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Asie du Sud-Est - Philippines

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Face au sida, l’Eglise catholique prône « une attitude responsable »

Face au sida, l’Eglise catholique prône « une attitude responsable »

20/07/2016

Selon le ministère philippin de la Santé, en mai dernier, les Philippines comptait 34 158 cas d’infections par le virus du VIH, contre 28 148 à la même date l’an dernier. « En fait, notre pays est en situation d’urgence pour le VIH et le sida », s’inquiète le Dr Rossana Ditangco, de l’Institut de ...

... recherche pour la médecine tropicale. Elle juge « très alarmante » la hausse des cas de sida : 3 070 en mai, contre 2 198 l’an dernier. « Chaque jour, au moins 25 personnes sont infectées », poursuit le Dr Rossana Ditangco. Toujours en mai, 52 personnes sont décédées à cause de la maladie. Au total, ils sont au moins 1 759 victimes depuis 1984.

Pour combattre la maladie, « une attitude basée sur la foi et l’abstinence » sont tous deux « un moyen utile », juge un haut-responsable sanitaire. « L’Eglise [catholique] peut encourager les jeunes à faire abstinence, leur enseigner comment rester fidèle sans entamer de relations hors-mariage », juge le Dr May Samonte, chargée du programme d’épidémiologie du ministère de la Santé. D’après le Dr Samonte, interrogée par l’agence Ucanews, seule l’Eglise dispose de « l’intégrité morale pour discerner le bien du mal. Rester loyal et dévoué fait partie de ce que l’Eglise peut enseigner – un domaine pour lequel le ministère de la Santé, à l’inverse, n’est pas compétent et ne dispose pas de légitimité », estime ce médecin.

Une attitude de prévention guidée par la foi

Le Dr May Samonte admet toutefois l’existence de désaccords entre l’Eglise et les autorités sanitaires sur les moyens de lutte contre la pandémie, comme l’usage de préservatifs. « Mais la meilleure prévention reste une attitude guidée par la foi », insiste la praticienne.

En 2014, l’archipel a adopté une loi permettant la gratuité des moyens de contraception pour les couples les plus pauvres. Son application est aujourd’hui compromise par le refus du Congrès de voter les fonds destinés à l’origine au financement des préservatifs, ainsi que la suspension d’autres contraceptifs, en particulier les implants, considérés comme potentiellement abortifs. L’avortement est pénalement interdit aux Philippines.

Rodrigo Duterte, le nouveau président philippin, a promis de relancer le chantier du planning familial et songe à limiter le nombre d’enfants par famille à trois. A Davao, la ville dont il était le maire jusqu’ici, Rodrigo Duterte a mis en place une distribution gratuite de préservatifs pour les couples aux revenus modestes, mais aussi des aides financières pour les hommes et les femmes qui ont subi une opération de stérilisation (vasectomie ou ligature des trompes). Avant l’adoption de la « Loi sur la santé reproductive » (Reproductive Health Bill), le dictateur déchu Ferdinand Marcos (au pouvoir de 1965 à 1986), cité parfois en exemple par Rodrigo Duterte, a été le premier président philippin à s’être attaqué au dossier du planning familial. A l’époque, il était surtout question de mieux contrôler les naissances. Et l’archipel des Philippines est longtemps resté épargné par l’épidémie du sida.

Prévenir la pandémie en agissant aux côtés de l'Etat

De son côté, alors que, ce 18 juillet, s’est ouverte à Durban, en Afrique du Sud, la 21e Conférence internationale sur le sida, qui s’est ouverte le 18 juillet à Durban, l’Eglise catholique des Philippines met en avant son engagement dans la prévention de la maladie, aux côtés de l’Etat. « L’Eglise est là pour aider physiquement les personnes atteintes du virus du VIH et les malades du sida. Nous aidons le gouvernement au travers de notre vaste réseau de conseillers et de bénévoles », assure dans une interview à Ucanews le P. Dan Vicente Cancino. Il est le secrétaire exécutif de la Commission épiscopale pour la santé. Le réseau Philippine Catholic HIV/AIDS Network dispose en effet de nombreux bureaux à travers l’archipel. « Nous avons des groupes de soutien pour les personnes atteintes du VIH que nous orientons également vers des établissements médicaux financés par l’Eglise », poursuit le P. Cancino. D’après lui, les communautés ecclésiales de base (CEB) encouragent chacun à se faire dépister. « Fournir un traitement et les soins appropriés à quiconque est dans le besoin s’inscrit dans le prolongement exact de notre mission évangélique », ajoute le prêtre, qui rappelle également l’importance, selon lui, du rôle de l’Eglise dans « l’éducation et l’enseignement des valeurs », avant de prôner lui aussi une approche « fondée sur la foi ».

En juin dernier, plusieurs responsables chrétiens s’étaient eux-mêmes prêtés au test du dépistage du virus devant les médias. Objectif : sensibiliser le public aux stigmatisations dont sont victimes les personnes atteintes du VIH et les malades du sida. « Les jeunes ont peur du dépistage car le sujet a longtemps était perçu comme tabou dans la religion », admet le révérend Rex Reyes Jr, secrétaire général du Conseil national des Eglises des Philippines (NCCP). Fondée en 1963, le National Council of Churches in the Philippines est composé de dix Eglises non catholiques, allant des protestants aux évangéliques.

Pour le Dr May Samonte, citée plus haut et chargée du programme d’épidémiologie du ministère de la Santé philippin, l’éducation sexuelle passe aussi par une révision des lois. Ce médecin milite pour autoriser les mineurs à accomplir un test de séropositivité sans le consentement de leurs parents. L’Organisation mondiale de la santé place les Philippines au premier rang des pays de la planète pour la hausse du nombre des personnes infectées par le virus du sida.

(eda/md)