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Asie du Sud-Est - Thaïlande

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Grotte de Tham Luang : un banquet royal en l’honneur des enfants rescapés

Grotte de Tham Luang : un banquet royal en l’honneur des enfants rescapés

11/09/2018

Un grand banquet a été donné au Palais Royal de Bangkok en l’honneur de tous ceux qui ont participé à l’opération de sauvetage de Tham Luang, en présence du Premier ministre et des douze enfants de l’équipe de football des Sangliers Sauvages, qui sont restés bloqués dans la grotte durant 17 jours. Plus tôt dans l’après-midi, les rescapés avaient dû poser pour les photographes dans une reconstitution de la grotte installée dans un centre commercial de Bangkok, et répondre aux questions des journalistes. Mais loin des caméras, les enfants se remettent de l’épreuve auprès de leurs communautés spirituelles, bouddhistes et chrétiennes. 

Ils étaient plus de deux mille jeudi soir, sous des chapiteaux colorés dans l’enceinte du Palais Royal. Fonctionnaires du gouvernement, secouristes thaïlandais et étrangers, familles des rescapés... Les douze enfants occupaient la table d’honneur, près de celle du Premier Ministre et des ambassadeurs. Leur entraîneur, Ekapol Chantawong, devenu moine à la suite de l’événement, avait fait le voyage avec eux mais ne participait pas au dîner : les moines bouddhistes sont tenus de ne pas consommer de nourriture l’après-midi.
Un peu plus tôt dans l’après-midi, les enfants ont inauguré dans un centre commercial une exposition qui retrace l’opération de sauvetage à l’aide de cartes, photos, équipements des plongeurs et surtout, clou du spectacle, une reconstitution grandeur réelle de l’un des corridors de la grotte avec ambiance sonore. Les enfants ont été invités à refaire le parcours, courbés mais souriants, sous les flashs des photographes. Cette reconstitution va totalement à l’encontre des précédentes recommandations du gouvernement qui avait demandé aux médias de ne pas approcher les enfants pour protéger leur bien-être psychologique et « ne pas réactiver de souvenirs traumatisants », menaçant même les organes de presse de lourdes amendes.
Les rares personnes autorisées à les approcher avaient dû promettre de ne poser aucune question sur la grotte. Certains enfants ont d’ailleurs confié leur étonnement de rencontrer des hautes personnalités comme des diplomates américains sans qu’ils ne leur posent aucune question sur leur expérience. « J’avais fini par douter que j’étais moi aussi dans la grotte », confie en plaisantant Ekarat Wongsukchan, l’un des membres de l’équipe.

L’opération de sauvetage récupérée par la junte

L’affaire de la grotte de Tham Luang, qui aurait pu rester un simple fait divers dans un petit village du nord de la Thaïlande, est devenue un formidable outil de communication pour le gouvernement militaire, couvert par près de 1 200 journalistes étrangers. Les officiels et médias thaïlandais ont d’ailleurs qualifié l’opération de « modèle de coopération internationale ». À chacune de leur apparition, les enfants, vêtus de jaune, la couleur royale, ne manquent pas de remercier le monarque Rama X. et tous ceux qui ont participé à l’opération, promettant de « ne pas oublier » et de « faire de notre mieux pour devenir de bons citoyens de la Thaïlande et du monde » comme l’a déclaré le jeune Adul Sam-On jeudi soir, au micro de la scène centrale.
Mais loin des caméras, dans un pays qui compte très peu de psychologues, les enfants se remettent de cette épreuve principalement grâce au soutien de leurs familles et de leurs communautés spirituelles respectives. Pour onze des douze enfants, il s’agit du temple Wat Phra That Doi, situé sur la ligne frontalière entre la Thaïlande et la Birmanie. Pour Adul, un jeune originaire de l’ethnie Wa en Birmanie, il s’agit de l’église évangéliste de Mae Sai Grace.
Désormais, chaque jour après l’école et tous les week-ends, les enfants se rendent au temple, où ils discutent et mangent sous la direction de l’abbé des lieux, Prayuth Jetiyanugan. Ils approfondissent aussi leur pratique de la méditation, qu’ils ont largement pratiquée dans la grotte pour rester en vie et tenir psychologiquement. « Nous appliquons la technique Vipassana », explique le moine, « qui consiste en une observation calme de la respiration, sans penser au passé ni au futur. » Le but étant d’atteindre un état d’esprit paisible, conscient et détaché de la souffrance.

Le soutien des communautés spirituelles

Adul, le seul chrétien du groupe, vit avec le pasteur Shin Maung depuis une dizaine d’années. Ses parents l’ont déposé à l’église lorsqu’il avait six ans, considérant que les opportunités d’éducation du côté thaï de la frontière étaient meilleures pour leur fils. Il fait partie de la vingtaine d’enfants qui vivent autour de l’église : leurs parents, des travailleurs migrants birmans, les ont confiés à la responsabilité du pasteur et de sa femme afin d’aller chercher du travail ailleurs en Thaïlande ou en Asie du Sud Est. L’office du dimanche, dit en birman, est une cérémonie colorée, ponctuée par des chants en birman et en anglais. Très expressif, le pasteur s’exclame au micro et chante avec ferveur. Il s’adresse en particulier aux plus jeunes, mettant en garde contre les dangers des réseaux sociaux. « Ne tombez pas dans le piège du faux bonheur exhibé sur Facebook », enjoint-il.
Chiang Rai est une zone particulièrement dynamique du christianisme. La communauté compterait près de 60 000 croyants dans la seule province, dont 20 000 catholiques. En avril dernier, Mgr Joseph Vuthilert Haelom a été nommé à la tête du tout nouveau diocèse catholique de Chiang Rai. Selon les missionnaires de la région, les peuples des montagnes environnantes du nord du pays, de culture animiste, souvent mal intégrés voire méprisés par la bonne société thaïlandaise, sont plus susceptibles de se tourner vers le christianisme que vers le bouddhisme. Près de 60 % des chrétiens de Thaïlande vivent désormais dans les régions du nord, où se trouveraient près de 100 % des nouvelles conversions.
Pour la population, une question demeure : quel profit tirer de l’immense attention internationale suscitée par l’histoire de la grotte ? « Pour l’instant, l’affaire a bénéficié au gouvernement de Bangkok », explique le moine Prayuth. « Pas au gouvernement local, ni aux enfants ou à leur famille. » Une dizaine de livres et six productions cinématographiques sur l’aventure des enfants de Tham Luang seraient en cours de réalisation. Des personnalités locales essaient de négocier des droits d’auteur pour les enfants et leurs familles, pour l’instant sans succès.

(EDA / Carol Isoux)