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Asie du Sud-Est - Thailande

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Face à l’amplification de la crise politique, des responsables religieux sortent du silence dans lequel ils s’étaient jusqu’ici cantonnés [ Bulletin EDA n° 527 ]

Face à l’amplification de la crise politique, des responsables religieux sortent du silence dans lequel ils s’étaient jusqu’ici cantonnés

12/04/2010

Après un week-end de violences sanglantes à Bangkok, des responsables religieux sont sortis du silence dans lequel ils se cantonnaient depuis des mois. Face à l’aggravation de la crise politique, ils ont appelé au calme et demandé aux parties en présence de s’entendre pour trouver une issue pacifique au conflit.

Depuis le coup d’Etat de septembre 2006 qui a évincé Thaksin Shinawatra du pouvoir, ...

... le pays ne semble pas en mesure de retrouver une véritable stabilité politique. Depuis un mois, les « chemises rouges » du Front uni pour la démocratie et contre la dictature, coalition disparate réunissant les partisans de l’ancien Premier ministre, ont réinvesti le centre de la capitale thaïlandaise pour exiger des élections législatives anticipées et le retour à l’ordre constitutionnel. Face à eux, les élites traditionnelles et le Premier ministre Abhisit Vejjajiva refusent la dissolution du Parlement, sans pour autant parvenir à une issue négociée. Le gouvernement a décrété l’état d’urgence le 7 avril dernier et, durant le week-end du 10 et 11 avril, les manifestations, jusqu’ici pacifiques, ont connu une escalade sanglante. Dans la nuit de samedi à dimanche, les heurts avec les forces de l’ordre ont fait 21 morts – dont quatre soldats – et 860 blessés. A la télévision, le Premier ministre a affirmé que des « terroristes » s’étaient mêlés aux manifestants. Les leaders « rouges » ont rétorqué qu’aucune négociation ne pourrait intervenir tant qu’Abhisit ne démissionnerait pas et ne quitterait pas le pays. Le 12 avril, la Commission électorale a préconisé de dissoudre le Parti démocrate, parti du Premier ministre, affaiblissant ainsi sa position.

Dans ce contexte tendu, des responsables religieux ont pris la parole pour demander le retour au calme. Jusqu’ici, les mouvements et organisations des bouddhistes, qui sont très largement majoritaires dans ce pays, avaient pris soin de ne pas intervenir dans le champ politique. Le 12 avril toutefois, le vénérable Paisan Visalo, moine bouddhiste à la tête du « Réseau pour la non-violence », coalition d’ONG proches de milieux bouddhiques et universitaires, a déclaré « être attristé par les morts et les blessés, qu’ils soient soldats ou manifestants ». « La violence peut contribuer à régler un problème temporairement, mais elle crée en réalité de nouveaux problèmes sur le long terme et souvent exacerbe des problèmes anciens », a-t-il ajouté. Au sujet de la société contemporaine thaïlandaise, il a précisé : « Ce qui nous rassemble est plus important que ce qui nous sépare : la poursuite du bonheur, l’aversion pour la souffrance, la recherche du respect, le désir de faire le bien et de prendre soin de la dignité de chacun. » Il a appelé le gouvernement thaïlandais et les manifestants « rouges » à prendre des mesures pacifiques pour trouver une issue à la crise actuelle.

Du côté de la petite minorité catholique (0,5 % de la population), ses responsables sont eux aussi sortis de la réserve observée jusqu’alors. A la mi-mars, réunis pour leur assemblée biannuelle, les évêques estimaient encore que, si les catholiques avaient le droit de soutenir tel ou tel camp, l’Eglise n’avait pas à prendre position. « En tant qu’Eglise, nous nous devons de promouvoir l’entente commune », déclarait ainsi le P. Pipat Rungruangkanokkul, secrétaire général adjoint de la Conférence épiscopale. Il ajoutait : « La situation est très sensible. Sauf à envenimer le conflit, l’Eglise n’a pas à prendre part ou à juger qui a raison, qui a tort. »

Après les événements du week-end des 10 et 11 avril derniers, qui ont été les plus meurtriers depuis la sanglante répression des manifestations de 1992 (1), l’évêque émérite d’Ubon Ratchathani, Mgr Bunluen Mansap, s’est exprimé publiquement. L’ancien responsable de la Commission ‘Justice et Paix’ de la Conférence épiscopale a estimé qu’« en Thaïlande, aujourd’hui, la colère et la haine se répandent dans tout le pays. Ce qui menace ce pays, ce n’est pas la guerre civile, mais la colère et la haine et il semble que beaucoup de gens sont remplis de haine aujourd’hui ». L’évêque a appelé tous les Thaïlandais à accepter les différences d’opinion et de croyance. « Les êtres humains sont faits pour s’aimer les uns les autres mais ils sont divisés par la politique et l’idéologie », a-t-il ajouté, demandant au gouvernement et aux manifestants de mettre fin à la violence et de revenir à la table des négociations.

Au-delà des questions de personne et des pressions exercées par les « chemises rouges » pour demander le retour de Thaksin Shinawatra, les affrontements à Bangkok témoignent de la profondeur du fossé qui sépare les élites traditionnelles, liées à l’aristocratie et à la bourgeoisie d’affaires, aux populations rurales, notamment du nord-est du pays, qui estiment ne profiter que peu du développement économique du pays. Un rapport de la Banque mondiale souligne que la distribution des revenus en Thaïlande est l’une des plus inéquitables d’Asie.
 

Notes
  1. Au cours du mois de mai 1992, à Bangkok, l’armée thaïlandaise a violemment réprimé des manifestations de masse en faveur de la démocratie. Au moins 52 personnes furent tuées, des centaines d’autres blessées et 34 ont « disparu » sans laisser de trace. Ces événements ont marqué un tournant dans la vie politique thaïlandaise. Le roi Bhumipol dut intervenir en personne pour rétablir le calme et obtenir la démission du Premier ministre, le général Suchinda Krapa-yoon. Les élections qui suivirent virent le succès du Parti démocratique de Chuan Leekpai, nommé Premier ministre. Après le massacre de Bangkok, l’armée s’est, en général, abstenue d’interférer dans la politique.

Légende photo : Les "chemises rouges" occupent le pavé à Bangkok. ©Ucanews