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Asie du Sud-Est - Singapour

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Les autorités obligent à déménager un foyer accueillant des employées de maison victimes de mauvais traitements [ Bulletin EDA n° 492 ]

01/10/2008

A la mi-août dernière, HOME, l’association qui s’occupe d’héberger les employées de maison victimes de mauvais traitements, a reçu un avis d’expulsion de la part des autorités singapouriennes pour un des deux foyers qu’elle anime.

Dans la cité-Etat de Singapour, un foyer sur sept emploie une ou plusieurs employées de maison ; on en compte ainsi 170 000, des femmes venues pour la plupart de pays tels que les Philippines, l’Indonésie ou l’Inde. Ces immigrées sont assujetties à des règlements gouvernementaux draconiens, parfois ouvertement contraire aux droits fondamentaux de la personne et, très régulièrement, certaines d’entre elles, victimes de mauvais traitements de la part de leur employeur, n’ont pour seule issue que la fuite.

 

« Lorsqu’un travailleur étranger voit ses droits bafoués, il devient une victime. Comme il n’a nulle part où aller, il vient nous voir, explique Bridget Lew, catholique singapourienne et fondatrice de HOME (1). Il a alors besoin d’un toit et c’est pourquoi, en 2004, nous avons créé HOME (Humanitarian Organization for Migration Economics). » Seule organisation de ce genre à Singapour (2), HOME gère deux foyers, l’un pour les femmes, l’autre pour les hommes (3). Le plus souvent, lorsqu’une employée de maison prend la décision de fuir son employeur, elle se présente à la police ou à son ambassade qui la dirige vers le ministère de l’Emploi (Manpower Ministry), lequel se tourne vers HOME pour qu’elle soit hébergée le temps que dure l’enquête ouverte par l’administration. Bridget Lew précise que huit sur dix des personnes hébergées dans les foyers de HOME y sont amenées par le ministère de l’Emploi. Le foyer pour femmes accueille en permanence « de 50 à 80 pensionnaires ».

 

Selon la juridiction en vigueur, les employées impliquées dans une enquête ne sont pas autorisées à travailler tant que dure cette enquête. Elles ne peuvent donc gagner leur vie. « Elles n’ont ni soutien, ni famille ici et elles ne peuvent retourner vivre chez leur employeur », précise Bridget Lew.

 

L’avis d’expulsion concerne le foyer pour femmes. Installé dans une maison de trois étages, louée dans le quartier de Kovan, un secteur résidentiel habité par des familles des classes moyennes, le foyer ne fonctionnerait pas selon les normes en vigueur, a signifié à HOME l’Urban Redevelopment Authority of Singapore (URA). Habituellement, l’URA n’agit pas en pareil cas, sauf si des plaintes ont été déposées par le voisinage. Ce qui a été le cas : des voisins ont fait part de leur inquiétude face à la présence de tant d’immigrées étrangères, de la gêne occasionnée par les chants des femmes déconcentrant leurs enfants dans leurs études, ou bien encore des aboiements à répétition que cette présence provoque chez les chiens de garde. Bridget Lew a été informée que des plaintes similaires avaient été déposées au sujet du foyer pour hommes, situé en centre-ville, et elle a choisi de prendre les devants en cherchant pour ce deuxième foyer de nouveaux locaux à louer. Pour le foyer de femmes, l’URA a accordé un délai de grâce avant de procéder à l’expulsion, puis a approuvé la location par HOME d’une maison-échoppe à Katong, un autre quartier pour classes moyennes.

 

« Nous aussi, nous sommes des migrants, toujours en déplacement d’un lieu à un autre », sourit Bridget Lew, qui a pris l’habitude d’être mal considérée par bon nombre de Singapouriens de la bonne société pour son travail auprès des migrants. Avant de fonder HOME, Bridget Lew a dirigé durant six ans la Commission pour la pastorale des migrants et des gens du voyage de l’archidiocèse de Singapour. Selon les observateurs, les tracasseries faites à HOME sont à replacer dans un projet plus vaste du gouvernement, dévoilé le 7 septembre dernier. Le ministère du Développement national envisage en effet de réserver des quartiers entiers au seul logement des travailleurs étrangers, comme ce qui se fait dans certains pays du Golfe persique. A Singapour, où l’espace est compté, la question est de savoir où implanter ces quartiers. Les autorités ont annoncé la transformation d’une école désaffectée, située dans un quartier favorisé, en un immeuble destiné à abriter un millier de travailleurs étrangers. Le projet a soulevé l’hostilité du voisinage. Son échec pourrait servir le gouvernement à faire accepter le concept de « foreign workers townships », installés à part des quartiers habités par les Singapouriens. Il est prévu que 65 000 lits supplémentaires sortent de terre d’ici à 2010.

Notes

(1) Voir EDA 449. (2) Lorsque le nombre des employées de maison a explosé à Singapour, l’Eglise catholique a lancé des initiatives pour leur venir en aide, notamment le Centre catholique pour les travailleurs étrangers de Geylang, qui a fonctionné de 1980 jusqu’à sa fermeture par les autorités singapouriennes, en 1987. A ce propos, voir EDA 480 (Supplément 2/2008 : « Religions et modernité à Singapour »). Voir aussi EDA 307, 309, 358, 376. (3) Outre les employées de maison, Singapour compte 750 000 travailleurs immigrés, des hommes employés sur les chantiers de construction, dans l’industrie et les métiers délaissés par les Singapouriens. La plupart sont hébergés dans 36 immeubles-dortoirs, ou dans 18 logements attenants aux usines.