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Asie du Sud-Est - Singapour

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Le diocèse catholique de Singapour confronté à une affaire d’abus sexuel sur mineur

Le diocèse catholique de Singapour confronté à une affaire d’abus sexuel sur mineur

11/07/2013

Par un communiqué en date du 8 juillet dernier, le diocèse de Singapour a réagi à des informations publiées deux jours plus tôt par un tabloïd de la cité-Etat faisant état d’une affaire d’abus sexuel commis par deux de ses prêtres sur une mineure au début des années 1990. L’Eglise catholique « fera tout ...

... ce qui est en son pouvoir pour s’assurer que la justice sera rendue, non seulement au plan de la justice civile mais aussi au plan du droit [canon] de l’Eglise », peut-on lire dans le communiqué diffusé par le Bureau des communications de l’archidiocèse de Singapour.

L’affaire en question a été mise sur la place publique par un article daté du 6 juillet du tabloïd local The New Paper. L’article rend compte de la publication l’an dernier en Australie de la biographie de Jane Leigh, intitulée : Mes neuf vies - De victime à survivante, itinéraire d’une psychothérapeute. Aujourd’hui âgée de 36 ans, Jane Leigh y raconte son parcours de petite fille abusée sexuellement à l’âge de 6 ans par son père, puis d’adolescente abusée à l’âge de 13 ans par un prêtre catholique de son entourage. Deux années plus tard, à l’âge de 15 ans, la jeune fille sera à nouveau abusée sexuellement par un autre prêtre, auprès duquel elle était venue trouver un soutien spirituel. Dans le livre, les noms des deux prêtres en question ne sont pas cités, même si l’ordre religieux auquel appartient l’un d’eux est mentionné. Par la suite, Jane Leigh quittera Singapour à l’âge de 18 ans pour l’Australie, pays où elle poursuivra des études de psychothérapeute et dont elle prendra la nationalité. Aujourd’hui installée à Melbourne, elle est mère de deux filles.

Le journaliste de The New Paper a retrouvé les prêtres mis en cause, l’un des deux ayant entre-temps quitté la prêtrise. Confronté aux accusations dont ils sont l’objet, l’un comme l’autre ont réagi en exprimant la surprise et en niant les faits que Jane Leigh leur reproche. Ils se rappellent avoir été en contact avec l’adolescente mais sans avoir entretenu avec elle les relations qu’elle leur prête.

Pour l’archidiocèse de Singapour, ainsi qu’il est écrit dans le communiqué du 8 juillet, « toute information faisant état d’une éventuelle inconduite sexuelle de la part de son clergé, des personnes qui travaillent pour [le diocèse], à titre bénévole ou salarié » fait l’objet d’« une attention approfondie ». « Toute injustice faite à l’un des membres [de la communauté catholique] – et cela inclut aussi bien les victimes que leurs agresseurs – blesse le Corps du Christ dans son entier, l’Eglise », précise le texte posté sur le site Internet de l’archidiocèse.

« Par conséquent, l’Eglise fera tout ce qui est en son pouvoir pour s’assurer que la justice sera rendue, non seulement au plan de la justice civile mais aussi au plan du droit de l’Eglise. En agissant ainsi, l’Eglise fera preuve de fermeté face à toute injustice avérée et prendra toutes les mesures réparatrices et préventives qui s’imposent », affirme encore l’archidiocèse, tout en ajoutant qu’il « n’hésitera pas à prendre les mesures nécessaires afin de protéger l’intégrité de l’institution [ecclésiale] contre ceux qui cherchent à discréditer l’Eglise et ceux qui la constituent ».

Il est enfin rappelé que l’archidiocèse a mis en place il y a quelques années une structure spécialement dédiée à l’étude des informations concernant les plaintes pour abus sexuels sur la personne de mineurs et assimilés. Cette structure, le PSO (Professional Standards Office), est-il précisé, encourage les éventuels plaignants à porter plainte à la police dès lors que les accusations sont jugées « graves ».

Dans l’article de The New Paper, Jane Leigh déclare qu’elle ne souhaite pas porter plainte, arguant du fait que, plusieurs années après les faits, « cela sera parole contre parole » et qu’elle veut épargner à ses enfants « la douleur et l’anxiété » que représenterait une enquête de police sur ce qu’elle a vécu.

Pour le nouvel évêque de Singapour, Mgr William Goh, qui a pris la succession de Mgr Nicholas Chia au mois de mai dernier (1), cette affaire, pour autant qu’elle aille au-delà des articles de presse déjà publiés (le papier de The New Paper a été suivi d’une dépêche de l’AFP et d’un court article dans The Straits Times), intervient dans un contexte international où, ces dernières années, l’Eglise a été touchée dans plusieurs pays, notamment la Belgique, l’Autriche, l’Allemagne, l’Irlande ou les Etats-Unis, par des affaires de pédophilies. En janvier prochain, le Saint-Siège sera entendu par l’ONU sur son action en matière de lutte contre la pédophilie (2). Par ailleurs, ce 11 juillet, à Rome, le pape François a signé un décret qui durcit les sanctions pénales contre tout abus commis sur des mineurs au Vatican ; les actes sexuels sur mineurs en font partie.

A Singapour, l'Eglise catholique réunit 5 % des 5,5 millions d'habitants de la cité-Etat.

Notes

(1) Mgr Nicholas Chia Yeck Joo a été l’archevêque de Singapour de mai 2001 à mai 2013, date de sa démission à l’âge de 75 ans, limite d’âge fixée par le droit canon. Il n’était donc pas à la tête du diocèse de Singapour à l’époque des faits avancés par Jane Leigh. L’actuel archevêque, Mgr William Goh Seng Chye, a été nommé coadjuteur de Mgr Chia en décembre 2012.
(2) Disposant d’un statut d’observateur permanent auprès des Nations Unies, le Saint-Siège est signataire de la Convention de l’ONU relative aux droits de l’enfant (1989). C’est à ce titre que le Vatican doit répondre avant le 1er novembre 2013 à une série de questions détaillées sur la pédophilie et sera ensuite auditionné par l’ONU en janvier 2014 à Genève.