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Asie du Sud-Est - Thailande

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Le bouddhisme en Thaïlande : la robe safran disparaît du tissu moral [ Bulletin EDA n° 331 ]

16/05/2001 - par par Sirikul Bunnag

Le nombre croissant de scandales au sein du clergé bouddhiste fait que le public estime que le Conseil du Sangha et le Département des Affaires religieuses ne font pas assez pour sauvegarder la religion.

Peu de gens aujourd'hui s'intéressent aux nouvelles que la presse propage au sujet des moines qui rejettent les principes moraux en faveur des désirs terrestres. Mais des milliers de gens sont déçus par ce qui se passe chez les chefs spirituels de la nation. Les trahisons récentes de la religion bouddhiste - y compris le cas d'un abbé qui avait un penchant pour la vie nocturne et celui d'un autre qui se faisait passer pour un officier des Forces spéciales plutôt coureur de jupons - ne choquent plus beaucoup et ne passe plus pour quelque chose d'incroyable.

Mais ce que ressentent les gens, c'est que ces scandales dans le clergé sont le résultat inquiétant du manque d'action de la part du corps ecclésiastique et du Département des Affaires religieuses, qui n'osent pas débarrasser le bouddhisme des moines délinquants et empêcher leur retour.

Au cours des dernières dix années, la nation toute entière a été témoin des frasques de Nikhorn Wongkhanju, renvoyé du Sangha après que le conseil supérieur du Sangha eut trouvé ce fameux prédicateur coupable de mauvaise conduite et de rapports sexuels. Son renvoi a été l'une des rares bonnes nouvelles venues du cercle religieux.

Selon le code qui régit les moines bouddhistes, le vol, la prétention d'avoir atteint un état surhumain, le meurtre, les rapports sexuels sont des offenses qui justifient l'expulsion. Un moine coupable de tels actes sera défroqué et il lui sera interdit d'être à nouveau ordonné.

Dans la plupart des cas qui suivirent, les moines qui s'étaient mal comporté furent rarement défroqués ou incarcérés, si les officiels n'avaient pu rassembler suffisamment de preuves de leur mauvaise conduite. Il y a eu le cas de La Ongsuwan, mieux connu sous son nom d'ex-Phra Yankra : celui qui a eu des rapports sexuels avec Chanthina Chayanamsi qui lui a donné une fille, mais les bouddhistes de ce pays n'ont jamais eu la chance de voir justice faite, car cette homme qui a fait beaucoup de mal à la religion a réussi à s'échapper aux Etats Unis où il mènerait une vie de laïc. Phra Kittiuritto est depuis longtemps en train de se défendre d'une accusation de tromperie par un ancien disciple : celui-ci aurait soi-disant acheté un appartement dans un condominium de Chon Buri qui n'a jamais été bâti. Phra Dammachayo a été démis de sa charge d'abbé de Wat Dhammakaya ; la police enquête sur sa mauvaise conduite religieuse et les accusations de détournement de dons publics : un premier cas de 436 millions de baht, un deuxième de 379 millions de baht : cet argent appartenait à la Wat.

Chacune de ces affaires a progressé à petits pas. Et avant que tombe le verdict, d'autres scandales ont défrayé la chronique. L'indifférence montrée par le Conseil du Sangha et le Département des Affaires religieuses fait que les gens se demandent vraiment s'ils ne sont pas en train d'assister aux derniers jours du bouddhisme.

