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Asie du Sud-Est - Philippines

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A Manille, « la fabrique à bébés » menacée de fermeture

A Manille, « la fabrique à bébés » menacée de fermeture

21/06/2016

Surnommé « la fabrique à bébés », l’hôpital Jose Fabella de Manille abrite la plus importante maternité de l’archipel au cent millions d’habitants. C’est ici que les couples aux revenus modestes affluent depuis des années pour donner naissance. Devenu vétuste, l’établissement public, Dr. Jose ...

... Fabella Memorial Hospital de son nom complet, est aujourd’hui menacé de fermeture, une perspective à laquelle ne veut pas se résoudre un prêtre franciscain.

« Au lieu d’envisager la fermeture, nous demandons au nouveau gouvernement [du président Rodrigo Duterte, récemment élu] de développer le site afin d’accueillir davantage de monde », indique le P. Dexter Toledo, interrogé par l’agence Ucanews. Le P. Toleda est le secrétaire exécutif de l’Association des supérieurs majeurs des Philippines (Association of Major Religious Superiors of the Philippines), une organisation influente dans le premier pays catholique d’Asie.

« Fournir des soins de santé de qualité, accessibles et à un prix abordable aux plus pauvres parmi les pauvres, voilà la mission du gouvernement », affirme le P. Dexter Toledo.

Logé dans les murs de l’ancienne prison de Manille, l’hôpital Jose Fabella enregistre jusqu’à une centaine de naissances par jour. Sa maternité est la moins chère de la capitale : de l’ordre de 60 euros pour un accouchement par voie naturelle. Par conséquent, les femmes des bidonvilles y convergent en masse. Il arrive que les patientes ne puissent pas payer lors de leur admission. Dans la maternité, les mères sont souvent deux par lit, voire jusqu’à six, sans compter leurs nouveau-nés et l’absence d’air conditionné. Faute de place, les pères sont contraints de patienter à l’extérieur. Quitte à dormir sur le trottoir.

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La perspective de la fermeture du Jose Fabella Hospital soulève de fortes oppositions. (Vincent Go/ucanews)

« Ma mère m’a donné naissance ici même et je me sens redevable à l’équipe médicale », poursuit le P. Dexter Toledo. L’établissement emploie près de 1 300 personnes, et compte également un service de planning familial.

Ces derniers jours, des organisations de défense des droits de femmes ont manifesté devant l’hôpital pour s’opposer à sa fermeture. Il est question de transférer ses services à un kilomètre de là, dans un bâtiment en construction avec une capacité d’accueil à peine plus élevée. Le projet laisse craindre une augmentation des coûts pour les patients.

De son côté, dans une interview au site d’informations en ligne Rappler, la ministre de la Santé sortante, Janette Garin, a promis que l’hôpital José Fabella ne serait pas détruit.

Douzième pays le plus peuplé au monde, selon le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), les Philippines enregistrent une croissance démographique de 1,7 % par an, parmi les plus rapides d’Asie.

A peine élu, le président élu Rodrigo Duterte, qui doit prêter serment le 30 juin, a évoqué la possible introduction d’une politique pour limiter le nombre d’enfants par couple à trois. « Je suis réaliste et pense qu’il faut faire quelques chose à propos de notre population », avait-il déclaré le 22 mai. Avant d’ajouter deux jours après, dans des propos rapportés par CNN Philippines : « Je ne peux pas forcer les gens à suivre. Je suggère juste que leur sort sera meilleur si vous limitez le nombre d’enfants. » Aux Philippines, l’indice de fécondité s’élève à 3,28 enfants par femme, avec de fortes variations selon les classes sociales : 5,2 chez les ménages les plus pauvres contre 1,9 chez les plus aisées. Dans les faits, il n’est pas rare de voir des familles avec dix enfants.

Rodrigo Duterte a également promis de relancer le chantier de la loi sur la contraception gratuite pour les plus pauvres, dont l’application continue de diviser et contre laquelle l’Eglise catholique philippine s’est vigoureusement opposée. Il y a un an, la Cour suprême avait en outre suspendu la distribution d’implants contraceptifs non homologués.

Avant même le passage de la loi nationale fin 2012, Rodrigo Duterte avait initié, dans sa ville de Davao, à Mindanao, dont il était jusqu’ici le maire, la distribution de préservatifs aux couples aux revenus modestes. A une autre occasion, Rodrigo Duterte est allé jusqu’à insulter la Conférence des évêques catholiques des Philippines (CBCP), selon lui « l’institution la plus hypocrite », à qui il reproche son opposition passée contre la loi « sur la santé reproductive » et durant sa propre campagne électorale. Des propos présidentiels qui ont choqué dans le premier pays catholique d’Asie.

(eda/md)