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Asie du Sud-Est - Thailande

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Des scandales financiers secouent le clergé bouddhique thaïlandais

Des scandales financiers secouent le clergé bouddhique thaïlandais

20/06/2017

La découverte début juin par les autorités thaïlandaises de détournement de fonds publics par douze temples bouddhiques du royaume a relancé le débat sur le contrôle des finances du clergé bouddhique et la nécessité d’adopter de nouvelles lois pour le rendre plus strict. Ces douze temples ont détourné une somme totale de ...

... 1,8 million de dollars sur les fonds alloués par l’Etat pour l’entretien des bâtiments dans les enceintes des temples. Cinq personnes ont été inculpées de détournement de fonds, dont quatre sont des hauts fonctionnaires – certains encore actifs et d’autres en retraite – du Bureau national du bouddhisme, l’organisme gouvernemental qui a autorité sur l’ensemble des 40 000 temples du pays. Cinq autres personnes, quatre laïcs et un moine, doivent aussi être interrogés.

Chaque année, l’Etat alloue 137 millions de dollars aux temples du pays, répartis en quatre enveloppes – pour l’entretien des bâtiments, pour l’éducation religieuse, pour la promotion des activités religieuses et une quatrième enveloppe pour les salaires des supérieurs des temples. Ces sommes sont très inférieures à celle que les temples reçoivent des donations directes des fidèles : pas moins de 3,5 milliards de dollars par an, selon une étude de la professeure Nada Chunsom publiée en 2014.

Des abbés contraints, piégés ou partie prenante ?

Les détournements incriminés portent sur la première enveloppe des fonds alloués par l’Etat. Des intermédiaires, agissant pour le compte d’officiels du Bureau national du bouddhisme, venaient offrir des fonds publics aux temples pour la maintenance ou la construction de bâtiments, à condition que 80 % des fonds leur soient reversés. Selon l’enquête, les supérieurs de ces douze temples, répartis dans toutes les régions de Thaïlande, ont accepté, sans qu’il soit clair s’ils ont été contraints, piégés ou s’ils l’ont fait de manière délibérée. En tous les cas, il est curieux qu’aucun des supérieurs des temples concernés n’ait encore été interrogé par la police.

Ce scandale intervient dans la foulée d’une série d’autres incidents mettant en relief l’absence totale de transparence voire le caractère quasi-mafieux de la gestion financière de certains temples. La saga du richissime temple Dhammakaya a occupé la Une des journaux durant des mois et, fin mai, le corps d’un novice de 17 ans (moine en période d’apprentissage) a été découvert enterré dans un temple de la province méridionale de Nakhon Sri Thammarat. Il avait été assassiné par un moine, apparemment parce qu’il avait découvert des agissements financiers douteux au sein du temple.

Cette accumulation d’incidents a ravivé les ardeurs des tenants d’une plus grande transparence financière dans la gestion des biens des temples. Un ancien sénateur, Paiboon Nititawan, ancien président d’un Comité de réforme du bouddhisme au sein du Conseil national de réforme nommé par la junte au pouvoir, a demandé à ce que lui soit envoyé l’ensemble des rapports financiers des temples pour les trois dernières années afin qu’il « puisse les étudier ». Plusieurs universitaires réclament une loi qui obligerait les temples à envoyer des rapports financiers établis professionnellement au gouvernement et que ceux-ci soient rendus publics.

Des documents comptables inutilisables

Actuellement, selon le Bureau national du bouddhisme, 80 % des temples lui enverraient des documents financiers, mais la grande majorité de ceux-ci ne tiennent aucun compte des règles de la comptabilité et sont inutilisables. De plus, la loi interdit aux autorités d’examiner ces rapports qui ne sont envoyés qu’à des fins d’archivage. Le gouvernement militaire du général Prayuth Chan-ocha a annoncé le 16 juin qu’il allait proposer un projet de loi qui obligerait l’ensemble des temples à déclarer l’ensemble de leurs avoirs et de leurs revenus de manière professionnelle et transparente et que ces documents seraient rendus publics.

De fait, le plus gros point noir ne concerne pas les fonds alloués par le gouvernement, mais les donations directes par les fidèles. En principe, chaque supérieur de temple doit nommer un comité de gestion des avoirs du temple, mais, bien souvent, les responsables nommés sont des non-professionnels qui ont l’oreille de l’abbé. Le problème est rendu encore plus aigu par le fait qu’un moine peut, s’il le souhaite, rédiger un testament pour transférer à des personnes privées les biens reçus en donation de son vivant. Un projet de loi visant à abolir cette disposition a été bloqué en 2015 après un mouvement de protestation du clergé bouddhique.

Il sera intéressant de voir si le gouvernement va aller de l’avant et faire voter cette nouvelle loi par l’Assemblée nationale, entièrement nommée par lui, dans les prochains mois – sa dernière tentative dans le domaine avait été bloquée par le Conseil d’Etat. Un autre projet de loi préparé par la junte vise à établir un comité en charge de nommer une « police monastique » pour mettre un terme aux comportements délictueux des moines, entre autres en matière financière et sexuelle. Seuls trois moines seront membres de ce comité qui comprendra en tout 29 membres.

(eda/ad)