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Asie du Sud-Est - Singapour

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L'Eglise catholique s'inquiète du sort des enfants victimes du sida [ Bulletin EDA n° 367 ]

16/01/2003

Une doctoresse, Chong Chia Yin, qui dirige le Service des maladies contagieuses de l'Hôpital K.K. (Kandang Kerbau) de gynécologie et de pédiatrie de Singapour, est intervenue au cours d'une messe, début décembre 2002, pour alerter les paroissiens sur le sort des enfants victimes du sida. Elle a demandé pour eux de l'aide non seulement financière mais affective. Ces enfants sont mis au ban de la société et privés d'une enfance normale. Plus encore, il ne leur est même pas permis de pleurer quand meurt un de leurs parents, a-t-elle déclaré. "Il ne faut pas avoir peur de ces enfants. Vous pouvez partager un repas avec eux, les prendre dans vos bras et les embrasser. Le virus du sida ne se transmet pas en embrassant un enfant", a-t-elle encore assuré.

Le docteur Chong a lancé cet appel au nom des onze enfants séropositifs soignés dans son service, lors d'une messe organisée par le CARE (Catholic Aids Response Effort) de l'archidiocèse de Singapour pour sensibiliser le public au sort de ces enfants et recueillir des fonds pour les soigner. D'après la présidente du CARE, Anne Chiang, les enfants, âgés de 10 mois à 8 ans, ont été infectés par le partenaire de leur mère au cours de sa grossesse.

S'adressant aux 400 personnes rassemblées, le docteur Chong a insisté sur les souffrances physiques et morales de ces enfants. Non seulement ils ont honte de la mort d'un ou de leurs deux parents, mais ils ne peuvent pas en parler aux autres. Leur travail de deuil ne peut se faire convenablement parce que le gouvernement demande que les malades du sida soient inhumés rapidement. De plus, les médicaments à prendre sont si mauvais pour ces enfants qu'ils doivent s'enduire la bouche de beurre de cacahuète pour pouvoir les avaler. Ils doivent le faire quatre fois par jour et ceux qui vont à l'école doivent faire très attention à ce que leurs camarades ne découvrent pas leur maladie. Ils sont apparemment en aussi bonne santé que les autres et, avec des soins appropriés, peuvent espérer "avoir une dizaine d'années à vivre".

Le traitement coûte très cher, a souligné la doctoresse. Au moins 1 000 dollars de Singapour (570 euros) par mois et par patient pour neutraliser les effets du virus si bien que des parents arrêtent leur propre traitement pour pouvoir prolonger la vie de leurs enfants. "Beaucoup de patients sont dépassés par le coût du traitement a précisé la présidente du CARE. Or, une grande partie de ces enfants proviennent de familles défavorisées.

Le P. Thomas Curran, aumônier du groupe, a précisé que la principale activité des membres était une visite hebdomadaire aux patients sidéens du Centre des maladies contagieuses. Une humble démarche mais difficile, a-t-il confié, car il s'agit d'être leur compagnon de voyage jusqu'au bout, jusqu'à leur mort. Les volontaires qui souhaitent rejoindre le CARE doivent entreprendre une formation de six semaines avant d'être autorisés à visiter les patients et leurs visites sont supervisées.

D'après Anne Chiang, les onze enfants séropositifs de l'Hôpital K.K. de gynécologie et de pédiatrie sont les seuls enfants de Singapour à avoir été infectés par le HIV ; aucun d'entre eux n'a développé le sida. En juin 2002, 1 707 adultes avaient été officiellement recensés comme séropositifs et 600 d'entre eux avaient décédé des suites de leur séropositivité. Chaque année, 200 nouveaux cas d'immunodéficience virale sont répertoriés sur l'île, pour une population de 3,5 millions habitants.