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Asie du Sud-Est - Singapour

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Selon un prêtre catholique, le Comité consultatif de bioéthique de Singapour ne remplit pas son rôle en autorisant la création d’embryons chimères « homme-animal » [ Bulletin EDA n° 485 ]

16/05/2008

Dans un pays où l’Etat a fait du développement des biotechnologies et des sciences du vivant une des clefs de la prospérité économique à venir (1), un prêtre catholique souligne les limites du travail produit par le Comité consultatif d’éthique (Bioethics Advisory Committee, BAC), mis en place par le gouvernement en février 2000 et dont le dernier rapport en date a été publié le 8 janvier dernier.

Intitulé Human-animal Combinations for Bio-medical Research, ce rapport, explique le P. David Garcia, constitue « fondamentalement une tentative pour donner (aux chercheurs) un libre accès aux cellules fécondées afin de produire des embryons humains destinés exclusivement à la recherche ».

Agé de 40 ans, le P. David Garcia s’est spécialisé dans les questions relatives à la biologie et à la bioéthique (2). Il rappelle qu’une tentative visant à donner accès aux chercheurs aux embryons humains à des fins de recherche a eu lieu en 2007, lorsqu’un rapport, déjà produit par le BAC, avait cherché à avancer dans cette direction. Mais les problèmes éthiques, sociaux et juridiques du don d’embryons à des fins de recherche avaient alors empêché d’aller plus loin. Aujourd’hui, explique le P. Garcia, les chercheurs espèrent qu’en utilisant des embryons animaux dans lesquels aura été introduit du matériel génétique humain, ils pourront obtenir un résultat présentant les mêmes caractéristiques qu’un embryon humain, leur permettant de développer autant de lignées de cellules-souches qu’ils le désirent.

La difficulté, souligne le prêtre, est que le BAC part du présupposé que la recherche sur les cellules-souches d’origine embryonnaire est indispensable. Le BAC, au sein duquel siègent uniquement des scientifiques, écrit en effet qu’il a « adopté la position selon laquelle un embryon et un être humain doué de sensations ne se situent pas sur le même plan dans le champ de l’équivalence morale » ; il « reconnaît que c’est là une position qui n’est pas universellement acceptée, mais ce fait ne l’amène pas à réévaluer la pertinence des recherches sur les cellules-souches obtenues à partir d’embryons humains ».

Le P. Garcia explique que, face aux difficultés à obtenir des embryons humains à des fins de recherche sur les cellules-souches, « les scientifiques se proposent d’introduire des cellules-souches humaines dans des organismes animaux » ; on parle alors de chimère « homme-animal ». « Ou bien, ils souhaitent remplacer le noyau des cellules d’un embryon animal par le noyau de cellules humaines » ; dans ce cas, on parle d’embryon hybride cytoplasmique, dont le matériel génétique serait humain à 99 %.

Ce qui est en jeu ici, c’est la compréhension que chacun, croyant ou non, peut avoir de l’homme, poursuit le prêtre. Pour certains, l’embryon humain est seulement un amas de cellules qui peut être utilisé ou supprimé sans autre difficulté. « Tant que cette erreur fondamentale ne sera pas comprise, les conséquences éthiques (des recherches en cours et à venir) iront de mal en pis », écrit-il, rappelant que l’Eglise a vocation à prendre la parole sur ces sujets, non pour défendre une vérité qui ne serait accessible qu’aux seuls croyants, mais pour rappeler que tous les hommes, de la conception à la mort naturelle, sont égaux en dignité.

Notes

(1) Le P. David Garcia est un religieux dominicain d’origine espagnole, installé à Singapour. Formé à Rome puis à l’université Santo Tomas de Manille, aux Philippines, il a enseigné, de 2002 à 2007, la morale fondamentale, l’éthique sociale et la bioéthique aux étudiants du grand séminaire Saint-François-Xavier de Singapour, ainsi qu’à ceux de l’Institut d’études pastorales de l’archidiocèse de Singapour. Il travaille actuellement à une thèse de doctorat en théologie morale. (2) Voir EDA 329, 336, 345, 349, 355.