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Asie du Sud-Est - Thailande

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Les responsables religieux, bouddhiste, musulman et catholique, ont demandé aux Thaïlandais de prier, chaque soir à 18h, quelques minutes pour la paix [ Bulletin EDA n° 528 ]

Les responsables religieux, bouddhiste, musulman et catholique, ont demandé aux Thaïlandais de prier, chaque soir à 18h, quelques minutes pour la paix

26/04/2010

Dans le contexte de forte tension qui caractérise l’incertitude politique prévalant actuellement en Thaïlande, les Thaïlandais ont été appelés par leurs responsables religieux, bouddhiste, musulman et catholique, à prier chaque soir pour la paix.

L’initiative en revient à la Commission nationale pour les droits de l’homme, un organisme indépendant. Face à l’impasse dans laquelle semble se figer le face-à-face entre « les chemises rouges »...

... et le gouvernement dirigé par le Premier ministre Abhisit, la Commission a réuni, le 15 avril dernier à Bangkok, sur une même estrade le vénérable Thammakosajarn, représentant du patriarche suprême du bouddhisme de Thaïlande, Imron Maluleen, vice-président du Comité islamique central de Thaïlande, et Mgr Francis Xavier Kriengsak Kovitvanit, archevêque catholique de Bangkok. Les trois responsables religieux ont appelé publiquement leurs fidèles à prier pour la paix durant quelques minutes, chaque soir, à 18h.

 

« Le fait de prier côte à côte exprime notre engagement en faveur d’une société pacifique. Nous ne voulons pas de violence dans notre pays », a déclaré l’archevêque de Bangkok. Il a ajouté que les morts du 10 avril lui causaient une profonde tristesse et que sa sympathie allait aux familles des victimes. Dans la nuit du 10 au 11 avril dernier, les heurts entre les forces de l’ordre et les manifestants qui occupent le centre de la capitale thaïlandaise depuis le 14 mars ont fait 25 morts et plusieurs centaines de blessés (1). « Nous appelons tous les membres de la société à agir ensemble pour mettre fin à la violence et nous demandons que ceux qui sont engagés dans le conflit politique actuel reviennent à la table des négociations et trouvent une solution qui bénéficie à tous », a précisé Mgr Kriengsak Kovitvanit.

 

Le vénérable Thammakosajarn a, pour sa part, demandé aux parties en présence de se retirer et de prendre en compte l’intérêt de la nation tout entière. Evoquant la nécessité du pardon, il a prié les Thaïlandais de faire preuve de patience et de respect pour la différence. Chacun doit être attentif à bien analyser les informations qu’il reçoit, a-t-il ajouté. Quant au leader musulman, il a insisté sur la nécessité pour les manifestants de respecter l’Etat de droit. La société thaïlandaise doit apprendre à bâtir une nouvelle culture politique, a-t-il expliqué, ajoutant que les parties en présence devaient analyser ce qu’elles ont fait jusqu’à présent et mettre l’intérêt national au centre de leurs préoccupations.

 

Dans l’immédiat, l’appel des leaders religieux n’a pas changé la donne dans les rues de Bangkok. Après les 25 morts du 10 avril, des grenades ont explosé dans et à proximité de la station de métro Sala Daeng, dans le quartier des affaires, tuant une personne et en blessant 75 autres. Les « chemises rouges », partisans de l’ex-Premier ministre Thaksin Shinawatra, renversé par un coup d’Etat en 2006 et vivant en exil, continuent d’exiger le départ immédiat du Premier ministre Abhisit et la dissolution du Parlement. Ils ont proposé de patienter trois mois pour la tenue du scrutin, mais le Premier ministre a rejeté l’offre. De son côté, le gouvernement doit contenir la pression des « chemises jaunes », qui menacent de se lancer à l’assaut des « rouges » si l’armée n’intervient pas. Le roi, hospitalisé depuis septembre 2009, demeure silencieux et l’armée se retrouve en position d’arbitre d’un conflit qu’elle ne veut ou ne peut pas arbitrer.

 

Réunis à Sam Phran le 22 avril, dans la banlieue de Bangkok, une centaine d’évêques, de prêtres, de religieuses et de responsables laïcs de l’Eglise catholique (0,5 % de la population du royaume) n’ont pas caché leur inquiétude quant à la tournure potentiellement meurtrière que pourraient prendre les événements. « Les Thaïlandais ne sont pas ennemis les uns les autres, même s’ils peuvent ne pas partager les mêmes idées politiques. Tous les Thaïlandais forment une seule et même famille. Nos vrais ennemis sont la haine et la colère », a déclaré Mgr Chamniern Santisukniran, archevêque de Tharae-Nongsaeng et président de la Conférence épiscopale.

 

Au Carmel de Bangkok, situé dans une ruelle éloignée d’un jet de pierre du site où cinq grenades ont explosé le 22 avril, la prieure, Sœur Teresita de l’Enfant-Jésus, explique qu’en temps normal, les gens qui viennent demander aux religieuses de prier présentent des intentions liées à la recherche d’un emploi, à la santé ou à la réussite aux examens scolaires. Depuis le début des manifestations, les gens viennent moins nombreux – l’accès au carmel étant devenu difficile –, mais les demandes de prière affluent par téléphone. « La plupart demandent de prier pour la paix dans le pays », témoigne Sœur Teresita. Certains demandent des prières pour les « chemises rouges », d’autres pour le gouvernement. « Mais nous ne pouvons pas prendre parti. Nous prions pour la paix et l’unité dans le pays. Notre mission consiste à prier pour le monde et ses besoins, tout particulièrement quand le chaos menace, comme c’est le cas actuellement en Thaïlande. Nous ne pouvons recourir à la violence les uns contre les autres. »

Notes
  1. Voir EDA 527

Légende photo : La Thailande, "pays du sourire", est paralysée depuis un mois et demi par une grave crise politique. ©Ucanews