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Asie du Sud-Est - Thailande

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La nomination du nouveau chef de l’Eglise bouddhique thaïlandaise met un terme à une longue polémique

La nomination du nouveau chef de l’Eglise bouddhique thaïlandaise met un terme à une longue polémique

17/02/2017

La nomination par le roi de Thaïlande Maha Vajiralongkorn, le 7 février, de Somdet Phra Maha Munivong, âgé de 89 ans, au poste de « Patriarche Suprême » ou chef de l’Eglise bouddhique thaïlandaise, devrait mettre un terme à la longue controverse sur le choix du candidat pour le poste, le ...

... nouveau titulaire étant unanimement reconnu comme un moine adhérant strictement à la discipline monastique et menant une vie simple.

Le cardinal Francis-Xavier Kriengsak Kovidhavanij, archevêque de Bangkok et président de la Conférence des évêques catholiques de Thaïlande, a exprimé dans une lettre à l’intention du nouveau patriarche suprême « la joie de tous les catholiques » devant cette nomination et la volonté des catholiques thaïlandais de « coopérer » avec les bouddhistes et les fidèles des autres religions pour « construire la paix et la stabilité dans le pays ». Le cardinal a remis cette lettre en mains propres lorsqu’il est venu féliciter Somdet Phra Maha Munivong dans le temple Rajabophit dont il est le supérieur. Un représentant du Chularatchamontri – le leader de la communauté musulmane de Thaïlande – est aussi venu féliciter le nouveau patriarche suprême, dont le nouveau nom officiel est Somdej Phra Ariyawongsak-hatayan.

Une année de controverses

Cette nomination par le roi met un terme à un an de controverses. En janvier de l’an dernier, le Conseil suprême du Sangha – le conseil de vingt moines qui dirige la communauté monastique – avait nominé Somdej Chuang, l’abbé du temple Pak Nam Phasi Charoen, âgé de 90 ans, pour le poste. Le Conseil avait alors strictement suivi la loi monastique de 1962 (amendée en 1992), qui dispose que le moine nominé pour le poste de patriarche suprême doit être le membre du Conseil qui est titulaire depuis le plus longtemps du titre le plus élevé. Selon la loi, le Premier ministre devait transmettre la nomination au roi (à l’époque le roi Bhumibol Adulyadej, qui décédera ensuite le 13 octobre 2016) pour approbation. Mais le Premier ministre et chef de la junte, Prayuth Chan-ocha, était réticent à entériner le choix du conseil, car Somdej Chuang est proche du temple bouddhique controversé Dhammakaya, actuellement objet de multiples accusations de malversations financières et de distorsion de la doctrine bouddhique.

De manière opportune, deux personnages sont alors entrés en action, un bonze pro-militaire, Phra Buddha Issara, et un ancien sénateur très impliqué dans les questions religieuses, Paiboon Nititawan. Conjuguant leurs efforts, le bonze et l’ex-sénateur ont rapidement mis à jour une affaire d’évasion fiscale liée à une Mercedes de collection donnée par un fidèle à Somdej Chuang. Bien qu’il n’ait pas été prouvé que Somdej Chuang avait joué un rôle dans cette affaire fiscale, le Premier ministre Prayuth en a pris prétexte pour bloquer la nomination de Somdej Chuang au poste suprême. Il a ensuite fait modifier la loi monastique de 1962, pour écarter définitivement Somdej Chuang : dans la nouvelle version, le Conseil suprême du Sangha ne joue plus de rôle dans le processus ; le roi choisit le nouveau patriarche suprême dans une liste de noms remise par le Premier ministre.

Respect du concept de « séniorité »

C’est cette nouvelle procédure qui a été appliquée et qui a permis à Phra Maha Munivong de devenir patriarche suprême bien que deux autres membres du Conseil suprême du Sangha – dont bien sûr Somdej Chuang – détiennent le titre de « Somdej » depuis plus longtemps que lui. Dès sa nomination, la première démarche de Phra Maha Munivong a été de se rendre au temple Pak Nam Phasi Charoen pour rendre hommage à Somdej Chuang, son ainé. Ce geste, très important dans la culture thaïlandaise où la « séniorité » tient un rôle central, a fait beaucoup pour apaiser les tensions qu’auraient pu amener les manœuvres de la junte militaire.

Phra Maha Muniwong, né en juin 1927 dans une famille de petits commerçants de la province de Ratchaburi, à l’ouest de Bangkok, a été ordonné moine en 1948 par le patriarche suprême de l’époque, Vasana Vassano, au temple royal Rajabophit. Après avoir effectué une licence à l’université bouddhique Maha Makut de Bangkok puis une maîtrise en histoire et en archéologie à l’université indienne Banaras Hindu, il est devenu le supérieur du temple Rajabophit – un poste qu’il a conservé durant quarante ans. Il a été influencé par les enseignements du moine de la forêt Phra Ajarn Ajaro, un maître de méditation de la province de Sakhon Nakhon dans le nord-est du royaume, où il a effectué plusieurs retraites de méditation.

Un moine missionnaire, humble et facile d’accès

Phra Maha Munivong a aussi joué un rôle important dans la propagation du bouddhisme Theravada en Australie, où il a été envoyé à la tête d’une équipe de missionnaires au début des années 1970. Les personnes habitant près du temple Rajabophit à Bangkok le décrivent comme un moine humble et facile d’accès, soulignant le fait qu’il effectue tous les matins la tournée des offrandes avec les autres bonzes du temple et qu’il préfère se déplacer en taxi plutôt qu’être conduit dans une voiture avec chauffeur, comme la plupart des moines thaïlandais de haut rang.

Phra Maha Munivong appartient à la congrégation Thammayut du bouddhisme thaïlandais – congrégation créée au début du XIXe siècle et parrainée par la famille royale. Sa nomination perpétue donc la domination de la congrégation Thammayut sur le poste de patriarche suprême, au détriment de la congrégation Mahanikaya – plus ancienne et plus populaire –, qui n’a occupé le poste que durant six années depuis 1945.

(eda/ad)