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Asie du Sud-Est - Thaïlande

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Des enfants s’attaquent à la pollution plastique à Bangkok

Des enfants s’attaquent à la pollution plastique à Bangkok

03/07/2018

Avec plus de deux millions de tonnes par an, la pollution plastique atteint des sommets en Thaïlande. La production de déchets plastiques par habitant dans le pays fait partie des plus élevées au monde. C’est pourquoi la fondation catholique Human Development Foundation, dirigée par le père Joseph Maier, a lancé une opération de sensibilisation auprès des quelque 2 500 élèves de ses écoles maternelles, afin de les responsabiliser dès le plus jeune âge. Les enfants sont issus des quartiers défavorisés de Bangkok, où les montagnes de déchets s’accumulent souvent sans être ramassées.

Chaque matin, avant le début des cours, la même routine s’installe pour les 22 élèves de cette école maternelle dirigée par l’ONG catholique Human Development Foundation et créée pour les enfants des communautés défavorisées autour de la capitale thaïlandaise. Les enfants, vêtus de chemises blanches impeccables, se tiennent devant une balance chargés de larges sacs en plastique. Un enseignant pèse alors chaque sac et enregistre le poids mesuré dans un registre. Les sacs contiennent des bouteilles en plastique vides et d’autres déchets recyclables collectés par les enfants durant les jours précédents, chez eux et dans leur communauté.
« Nous leur disons de trier les déchets plastiques, et ensuite, ils vont ramasser des objets recyclables dans les poubelles, chez eux ou dans la rue », explique Prapa Wisedrit, qui enseigne dans l’école et dirige l’opération de recyclables à laquelle participent près de 2 500 élèves âgés de 3 à 7 ans. « Certains enfants ont du mal à porter les sacs les plus lourds jusqu’à l’école », ajoute-elle. « Ils prennent leur tâche très à cœur. » L’un d’entre eux, Prom, un enfant précoce de 6 ans, est ainsi arrivé avec un sac de déchets pesant 6 kg. « Hier, je suis allé sur un terrain de football et j’ai ramassé beaucoup de bouteilles vides. Il faut les réutiliser, les recycler », raconte-t-il. C’est une leçon que beaucoup d’autres Thaïlandais, jeunes et vieux, feraient bien d’apprendre eux aussi. Les déchets plastiques ont atteint des proportions particulièrement inquiétantes dans ce pays du sud-est asiatique, dont le niveau de pollution plastique par personne est l’un des plus élevés au monde. Le pays produit plus de deux millions de tonnes de déchets plastiques par an, dont seulement un faible pourcentage peut être réutilisé ou recyclé.
La plupart des déchets non recyclés comprennent des objets plastiques non réutilisables, comme les nombreux sacs plastiques distribués largement par les commerçants, des grands magasins jusqu’aux multiples boutiques « 7-Eleven » installées un peu partout. Souvent, les clients des commerces de proximité se retrouvent avec autant de sacs plastiques que d’objets achetés. Selon une étude du gouvernement thaïlandais l’année dernière, chaque citoyen utilise huit sacs plastiques par jour en moyenne, ce qui revient à un total de 200 milliards de sacs plastiques par an. Chaque bouteille achetée est accompagnée d’une paille, elle-même enveloppée dans du plastique. Des petits pots de yaourts sont également accompagnés de cuillères en plastique elles aussi enveloppées. Même des fruits vendus à l’unité comme des bananes sont enveloppés dans du plastique. La plus grande partie de ces emballages est jetée après usage, ce qui entraîne des montagnes de déchets qui s’accumulent et qui souvent ne sont pas ramassés, en particulier dans les zones défavorisées. Ces quartiers autour de Bangkok ont ainsi des piles de déchets plastiques qui s’amoncellent dans la rue ou qui obstruent les canaux.

2 millions de tonnes par an

Le père Joseph Maier est parfaitement au courant des conséquences de cette pollution plastique. Ce prêtre américain hyperactif dirige l’ONG Human Development Foundation depuis le Mercy Center (Centre miséricorde), installé dans un quartier pauvre du district de Klong Toey, à Bangkok, où il vit depuis presque un demi-siècle pour s’occuper, comme il le confie, des « plus pauvres d’entre les pauvres ». Parcourant sa communauté de squatteurs à travers un dédale de cabanes de parpaings et contreplaqué, le père Maier, 79 ans, arrive jusqu’à un canal à proximité, tout en saluant les gens au passage. Il s’arrête devant un cours d’eau putride où repose un épais tapi de déchets plastiques, couvrant toute la surface d’une rive à l’autre. « Nous avons nettoyé ce canal il y a trois jours, en enlevant par camion près de vingt chargements de déchets », annonce le prêtre. « Maintenant, le canal est plus sale que jamais. »
Une autre équipe de nettoyage, des hommes recrutés par le prêtre parmi les habitants du quartier, renouvellera bientôt l’opération pour dégager à nouveau le canal. Mais à moins que les habitudes des gens du quartier ne changent, ces opérations de nettoyage demeureront un travail de Sisyphe. Les montagnes de déchets s’accumulant finiront par dépasser les moyens des habitants, ou même leur bonne volonté. C’est pourquoi le père Maier et son équipe thaïlandaise, composée de bouddhistes pour la plupart, ont décidé d’enseigner aux élèves de la fondation les conséquences de la pollution plastique. L’idée étant qu’ils développent dès le plus jeune âge un comportement respectueux de l’environnement. « Nous apprenons aux enfants à utiliser moins de plastique », ajoute le père Maier. « Ensuite, ils rentrent chez eux et transmettent ce qu’ils ont appris à leurs parents et à leurs grands-parents. »
Une grande partie des habitants de ce quartier défavorisé ont été familiarisés depuis longtemps au recyclage. Beaucoup d’entre eux survivent en ramassant des déchets recyclables qu’ils revendent aux sociétés de recyclage. Ils bénéficient désormais du soutien des élèves de la fondation. « Nous leur apprenons à être responsables vis-à-vis de l’environnement », soutient Boonyiam Nianthong, qui enseigne dans l’école maternelle. « Nous leur demandons d’éviter, autant que possible, d’utiliser les produits emballés : réutiliser les sacs pour les courses, et apportez vos propres gobelets pour boire à l’école. Ce n’est pas possible de supprimer complètement l’utilisation du plastique, mais peu à peu, les enfants apprennent à moins l’utiliser. » Les enfants des écoles de la fondation, avec l’aide de leurs proches, ramassent environ 10 000 kilogrammes de déchets recyclables par an.

(Avec Ucanews, Bangkok)

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Tibor Krausz / Ucanews