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Asie du Sud-Est - Philippines

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La police soutient les compagnies minières face aux victimes de l’extraction de nickel

La police soutient les compagnies minières face aux victimes de l’extraction de nickel

23/03/2016

Le 10 mars dernier, les habitants du village de Bayto, près de la ville minière de Santa Cruz, dans la province côtière de Zambales, au nord-ouest de Manille, ont été contraints par 500 policiers armés de lever leurs barricades, alors qu’ils s’opposaient, depuis près de trois mois, à l’exploitation minière et à ...

... ses conséquences sur la population et l’environnement dans la région.

« Nous, les habitants du village de Bayto, nous ne nous sommes pas opposés, aujourd’hui, aux camions de nickel, mais cela ne signifie pas que nous capitulons (…). Les barricades se poursuivront », ont déclaré les villageois, dans un communiqué du 10 mars, rapporté par AlterAsia.

Des compagnies minières bénéficiant du soutien de la police et des militaires

Ce jour-là, à l’aube, les habitants de Bayto avaient dû faire face à l’arrivée d’un convoi de camions miniers, escortés de gardes privés armés et d’employés des compagnies minières, en présence de la police régionale qui, pour l’occasion, avait déployé plusieurs centaines de policiers venus de toute la province.

Le jour suivant, une trentaine de policiers armés étaient encore sur le site minier pour assurer le bon déroulement de la circulation des camions, eux-mêmes escortés par des « hommes armés, en uniforme militaire ». D’après le mouvement écologiste local ‘Move Now ! Zambales’, ce sont deux camions de l’armée philippine qui « transportaient la grande majorité des forces de l’ordre venues des autres circonscriptions ».

Depuis la mi-janvier, les habitants de Bayto empêchaient les convois de camions transportant la latérite, cette terre rouge riche en nickel, de traverser leur village ; ils voulaient éviter les projections toxiques de poussières de nickel, obligeant ainsi les conducteurs à prendre des déviations beaucoup plus longues pour rejoindre le port, d’où est exporté le minerai vers la Chine. Fin février, les policiers avaient même arrêté des habitants de Santa Cruz qui bloquaient les convois, et la police avait inculpé dix d’entre eux pour avoir manifesté contre le projet minier.

Conséquences dévastatrices pours les populations locales

Les manifestants se plaignent en effet des conséquences graves qu’eux et leur famille subissent quotidiennement, du fait de l’exploitation minière à proximité de leurs habitations : expropriation de terres agricoles, routes détruites par les camions, pollution des cours d’eau, destruction des montagnes et de la biodiversité, pollution sonore, dégradation de l’état de santé des habitants, qui souffrent de problèmes respiratoires du fait des poussières dégagées par l’extraction minière et le transport du minerai.

Selon un médecin de la région de Santa Cruz, au moins sept personnes sont déjà décédées de conséquences liées à l’extraction minière. « Nous avons pu vérifier sur place l’augmentation des infections respiratoires graves, plus particulièrement chez les enfants, avec une augmentation des crises d’asthme et d’infection », précise Rhea Candog, chercheuse au Center for Environmental Concerns, dans la banlieue de Manille, qui s’est rendue sur place, fin février, afin d’enquêter avec d’autres membres d’associations écologiques et militantes, dont des groupes chrétiens.

Selon des sources locales, l’impact économique pour les villageois est considérable, du fait de la destruction de fermes et de bassins piscicoles, contaminés par les eaux et les boues rejetées lors de l’extraction minière. « Ce qui frustre d’autant plus les villageois, c’est l’attitude des autorités locales qui écartent systématiquement la responsabilité des compagnies minières dans ce désastre », a affirmé Benito Molino, l’un des leaders du blocus. « Ces barricades ne sont que le résultat de la grande frustration des habitants », a-t-il précisé.

Selon un rapport du Center for Environmental Concerns, le typhon Koppu qui a frappé les Philippines en 2015 a provoqué des inondations et le déversement de torrents de boues et de sédiments toxiques, des sites miniers vers les plaines, où vivent les villageois, touchant 13 790 familles de la région. D’après cette étude, plus de 1 000 hectares de végétation ont été détruits par l’exploitation minière dans les environs de Santa Cruz.

L’Eglise catholique aux côtés des victimes

« Nous sommes tristes de voir qu’aujourd’hui, dans la région de Zambales, les questions environnementales et le respect des droits de l’homme sont bafoués », a déclaré le P. Noel Montes, du diocèse d’Iba, à l’agence Ucanews. L’Eglise catholique « se mobilise dès qu’elle le peut sur les problèmes écologiques locaux », ajoutant « qu’elle condamne tout acte qui vise à détruire l’environnement ou à piller les ressources naturelles et appelle le gouvernement à enquêter sur les spoliations de terre et les violations des droits de l’homme ».

En avril 2015, le gouvernement avait pourtant suspendu les opérations minières dans la région de Santa Cruz, pour non-respect des normes environnementales. Mais trois mois plus tard, les extractions reprenaient.

D’après l’agence Ucanews, au moins quatre compagnie minières, dont Zambales Diversified Metals Corp. (ZDMC) et Benguet Nickel and Mines Inc. (BNMI), contrôlent près de 12 000 hectares de terres pour l’extraction du nickel, dans la région de Santa Cruz.

Selon un récent rapport de l’ASEAN (Association des nations du Sud-Est asiatique), les Philippines possèdent parmi les plus importantes réserves de minerai de la planète. Plus de 30 compagnies minières internationales exploitent des gisements dans l’archipel, constitués essentiellement de nickel, d’or et de cuivre.

Dans la région de Santa Cruz, pourtant, le combat des plus faibles continue. « Nous poursuivrons les barricades et nous continuerons à nous opposer à l’exploitation minière à Santa Cruz. Au moment voulu, nous triompherons car nous savons que nous sommes du côté de la justice, et donc de Dieu », conclut un membre du mouvement écologiste ‘Move Now ! Zambales’.

(eda/nfb)