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Asie du Sud-Est - Philippines

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L’Eglise catholique propose sa « collaboration vigilante » à Rodrigo Duterte, nouveau président des Philippines

L’Eglise catholique propose sa « collaboration vigilante » à Rodrigo Duterte, nouveau président des Philippines

10/05/2016

Avant même la proclamation officielle des résultats de l’élection présidentielle et alors que la victoire de Rodrigo Duterte ne fait plus débat, l’Eglise catholique a promis sa « collaboration vigilante » au nouvel élu, un homme politique tonitruant qui n’a jamais caché qu’il était prêt à s’opposer ...

... aux institutions établies de la vie politique des Philippines, y compris l’Eglise.

« La seule promesse que l’Eglise peut faire à un gouvernement en place est de lui apporter sa collaboration vigilante », peut-on lire dans le communiqué publié ce 10 mai par la Conférence des évêques catholiques des Philippines (CBCP). Evitant soigneusement de citer nommément le vainqueur de l’élection du 9 mai, le communiqué, signé de Mgr Socrates B. Villegas, président de la CBCP, continue ainsi : « Et cette promesse, nous la faisons aujourd’hui. Nous demanderons aux nôtres de travailler avec le gouvernement pour le bien de tous, et nous continuerons à nous montrer vigilants pour que chacune de nos paroles soit des paroles pour enseigner, professer, redresser et corriger, car c’est là notre vocation. »

Ces élections étant des élections présidentielles, législatives (pour la totalité de la Chambre des représentants et la moitié des 24 membres du Sénat) et municipales, le communiqué des évêques invite l’ensemble des nouveaux élus à reconnaître « l’action de Dieu » dans leur victoire. « Chacun se doit de reconnaître la main de Dieu dans les événements qui adviennent. Dès lors, ne portez pas votre victoire au crédit de votre popularité ou de votre réputation, mais c’est à Dieu que vous la devez, Dieu qui vous appelle à servir et à prendre soin des plus pauvres et des plus désespérés », insistent les évêques.

« A ceux qui ont été élus, nous vous assurons de nos prières, pour que vous fassiez preuve de sagesse, et que vous sachiez discerner la volonté de Dieu pour son peuple afin d’agir avec le courage qu’Il commande », écrivent encore les évêques, qui concluent : « Debout maintenant, allons-y ! »

Si, à l’évidence, l’élection de Rodrigo Duterte vient bouleverser le paysage politique tel qu’il s’était mis en place depuis la chute du dictateur Ferdinand Marcos, en 1986, elle ouvre une période d’incertitude quant à l’attitude et aux décisions que prendra effectivement le nouveau président.

Agé de 71 ans, maire de Davao, la grande ville du Sud philippin, depuis 22 ans, Rodrigo Duterte a su séduire les électeurs philippins par un langage cru et des propositions expéditives pour venir à bout de deux des fléaux de la société philippine : la criminalité et la pauvreté. Ce faisant, il s’est attiré, durant la campagne électorale, la nette condamnation de différents hauts prélats. Mgr Antonio Ledesma, archevêque de Cagayan de Oro, grande ville de Mindanao, a ainsi vivement dénoncé la mort des quelque 1 400 tués (dont 132 enfants des rues) sous les balles des escadrons de la mort à Davao, escadrons dont Rodrigo Duterte a reconnu qu’ils agissaient sous son contrôle.

Des prêtres, des religieuses et des organisations de laïcs catholiques avaient alors mis en garde les fidèles contre le fait de voter pour lui. Ce à quoi Rodrigo Duterte avait répondu, lors d’un de ses meetings électoraux : « Que cette élection soit une sorte de référendum, une sorte de plébiscite pour l’Eglise et moi. Ils affirment que voter pour moi est un péché. Très bien. Si je perds, je ne mourrai pas. Vous pouvez bien écouter les évêques qui disent de ne pas voter pour moi. C’est leur droit. Mais, de toute façon, je ne crois pas les évêques. »

Sur des sujets cruciaux de la vie politique du pays, Rodrigo Duterte n’a pas caché que son programme heurterait frontalement les positions défendues par l’Eglise. Il a ainsi promis de faire appliquer à l’échelon national, comme il l’a fait dans sa ville de Davao, la loi sur la santé reproductive, une loi prévoyant, entre autres, la distribution gratuite de moyens contraceptifs qui a été promulguée en 2012 mais jamais vraiment appliquée, faute de financement. Il s’est aussi déclaré en faveur d’une loi sur le mariage homosexuel, sachant l’opposition de l’Eglise sur le sujet. « Je suis élu par le peuple et non par l’Eglise. Je vais faire appliquer des lois qui n’auront rien à voir avec l’idéologie catholique », a-t-il affirmé lors de la campagne électorale, sans craindre l’influence de l’Eglise dans un pays dont 85 % des 100 millions d’habitants sont catholiques.

Sœur Mary John Mananzan est une religieuse catholique très impliquée dans la défense des droits de l’homme aux Philippines. Selon elle, lors des scrutins électoraux, les catholiques philippins « mettent de côté tous les principes éthiques qu’ils tiennent pour centraux dans leur vie ». Ne cachant pas son inquiétude pour son pays, elle estime que « les six prochaines années vont être un défi pour l’Eglise, qui devra se montrer plus prophétique tout en luttant contre les injustices et les violations des droits de la personne humaine » qui, selon elle, ne manqueront pas de se multiplier sous la nouvelle présidence.

(eda/ra)