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Asie du Sud-Est - Thailande

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Le festival du Nouvel An Thaï : un rite religieux lié à la ruralité

Le festival du Nouvel An Thaï : un rite religieux lié à la ruralité

13/04/2018

Le festival du Nouvel an Thaï ou Songkran, qui dure trois jours du 13 au 15 avril et marque la fin de la saison sèche, est un temps de réjouissance et de rassemblement familial pour tous les Thaïlandais depuis des siècles. Il a aussi de nombreuses connotations religieuses, essentiellement bouddhistes, même si l’origine de ce festival est probablement hindouiste ; il serait en effet inspiré à l’origine par un festival hindou organisé en Inde en janvier à l’occasion de la venue du printemps.

Le festival de Songkran a beaucoup évolué ces trente dernières années, les aspects les plus traditionnels – comme l’édification de stupas de sable ou l’aspersion traditionnelle des bonzes et des ainés – tendant à s’effacer pour laisser place aux côtés purement récréatifs : les batailles d’eau entre groupes d’adolescents. Ces traditions persistent néanmoins dans certaines régions. Celle des stupas de sable est l’un des rites les plus singuliers du bouddhisme theravada de Thaïlande. Certaines pagodes accueillent à cette occasion des groupes de fidèles laïques qui viennent, souvent en famille, bâtir des stupa – c’est-à-dire des reliquaires bouddhiques ayant une forme pyramidale – en sable, puis les décorent de petits drapeaux et de bannières fournis par le temple. Sous chaque stupa de sable, une pièce de monnaie et une feuille de figuier (arbre sacré dans le bouddhisme) sont déposées.
Une fois achevés, ces stupas de sable sont ensuite aspergés d’eau sacrée, puis les fidèles ayant participé à la construction plantent des bougies, des bâtons d’encens allumés et des fleurs de lotus autour de la base des stupas en guise d’offrandes. Dans le bouddhisme theravada, le fait de financer ou de participer à la construction des bâtiments au sein d’un temple est un acte éminemment méritoire : ces stupas de sable reflètent cette croyance et permettent aussi de « gagner des mérites » pour la prochaine existence, selon le cycle bouddhiste des réincarnations. Si elle est moins fréquente que par le passé, cette tradition n’a pas totalement disparu et, dans chaque province, quelques temples consacrent leur espace aux stupas de sable à l’occasion de Songkran.
Beaucoup de familles, notamment dans les provinces mais moins aujourd’hui dans les grandes villes, commencent la première journée de Songkran en allant offrir à l’aube de la nourriture aux bonzes à leur pagode habituelle. Le festival de Songkran est aussi l’occasion de rendre hommage aux « ainés » de la famille - grands-parents, parents, oncles et tantes - en leur versant de l’eau parfumée sur les mains, et généralement, en leur offrant des sarongs ou d’autres vêtements. Ce même rituel est aussi pratiqué par les fidèles pour certains bonzes âgés au sein de la pagode. C’est à la fois une marque de respect et un acte méritoire. Dans certaines pagodes, une statue du Bouddha est aussi sortie de sa place habituelle à l’intérieur du hall de rassemblement et promenée lentement sur un tréteau à travers la foule des fidèles pour que ceux-ci puissent verser un peu d’eau lustrale sur elle. Les rituels peuvent varier selon certaines régions. Ainsi, dans la ville balnéaire de Sriracha, dans l’est du pays, c’est la statue d’une divinité chinoise, esprit tutélaire du lieu, qui est l’objet de cette promenade arrosée ; celle-ci est aussi plongée dans la mer avant d’être ramenée à la pagode.
Outre sa signification religieuse, Songkran est aussi fondamentalement un festival saisonnier et agricole, la culture rurale étant le fond de la culture thaïlandaise populaire. S’asperger d’eau au moment le plus chaud de l’année, juste avant le démarrage de la saison humide, est une manière d’appeler les pluies pour avoir d’abondantes récoltes de riz. Aussi, si quelques semaines après Songkran, la pluie n’a toujours pas fait son apparition, les paysans deviennent très anxieux sur les récoltes à venir. Dans ce cas de figure, dans certains districts jusque dans un passé récent, la statue d’un « luang po », c’est-à-dire d’un bonze révéré, que l’on croit dotée de pouvoirs magiques, va être retirée de son sanctuaire et promenée sur un chariot parmi la foule des fidèles qui s’aspergent d’eau. Ce rituel, espère-t-on, ne peut pas manquer d’attirer enfin les pluies.

(EDA / Arnaud Dubus)