la manifestation, a pour sa part tenu à assurer la population de ne pas craindre d’aller voter, la situation étant aujourd’hui très différente de celle des dernières présidentielles de 2007 (3).

Cette année sera particulièrement cruciale pour les Timorais qui célèbreront tout à la fois la commémoration du 10e anniversaire de l’indépendance de leur pays, mais se rendront également aux urnes pour les élections présidentielles du 17 mars et celles des législatives fin juin. Ces événements qui jalonneront l’année 2012 devraient être accompagnés du retrait progressif des casques bleus et des autres forces internationales qui étaient chargées depuis les violences de 2006, de maintenir l’ordre au Timor -Oriental. Ces différentes étapes seront considérées comme autant de tests pour la communauté internationale qui surveille étroitement la poudrière timoraise.

Lors du conseil de sécurité du 22 février dernier, la Représentante spéciale pour la MINUT (Mission intégrée des Nations Unies au Timor-leste), Ameerah Haq, s’est félicité des avancées du Timor-Leste et de la « stabilité générale du pays », à la veille des élections et du retrait de l’ONU. Elle a rappelé cependant que pour assurer la transparence et la sécurité des scrutins, ceux-ci se dérouleraient sous la surveillance conjointe de la police nationale du Timor oriental (PNTL) et de la MINUT.

Le Conseil de sécurité a annoncé également avoir prorogé le mandat de la MINUT jusqu’au 31 décembre 2012. José Ramos-Horta, président sortant du Timor-Leste et prix Nobel de la paix, a ensuite présenté au Conseil le bilan de son mandat, reconnaissant les progrès effectués mais aussi les échecs, notamment dans le domaine de la santé, et de la justice (4). Il s’est dit confiant dans la capacité de son pays à assurer sa sécurité après le départ des casques bleus, le processus de transfert des pouvoirs détenus par l’ONU à l’armée et la police locales se déroulant comme prévu.

Cependant, le plus grand risque sécuritaire aujourd’hui au Timor-Leste reste « l’impunité presque totale qui concerne les auteurs des violences », analyse Cillian Nolan, spécialiste de la région, pour l’International Crisis Group, évoquant notamment les 200 000 morts et disparus des années 1975-1999, auxquels justice n'a toujours pas été rendue (5).
 

Notes

(1) Après un quart de siècle d’occupation indonésienne et de guerre civile (1975-1999) et trois ans d’administration par l’ONU, l’ancienne colonie portugaise est devenue indépendante en 2002. Mais les premières années du Timor Leste ont été marqués par des flambées de violences meurtrières, dont les plus importantes furent le soulèvement militaire de 2006 et les attaques menées contre le Président et le Premier ministre en 2008.
(2) Dès l’arrivée au XVIe siècle des premiers pères dominicains avec les commerçants portugais, les religieux catholiques s'étaient engagés dans les domaines de l’éducation, de la santé et du travail social. Forte aujourd’hui de plus de 47 congrégations, l’Eglise catholique au Timor-Oriental compte trois diocèses.
(3) Le dernier rapport de
l’International Crisis Group du 21 février confirme également que le pays est considérablement plus calme que lors des précédentes élections, lesquelles s’étaient déroulées dans un climat très endu, quelques mois seulement après la crise de 2006 qui avait nécessité l’envoi de forces internationales des Nations Unies et de troupes australiennes, malaises et néo-zélandaises afin d’éviter la guerre civile.
(4) Selon un rapport de l’I
RIN du 22 février, le Timor-Leste est loin d’avoir atteint ses Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) pour lequel il reçoit une aide des Nations Unies. Si la mortalité infantile a régressé, le taux de scolarisation augmenté ainsi que celui du quota de femmes dans la vie politique, lmais es autres indicateurs sont encore très bas comme ceux de « la pauvreté, la malnutrition, la mortalité maternelle, l’hygiène et l’aide apportée aux victimes ».
(5) La recherche des coupables a été limitée aux seules violences lors du retrait de l’Indonésie en 1999, qui ont causé la mort de plus de 1 300 personnes. Mais le Timor Oriental n’a toujours pas réussi à obtenir de l’Indonésie l’extradition des militaires responsables de la mort de 200 000 personnes entre 1975 et 1999 ( sur une population de 700.000 habitants à l'époque). Voir EDA http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/timor-oriental/de-jeunes-catholiques-font-memoire-des-victimes-tombees-pour-l2019independance-de-leur-nation