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Asie du Sud-Est - Philippines

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Les combats en cours à Mindanao provoquent une crise humanitaire

Les combats en cours à Mindanao provoquent une crise humanitaire

27/03/2015

Le 22 mars dernier, un collectif d’ONG locales et d’associations engagées dans le dialogue pour la paix à Mindanao ont mis en garde contre « la crise humanitaire » qui se développe dans le Sud philippin, à mesure que les combats menés par les forces armées philippines gagnent en intensité. ...

... Réuni sous la bannière « All-Out Peace », le collectif demande un cessez-le-feu immédiat dans la province de Maguindanao.

Depuis le sanglant raid raté mené le 25 janvier dernier par les forces spéciales de la police philippine contre un repère du BIFF (Bangsamoro Islamic Freedom Fighters), mouvement dissident du MILF (Front moro de libération islamique) avec qui Manille négocie un accord de paix, les hostilités ont repris dans cette région de Mindanao. Des détachements du BIFF ont mené des raids dans les provinces de Maguindanao et Cotabato, auxquels l’armée a répondu, à partir du 25 février, par une offensive « tous azimuts ». Selon un porte-parole de l’armée, « au moins » 139 combattants du BIFF ont été tués, 53 autres blessés et 12 faits prisonniers.

Le collectif pour la paix, quant à lui, dénonce les conséquences de ces combats sur les populations civiles. Un minimum de 63 écoles ont été directement affectées par les combats, et 22 d’entre elles ont dû cesser toute activité ; les personnes déplacées sont désormais plus de 125 000 et les ressources pour leur venir en aide sont « quasiment taries ». Selon ce collectif, la situation est d’autant plus urgente que les militaires prévoyaient une campagne courte et n’ont par conséquent pas prévu de soutien logistique pour les populations déplacées ; or, les combats durent et le sort des populations devient « critique ».

Dans ce contexte, le premier anniversaire de l’accord signé à Manille le 27 mars 2014 entre le gouvernement philippin et le MILF n’a pas été célébré dans la joie. L’Accord-cadre pour le Bangsamoro (Comprehensive Agreement on the Bangsamoro, CAB), signé il y a un an pour ouvrir la voie à une véritable autonomie pour le Bangsamoro (la ‘terre des Moros’), est menacé d’être rejeté par le Congrès et retoqué par la Cour suprême. Le président Benigno Aquino, qui a fait de la réussite de ce projet l’un des points clés de sa présidence, a solennellement pris la parole aujourd’hui, 27 mars 2015, depuis son palais de Malacanang. « Nous sommes à la croisée des chemins, a-t-il déclaré lors d’une adresse télévisée. Soit nous prenons les moyens de forger la paix aujourd’hui, soit nous devrons nous résoudre à compter demain les sacs mortuaires. »

Le président n’a pas caché qu’il comprenait que le bain de sang commis le 25 janvier dernier à Mamasapano avait semé le doute dans l’esprit de bon nombre de Philippins quant à la sincérité du MILF de parvenir à la paix. Mais il a insisté pour que la future Loi fondamentale sur le Bangsamoro (Bangsamoro Basic Law, BBL), texte qui précise les contours de la future région autonome musulmane à Maguindanao, soit débattue « sereinement » devant les deux Chambres du Congrès philippin. « Cette loi est le résultat de dix-sept ans de négociations intenses » ; le sacrifice de ceux qui ont donné leur vie pour « la paix tant désirée » par les Philippins serait « vain » si le Congrès refusait de voter cette Loi fondamentale sur le Bangsamoro, a plaidé le président.

Quatre jours plus tôt, le 23 mars, Benigno Aquino avait reçu le soutien indirect d’une figure clef de l’épiscopat catholique. Archevêque de Cotabato, une ville enclavée dans la province de Maguindanao où les musulmans sont majoritaires, le cardinal Orlando Quevedo a en effet publié une lettre ouverte adressée aux sénateurs et aux membres de la Chambre des représentants pour les encourager à voter la Loi fondamentale sur le Bangsamoro, texte qu’il qualifie d’« espoir le plus significatif pour parvenir à une paix juste et durable » à Mindanao.

Créé cardinal le 22 février 2014 par le pape François, Mgr Quevedo, 76 ans, reconnaît lui aussi que la mort des 44 policiers d’élite tués à Mamasapano a fait « dérailler » le processus de paix. Mais chacun doit éviter de se laisser « aveugler » par le fait que les négociateurs des deux parties (gouvernement et MILF) ont été « diabolisés ». Rappelant sa longue expérience de la région, le cardinal écrit qu’à ses yeux, la loi à l’étude articule « au mieux » trois principes fondamentaux, à savoir le maintien de la souveraineté nationale, la sauvegarde de l’intégrité du territoire national et la réalisation des aspirations du Bangsamoro à l’auto-détermination autour d’une portion limitée de territoire. « Contrairement à ce qu’une certaine désinformation et de mauvaises interprétations laissent croire, la Loi fondamentale sur le Bangsamoro ne se traduira pas un démembrement de la République », écrit le cardinal, qui encourage les législateurs à ne pas « vider de sa substance » ce texte, « un texte qui a trait à la vérité et à la justice ».

Sur place, à Maguindanao, le Comité international de la Croix-Rouge fait état d’« une situation sécuritaire instable » qui rend « difficile » l’aide aux personnes déplacées, « notamment dans les zones isolées ». Nombreux sont ceux qui ne peuvent plus accéder à leurs champs et les récoltes qui devaient être rentrées en avril-mai risquent d’être perdues, souligne Lany dela Cruz, de la Croix-Rouge. « A court terme, cela signifie une insécurité alimentaire accrue et, à long terme, une pauvreté plus grande », analyse Lyca Sacrenas, de l’ONG Oxfam, « soit exactement ce qui alimente le conflit à la base ». L’armée philippine a par ailleurs annoncé le déploiement de bataillons supplémentaires dans cette région de Mindanao et, à l’approche de la Semaine sainte, la police a été placée en état d’alerte maximale dans tout le Sud philippin.

(eda/ra)

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Légende photo : Camp de personnes déplacées dans la province de Maguindanao.
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