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Asie du Sud-Est - Thailande

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L’Eglise catholique vient au secours des réfugiés rohingyas de Birmanie

L’Eglise catholique vient au secours des réfugiés rohingyas de Birmanie

09/09/2013

Suite aux violences qui ont fait fuir des dizaines de milliers de Rohingyas depuis Birmanie, la Caritas Thailande se prépare à accueillir un flot croissant de réfugiés, avec la fin de la mousson.

 

Malgré un gouvernement peu enclin à accueillir des réfugiés par milliers, la Caritas Thailande s’investit de plus en plus dans l’assistance aux très nombreuses populations qui fuient les persécutions des pays voisins.

Parmi ces réfugiés, les Rohingyas, minorité ethnique de religion musulmane, sont considérés comme l’un des peuples les plus discriminés au monde par les Nations Unies. Cette ethnie dont le million d’individus de langue indo-européenne vit principalement à la frontière du Bangladesh, dans la partie nord de l’Etat de l’Arakan (sud-ouest de la Birmanie), est victime d’un ostracisme violent et ne semble pouvoir trouver refuge dans aucun pays, en raison notamment de son statut d’apatride (1).

Depuis 2012, les persécutions à l’encontre de la minorité musulmane rohingya par la majorité bouddhiste arakanaise se sont fait plus intenses du fait de la campagne de haine nationaliste menée par des moines bouddhistes extrémistes (groupe 969) (2). Les émeutes meurtrières se sont multipliées ces derniers mois, faisant plusieurs centaines de morts et plus de 160 000 déplacés.

« Le problème des Rohingyas est une question brûlante pour la Thailande ainsi que pour tous les pays du Sud-Est asiatique », reconnaît le 4 septembre dernier le P. Sriparasert, secrétaire général de la Caritas Thailande, auprès de Catholic News Agency (CNA).

La minorité apatride tente en effet en vain de trouver une terre d’accueil dans les pays proches de la Birmanie ; la plupart des Rohingyas essayent désormais de rejoindre la Malaisie, où ils espèrent ne pas être rejetés à la mer ou parqués dans des camps insalubres et surpeuplés avant d’être expulsés vers leur pays d’origine, une politique menée entre autres par le Bangladesh et la Thaïlande. En 2011, Bangkok avait été fortement critiquée par la communauté internationale pour avoir rapatrié de force en Birmanie plusieurs minorités ethniques persécutées ainsi que pour avoir fait « rejeter en haute mer » par l’armée thailandaise des boat-people rohingyas dont les embarcations de fortune avaient sombré au large avec leurs occupants.

A l’heure actuelle, rappelle le P. Sriparasert , « plus de 2 000 Rohingyas sont emprisonnés dans différents centres de détention de Thailande », s’inquiétant de ce qu’un afflux de nouveaux réfugiés ne vienne bientôt gonfler ces effectifs déjà en surnombre. La mousson va bientôt se terminer et la mer sera moins dangereuse, explique-t-il, ce qui amènera sur les côtes de nouveaux Rohingyas fuyant l’Arakan.

Mais arrivés sur le sol thailandais, après les embûches du voyage, les membres de la minorité apatride doivent faire face à un sort qui n’est guère plus enviable. Les réfugiés sont parqués dans des centres de détention séparés, les hommes d’un côté (dans le sud du pays), les femmes et les enfants dans des camps provisoires et surpeuplés (dans le nord ), où ils ne bénéficient d’aucun des droits minimum fixés par la Convention internationale des réfugiés.

« Ils vivent dans la peur constante des attaques, du trafic d'êtres humains, de l’exploitation, des viols et des meurtres, se désole le P. Sriparasert. Les femmes, les enfants et parfois aussi les hommes, sont victimes de la traite humaine qui accompagne malheureusement toujours les périodes de vulnérabilité où les conditions de vie sont dégradantes, inhumaines et dangereuses. » De plus, ajoute-t-il, les réfugiés rohingyas en Thailande ne peuvent obtenir de permis de travail et en sont donc réduits à des emplois illégaux, précaires et peu rémunérés.

La Caritas Thailande, qui agit dans les camps en partenariat avec le Catholic Office for Emergency Relief and Services (COERR), a également mis en place une aide médicale, alimentaire et sociale avec les différents centres d’accueils diocésains.

« Les volontaires de la Caritas font un travail phénoménal, de soutien psychologique comme d’assistance médicale, dispensant des soins et distribuant des produits d’hygiène et d’aide d’urgence », rapporte le P. Anucha Chaowpraeknoi, aumônier du Catholic Office for Emergency Relief and Services.

« Dans ces centres de détention, nous essayons de redonner leur dignité aux réfugiés, explique-t-il encore. Cette action renforce notre foi de catholiques qui nous appelle à aimer, à servir les plus pauvres, à construire la paix et à faciliter le dialogue interreligieux. »

Notes

(1) En 1978, 200 000 Rohingyas étaient forcés par les autorités à migrer au Bangladesh, avant d’être rapatriés massivement par l’UNHCR. En 1982, un décret leur imposa de prouver que leurs ancêtres étaient établis en Birmanie avant la colonisation britannique, faute de quoi leur citoyenneté leur serait déniée. De fait, les musulmans rohingya devenaient des apatrides dans leur propre pays. Après le coup d’Etat de la junte en 1988, des opérations de nettoyage ethnique furent lancées contre les Rohingyas qui tentèrent de fuir vers les pays frontaliers dans un premier temps (Chine, Laos, Thaïlande et surtout Bangladesh), puis de gagner des pays à forte présence musulmane (Inde, Pakistan, Malaisie ou même Arabie Saoudite où ils mènent une vie de clandestins). http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/birmanie-myanmar/2012-10-02-pour-approfondir-conflit-de-l2019arakan-une-perspective-historique
(2) Orchestrée par le moine extrémiste Wirathu, cette campagne incite la population bouddhiste à boycotter les magasins musulmans et à chasser les Rohingyas du pays afin de « protéger la race et la religion birmanes ».