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Asie du Sud-Est - Timor-Oriental

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Le gouvernement remercie l’Eglise pour avoir facilité la reddition d’ex-soldats rebelles [ Bulletin EDA n° 485 ]

16/05/2008

« Je tiens à remercier l’Eglise, tout particulièrement le curé d’Ermera dont les efforts ont contribué à la stabilité dont jouit ce pays. » C’est en ces termes que, le 29 avril dernier, le président Jose Ramos-Horta a salué le travail de l’Eglise catholique, notamment celui du P. Adrianus Ola, curé de la paroisse de Notre-Dame de Lourdes, à Ermera, localité située à 75 km au sud-est de Dili.

La veille, le 28 avril, après plusieurs mois de tensions, le lieutenant Gastao Salsinha, principal officier des ex-soldats entrés en rébellion en 2006, et onze de ses hommes, qui avaient tenté d’assassiner, le 11 février 2008, le président Jose Ramos-Horta et le Premier ministre Xanana Gusmao, avaient déposé les armes, en se rendant aux autorités devant le palais du gouvernement. Le 11 février, Xanana Gusmao avait échappé aux balles, et le président, grièvement blessé, échappait de peu à la mort. Durant deux mois – son retour à Dili date du 17 avril –, Jose Ramos-Horta avait été soigné à Darwin, en Australie. Le 29 avril, lors de la cérémonie de reddition, il a tenu à pardonner à ses agresseurs. « En tant que personne, en tant que chrétien, je vous pardonne, mais, en tant que président, en tant que citoyen, vous devez répondre de vos actes devant la justice », a-t-il déclaré, ajoutant : « Vous devez des explications au peuple. Qui vous a envoyé, qui vous a financé, qui vous a soutenu, fourni des armes et des uniformes, et qui a planifié tout cela ? ».

Le fait est que bien des zones d’ombres demeurent quant à l’action armée du 11 février, au cours de laquelle le chef des ex-soldats rebelles, Alfredo Reinado, a été tué. Les motifs de l’attaque sont peu clairs, tout comme les raisons profondes des violences entre factions, qui ont fait 37 morts et plus de 100 000 déplacés en 2006, après la mise à pied de 600 soldats de l’armée régulière. A l’époque, l’explication la plus couramment avancée était que les soldats mis à pied étaient entrés en rébellion car, étant originaires des régions ouest du pays, ils ne supportaient plus les brimades exercées à leur encontre par les soldats et les officiers originaires des régions de l’est du pays.

Les conditions de la reddition de Gastao Salsinha et de onze de ses hommes restent également à éclaircir. Si le P. Ola, âgé de 40 ans, a pu jouer un rôle d’intermédiaire, c’est que les rebelles se cachaient sur le territoire de sa paroisse. Il y a plus d’un an, le gouvernement avait déjà fait appel à l’Eglise pour agir en tant que médiateur dans cette crise (1). Selon le témoignage du prêtre, les négociations à proprement parler ont duré quatre jours. « Je leur répétais que se rendre était pour eux le moyen de résoudre leurs problèmes », a-t-il expliqué, ajoutant à l’adresse des journalistes étrangers que « leurs problèmes ne [pouvaient] être résolus qu’entre Est-Timorais » (2). Sur le fond, il a simplement ajouté que la population du pays souffrait des conséquences de cet acte de rébellion et qu’il était temps d’y mettre fin.

Selon le gouvernement, Gastao Salsinha, lors de son interrogatoire par des militaires, s’est excusé auprès du peuple est-timorais « pour les souffrances liées à la crise et pour tous ceux qui continuent de vivre dans des camps de réfugiés ». Par crainte d’un regain des violences, plusieurs dizaines de milliers d’Est-Timorais vivent encore dans des abris provisoires. Le militaire rebelle s’est dit prêt à faire face à la justice.

Pour le P. Cyrus Banque, président de la Commission ‘Justice et Paix’ du diocèse catholique de Dili, la reddition des ex-soldats est une nouvelle très importante pour l’avenir du pays, car le gouvernement peut mettre un terme aux opérations militaires lancées pour les retrouver et, ainsi, la population pourra retrouver une vie normale. « C’est un moment crucial pour la paix. Désormais, la situation va se normaliser et les réfugiés n’auront plus à avoir peur de rentrer chez eux. »

Notes

(1) Voir EDA 459. (2) Ancienne colonie portugaise, territoire occupé par l’Indonésie de 1975 à 1999, le Timor-Oriental a connu un parcours chaotique depuis son indépendance, officiellement acquise en 2002. Dans le cadre d’une mission internationale (UNMIT - UN Integrated Mission in Timor-Leste), des troupes étrangères, australiennes notamment, contribuent toujours au maintien de la sécurité dans le pays. Peuplé d’un peu plus d’un million d’habitants, le Timor-Oriental est catholique à 98 %.