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Asie du Sud-Est - Philippines

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L’Eglise catholique salue le vote d'une loi anti-dynastie

L’Eglise catholique salue le vote d'une loi anti-dynastie

12/02/2016

L’Eglise catholique des Philippines se réjouit de la promulgation d’une loi visant à bannir les dynasties politiques dans les Conseils de jeunes, alors que l’archipel est officiellement entré en campagne électorale ce 9 février, avant le scrutin national prévu dans tout juste trois mois.

Signée le 19 janvier dernier par le président sortant Benigno Aquino III, le texte interdit aux jeunes dont un proche occupe déjà un mandat électif national ou local, de briguer un siège au sein des Sangguniang Kabataan, les assemblées chargées, au plan municipal, d’élaborer des politiques pour la jeunesse et d’appliquer les programmes et projets gouvernementaux dans ce domaine. Selon l’agence Ucanews, bon nombre de ces Conseils de jeunes sont dominés par des membres des dynasties politiques, dotés de davantage de moyens financiers pour mener leur campagne électorale.

Officiellement, la Constitution philippine de 1998 interdit les dynasties politiques, mais, dans les faits, des membres d’une même famille se succèdent aux mêmes postes ou en occupent plusieurs au même moment, tandis que les clans font quasi office de partis politiques. Le président Benigno Aquino, qui ne peut se représenter à la présidentielle à venir, est ainsi le fils de l’ancienne présidente Cory Aquino, veuve du sénateur Benigno Aquino Jr, opposant à la dictature de Ferdinand Marcos et assassiné le 21 août 1983 à sa descente d’avion alors qu’il rentrait d’exil. L’actuel vice-président, Jejomar Binay, est quant à lui candidat à la présidence, après avoir été à la tête pendant trente ans de Makati, l’une des villes les plus fortunées du pays, et avoir placé ses proches à divers postes-clé.

Lutter contre le phénomène des dynasties politiques

Pour le député Kaka Bag-ao, l’un des auteurs du texte sur les Conseils de jeunes, il s’agit de « la première et seule loi incluant une disposition anti-dynastie ». Dans un communiqué, l’homme politique ajoute : « Quand il s’agit d’empêcher les dynasties politiques de monopoliser le pouvoir et les ressources de nos communautés, le meilleur endroit par où commencer, c’est le [Conseil des jeunes]. »

« C’est un pas important pour une participation plus éclairée et plus significative de la jeunesse à la bonne gouvernance de ce pays », abonde dans un communiqué Gio Tingson, président de la Commission nationale pour la jeunesse, un organisme officiel qui a rang d’agence gouvernementale aux Philippines.

Le texte a également été salué par la Commission pour les jeunes de la Conférence épiscopale. « C’est une bonne décision », indique le P. Conegundo Garganta, son secrétaire général. « C’est la seule loi qui coupe le mal à la racine », ajoute Henrietta de Villa, présidente du Conseil pastoral des paroisses pour un vote responsable (Parish Pastoral Council for Responsible Voting - PPCRV). Avant de prévenir : « Nous en surveillerons l’application stricte et entière. »

La veille du lancement officiel de la campagne électorale, le Conseil pastoral des paroisses pour un vote responsable a par ailleurs réitéré son appel aux candidats à faire preuve de « dignité », rapporte le site d’information de la Conférence des évêques catholiques des Philippines (CBCP). « Montrez-vous dignes du fait que vous êtes une personne humaine. Faites chaque jour votre examen de conscience pour garder à l’esprit que vous avez été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu », a exhorté Henrietta de Villa, demandant par ailleurs une attention particulière pour une « campagne exempte de violence » et respectueuse de l’environnement.

En 2013, les évêques philippins avait déjà dénoncé dans une lettre pastorale le phénomène des dynasties politiques, « une pratique en progression entretenant la corruption et de l’incompétence ». La CBCP fait aujourd’hui campagne pour des « élections propres ». « Rejetons ceux qui sont malhonnêtes, fourbes, égoïstes et indifférents à la pauvreté », exhortent les évêques dans un communiqué en date du 3 février, qui vont jusqu’à considérer l’abstention comme « un choix politique chrétien qui peut être valide » en l’absence de candidature appropriée. « Voter pour le ‘moindre mal’ revient à mal voter », affirment encore les évêques, avant de recommander aux autorités de se montrer « strictes et scrupuleuses pour se conformer aux mesures de précaution prévues par la loi ». Les armes à feu ont par exemple été bannies, une mesure déjà en vigueur lors des dernières élections mais qui n’a pas empêché la mort de 60 personnes le même jour en 2013 lors des élections de mi-mandat.

Des responsables religieux engagés pour des élections « propres et transparentes »

De plus, le 10 février, Mgr Broderick Pabillo, évêque auxiliaire de Manille et président de la Commission épiscopale pour les laïcs, a annoncé le lancement d’une coalition interreligieuse pour veiller « à l’honnêteté et à la transparence des élections ». Baptisée Faith.e Coalition (pour « Fairness, Accuracy, Integrity, Transparency and Honesty in Elections », le groupe réunit des responsables catholiques, protestants, évangéliques et musulmans, et suivra notamment le travail de la Commission électorale, laquelle est connue pour sa relative inefficacité (elle devait ainsi livrer les bulletins de vote pour les élections de mai prochain la semaine dernière, mais a dû annoncer qu’elle serait en retard sur ce point).

A l’occasion du Mercredi des Cendres, tombé le même jour que le lancement officiel de la campagne, le cardinal et archevêque de Manille Luis Antonio Tagle a pour sa part critiqué les politiques prétextant faire œuvre de charité pour assurer leur autopromotion. « Beaucoup de cadeaux caritatifs seront accordés ces prochains jours, mais combien sont vraiment donnés par charité ? Ou est-ce davantage par intérêt personnel ? », a interpellé dans son homélie le cardinal en ce début du Carême.

Depuis la chute de la dictature en 1986, l’Eglise continue de peser sur le débat politique dans l’archipel. A l’époque, l’épiscopat s’était rangé du côté des opposants à Ferdinand Marcos. Aujourd’hui, son fils unique, le sénateur Bongbong Marcos, 58 ans, courtise les électeurs, notamment ceux qui sont nés après 1986. Imelda, veuve de Ferdinand et mère de Bongbong, espère, quant à elle, décrocher un troisième mandat dans le fief familial, la province d’Ilocos-Nord, dont Imee, la fille aînée d’Imelda, est le gouverneur, elle aussi candidate à sa propre succession.

Au sein de l’Eglise catholique, plusieurs prêtres se présentent aux élections, malgré l’interdiction de telles candidatures par le Code de droit canon et la désapprobation de leur hiérarchie. C’était également le cas lors du précédent scrutin national, en 2010.

Au total, 18 000 postes seront à pourvoir lors du scrutin national du 9 mai prochain. Pour les candidats aux postes locaux, la campagne démarre un peu plus tard, le 25 mars, pour s’achever le 7 mai, le même jour que pour les candidats à la présidence, vice-présidence et les listes de partis.

(eda/md)