Phra Prayom Kalayano, l'abbé de Wat Suan Kaew, a critiqué les autorités ecclésiastiques et les a accusées de fermer les yeux sur la destruction du bouddhisme : "Ils laissent de mauvaises gens abuser du bouddhisme. De nos jours, point n'est besoin de braquer des banques. Les mauvais moines n'ont pratiquement pas à craindre d'être pris et d'aller en prison parce que la loi est indulgente. Et une fois qu'ils ont fait quelque chose de mal et qu'on leur demande de quitter l'habit religieux, ils peuvent toujours revenir plus tard". Selon Phra Prayom, "il y en a encore bien plus qui vivent en "parasites" sur le monde bouddhiste ; et ni les bouddhistes ni les agences d'Etat ne font le moindre effort pour les éliminer tant que leur cas ne font pas la une des journaux. Notre système de contrôle est pourri". Les supérieurs des moines ne veulent pas s'occuper des problèmes éthiques ennuyeux, et le Département des Affaires religieuses ne s'est jamais vraiment lancé dans une grande campagne offensive ; il ne s'est même pas servi des preuves fournies par le public et les médias dans l'intérêt du bouddhisme. "Parfois je me demande si ces officiels ne sont pas en cheville avec ces moines dévoyés ou s'ils ne reçoivent quelque chose d'eux". Il y a même eu des cas où les officiels eux-mêmes ont rendu les choses encore pire ! Phra Prayom déclare qu'il ne peut toujours pas comprendre pourquoi les officiels haut placés du Département disent qu'une cassette vidéo de l'ex-Phra Khru Thammathorn Wanchai Thawaro vivant avec une femme dans une maison n'est pas une pièce à conviction, une preuve que ce moine a enfreint le code monacal. Et ce n'est qu'après avoir été surpris en uniforme militaire que ce moine a été défroqué ! On le suspecte d'avoir eu des relations sexuelles avec des femmes. Cet ex-abbé de la Wat Thachang à Suphan Buri vit maintenant sous son nom laïc de Wanchai Ounsap. Phra Prayom explique que, selon la doctrine bouddhiste, un moine qui se trouve seul avec une femme dans un lieu privé peut être reconnu coupable d'enfreindre le vœu de célibat. Ce n'est qu'après que moines et laïcs aient violemment protesté que le Département a accepté que Wanchai soit jugé coupable.

Suthivong Tantayapisalsut, directeur adjoint du Département des Affaires religieuses, déclare cependant qu'obliger un moine à défroquer n'est pas une mince affaire : un moine n'est coupable d'inconduite sexuelle que s'il désire le sexe et a vraiment des relations sexuelles avec une femme. Mais Charuay Nookhong, un autre directeur, dit que s'en tenir strictement à la lettre du code ne servirait à rien dans l'élimination des mauvais moines. "Chaque moine sait ce qu'il fait. Il sait s'il est en tort, s'il désire le sexe, s'il a des relations sexuelles même si personne d'autre ne le sait. Il est clair que cela constitue une faute".

Le tribunal monastique n'a pas besoin de preuve irréfutable ; des preuves circonstancielles et une bonne analyse de la conduite passée du moine peuvent suffire pour un procès. Manop Polpairin, un expert de ce département, défend la loi du Sangha. Il dit que cette loi ne peut aucunement être exploitée par des moines délinquants et il accuse les autorités ecclésiastiques de n'avoir pas fait assez pour que les lois soient appliquées. M. Manop cite comme exemples les cas de Wanchai (cité plus haut) et de l'ex-Phra Pativetvisit de la Wat Sri Boonrong à Bangkok qui visitait les clubs de karaoké à Ang Thong. Manop dit encore que les autorités considéraient que tout est réglé maintenant que ces deux-là ont été arrêtés et défroqués. Il ajoute que la répugnance à les déclarer coupables de persécuter le bouddhisme rendait possible un retour de ces deux hommes à la vie monastique. Un moine renvoyé peut être arrêté, mis en examen et poursuivi s'il essaie de revenir à la vie monastique. Il dit aussi que la plupart des supérieurs ecclésiastiques au niveau des cantons, des arrondissements et des départements ne connaissent pas suffisamment les lois ecclésiastiques et ceci causait bien des retards dans les enquêtes et les procès.

La protection du bouddhisme demande la collaboration du gouvernement qui doit enfin décentraliser les pouvoirs administratifs, législatifs et judiciaires actuellement détenus par le seul Conseil du Sangha : une idée proposée depuis longtemps. Ceci ne sera possible qu'après avoir amendé la loi sur le Sangha. Les amendements permettraient l'établissement d'un tribunal monastique indépendant qui traiterait spécifiquement des transgressions par les moines des règles bouddhiques, un tribunal où siègeraient des juges spécialement formés qui seraient à même d'imposer les sanctions disciplinaires et de poursuivre au tribunal civil les moines criminels.

Panom Pongpaiboon, secrétaire permanent du ministère de l'Education, a cependant demandé aux bouddhistes de ne pas désespérer. Le bouddhisme en Thaïlande a encore de beaux jours. Parmi les quelque 300 000 moines du pays, environ 200 seulement par an, sont accusés d'enfreindre les lois monastiques.

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(EDA, Bangkok Post, mai 2001)