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Asie du Sud-Est - Singapour

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Si elles permettent aux élèves sikhs le port du turban, les autorités singapouriennes restent fermement attachées à l'interdiction du "foulard islamique" dans les écoles [ Bulletin EDA n° 392 ]

01/03/2004

En écho au débat lancé en France au sujet de l'interdiction du port de signes religieux visibles dans les écoles, les autorités singapouriennes maintiennent l'interdit du port du tudung, appellation locale du "foulard islamique". Malgré une insatisfaction latente d'une partie de la communauté musulmane de la cité-Etat, le gouvernement justifie sa politique en évoquant "le maintien de l'harmonie religieuse" entre communautés, tout en cherchant à contrôler soigneusement l'expression publique de l'insatisfaction de certains musulmans.

L'interdiction faite aux écolières musulmanes de porter le voile dans les écoles publiques est vieille de plusieurs décennies et a été constamment défendue par le gouvernement, dominé par la composante chinoise de la population singapourienne, au pouvoir depuis l'indépendance de la cité-Etat en 1965. La différence entre la politique française et celle de Singapour réside dans le fait que seuls les musulmanes se voient interdire le tudung ; les garçons sikhs sont eux autorisés à porter le turban sur les bancs de l'école. Cette distinction, ainsi que l'affirmation constitutionnelle que les citoyens singapouriens ont le droit de professer et de pratiquer, contribue au sentiment de frustration de certains musulmans de Singapour qui estiment qu'ils sont l'objet de mesures discriminatoires.

"Des musulmans ne sont pas satisfaits de l'interdiction gouvernementale du tudung, commente ainsi Mansor Abdul Rahman, président d'un petit parti d'opposition, le Democratic Progressive Party. Par cette interdiction, le gouvernement enfreint la Constitution qui reconnaît la liberté de religion." En 2002, l'actualité locale avait été accaparée par le sort de quatre jeunes filles musulmanes, renvoyées de leurs écoles pour leur insistance à porter le voile en classe (1). Au plus fort de l'événement, le père d'une des écolières avait déménagé avec sa fille pour qu'elle vive et étudie en Australie. Lorsque l'affaire fut portée devant les tribunaux, le gouvernement s'arrangea pour étouffer l'affaire au motif que les jeunes filles étaient défendues par un avocat en vue de Malaisie, Karpal Singh. Les autorités l'avaient récusé, lui reprochant d'"intervenir dans les affaires intérieures de Singapour".

Dans une ville de 3,5 millions d'habitants, à 77 % chinoise et à 15 % malaise (les Malais étant quasiment tous musulmans), le gouvernement a clairement fait comprendre que le débat ne devait pas être ouvert, au risque de déstabiliser les relations entre les communautés. En 2002, le Premier ministre Goh Chok Tong a mis en garde les musulmans. "Pour eux, essayer aujourd'hui de pousser la cause du port du voile dans les écoles ne fera qu'accentuer l'inquiétude des non-musulmans. Je leur conseille de faire très attention sur ce sujet a-t-il déclaré dans un contexte marqué par les attentats du 11 septembre. Les médias devant se concentrer sur leur rôle de "bâtisseurs de la nation le débat public n'a pas pris d'essor.

Le sentiment de frustration restant toutefois vif chez certains musulmans, les autorités indiquent qu'elles y sont sensibles. En novembre dernier, le Berita Herian, journal local en malais, a publié une interview du Premier ministre adjoint, Lee Hsien Loong, où ce dernier reconnaissait que "le principal sujet d'insatisfaction" parmi les musulmans de Singapour est l'interdiction du tudung. Il ajoutait toutefois que, dans l'âge tendre, le port du voile par des jeunes filles ne ferait que favoriser leur mise à l'écart du reste de leurs condisciples.

Notes

(1)Voir EDA 346, 348, 358<br />