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Asie du Sud-Est - Timor-Oriental

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Un chef de milice avoue avoir tué deux religieuses et un prêtre catholiques dans les événements d’août 1999 [ Bulletin EDA n° 471 ]

16/10/2007

Les 26 et 27 septembre derniers marquaient la fin des auditions de la Commission pour la vérité et l’amitié (CTF, Commission of Truth and Friendship), créée en 2005 pour rétablir la bonne entente entre le Timor-Oriental et l’Indonésie et pour faire apparaître la vérité sur les crimes perpétrés par l’armée indonésienne et les milices pro-indonésiennes en 1999 (1). Plus de huit années après les faits, un chef de milice a avoué avoir tué, entre autres victimes, deux religieuses et un prêtre catholiques lors des violences qui ont suivi le référendum d’août 1999 et le retrait de l’Indonésie du Timor-Oriental.

C’est à l’audition du 26 septembre que Joni Marquez a reconnu qu’il avait tué les deux religieuses canossiennes Herminia Cazzaniga et Celeste de Carvalho, ainsi qu’un prêtre et un journaliste de nationalité japonaise dans le district de Lautem, à 250 km à l’est de Dili. Les membres de la milice Alpha, dont Joni Marquez était le chef, ont ensuite effacé toute trace de leurs crimes en jetant les corps dans un lac situé à proximité.

« J’étais comme un prédateur. Je ne voyais plus les religieuses ou le prêtre comme des êtres hu-mains », a déclaré Joni Marquez, en précisant qu’il était sous l’emprise d’une substance qu’un militaire indonésien lui avait fournie. Substance qui lui avait été donnée sous prétexte de le débarrasser d’un mal de tête et qui, selon lui, a eu pour effet de lui faire perdre tout sens commun. Le chef milicien a ajouté que ses hommes avaient tué huit autres personnes lors d’autres attaques et que des femmes avaient été violées.

Joni Marquez, âgé d’une quarantaine d’années, purge une peine de 33 ans de réclusion pour son implication dans ces violences. Lors de son audition devant la Commission, cinq cents personnes manifestaient à l’extérieur en réclamant justice pour toutes les victimes de cette période trouble ainsi que la dissolution de la Commission, l’estimant inutile car dénuée de tout pouvoir judiciaire.

Pour l’Eglise catholique au Timor-Oriental, pays catholique à 99 %, la légitimité de la Commission est sujette à caution du fait de son incapacité à faire droit aux victimes. Le P. Martinho Gusmao, directeur de la Commission ‘Justice et Paix’ du diocèse de Baucau, explique que les auditions devant la CTF ne servent qu’à offrir une impunité aux véritables commanditaires des crimes et des violences de 1999. Les militaires indonésiens qui ont témoigné devant la CTF n’ont pas dit la vérité et « les généraux se contentent de rejeter toute la faute sur les milices », précise le prêtre : « Qui a formé ces milices ? Si aucun militaire indonésien ne reconnaît ses responsabilités, alors tout ceci n’est qu’un mensonge. »

Selon le P. Gusmao, les Commissions ‘Justice et Paix’ des diocèses de Dili et de Baucau ne pourront accepter le travail mené par la CTF que si justice est un jour rendue aux proches des quelque 1 400 morts des événements de 1999. Une amnistie sans justice serait inacceptable, a-t-il déclaré.

Notes

(1) Commission binationale, formée à l’issue d’un accord conclu en 2005 entre le Timor-Oriental et l’Indonésie, la Commission pour la vérité et l’amitié a conduit des séries d’auditions pour tenter d’établir les circonstances des violences qui ont eu lieu lors du retrait de l’Indonésie du Timor-Oriental, après le référendum d’août 1999 organisé par l’ONU. D’emblée, il était prévu que les conclusions des travaux de la commission n’auraient pas de traduction judiciaire, même si la CTF a le pouvoir de recommander l’amnistie pour ceux qui témoignent devant elle. Voir EDA 458