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Asie du Sud-Est - Philippines

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Sous la pluie et le vent, le pape assure aux survivants du typhon Yolanda que Jésus est à leurs côtés

Sous la pluie et le vent, le pape assure aux survivants du typhon Yolanda que Jésus est à leurs côtés

17/01/2015

C’est sous les rafales de vent et une pluie battante que le pape François a célébré la messe ce samedi 17 janvier à Tacloban, désireux de conforter dans la foi les survivants du typhon Yolanda (Haiyan selon sa dénomination internationale) qui a ravagé les Visayas il y a quatorze mois. Au cours d’une homélie ...

... entièrement improvisée et centrée autour de Jésus consolateur, il a tenu à conforter les dizaines de milliers de Philippins réunis sur une vaste esplanade jouxtant l’aéroport de Tacloban, sur l’île de Leyte, en leur disant : « Soyez sûrs que Jésus ne vous abandonne jamais. »

Le temps était exécrable ce samedi matin sur Tacloban. L’agence météorologique nationale publiait en continu des bulletins afin de suivre l’évolution d’Amang, la tempête tropicale (le stade juste en-dessous du typhon) qui approchait des côtes orientales de l’archipel philippin. Les autorités philippines avaient fait avancer l’horaire d’arrivée de l’avion papal, en provenance de Manille, de manière à ce que le pape puisse malgré tout célébrer la messe comme prévu à Tacloban. En revanche, la suite du programme, qui prévoyait un déjeuner sur place avec 30 survivants du typhon Yolanda et l’inauguration du Pope Francis Center, centre dédié au service des pauvres, à l’archidiocèse de Palo, a dû être écourté.

Le pape n’a eu le temps que de se rendre à la cathédrale de Palo pour une brève rencontre avec les prêtres, religieux et religieuses, avant de reprendre la route de l’aéroport de Tacloban, d’où son avion a décollé pour Manille à 13h., heure locale, avec quatre heures d’avance sur le programme initial. « A tous, je présente mes excuses. Je suis vraiment très triste de partir ainsi car j’avais préparé quelque chose spécialement pour vous », a lancé le pape dans la cathédrale de Palo, expliquant que le pilote de l’avion ne lui laissait pas plus de temps sur place (1). Tandis que le clergé réuni à la cathédrale le pressait de rester, le pape leur a dit, avant de partir sous les applaudissements : « Je suis triste mais remettons tout entre les mains de Notre Dame ! » Sur le trajet du retour, de Palo à Tacloban, parcouru en papamobile ouverte, le pape a néanmoins trouvé le temps de faire une halte chez une famille de pêcheurs.

De cette journée de samedi qui devait tout entière être consacrée à Tacloban, à la ville voisine de Palo et aux survivants de Yolanda ainsi qu'à la mémoire des 7 400 morts laissés par ce « super-typhon », c’est donc la messe qui restera dans les mémoires. Elle fut particulièrement émouvante. Sur cette vaste esplanade, qui quatorze mois plus tôt était entièrement noyée sous les flots, la foule avait pris place en nombre, entre 120 000 personnes et plusieurs centaines de milliers selon les estimations (2). Beaucoup avaient passé la nuit sur place.

L’autel avait été dressé sur un échafaudage, sous une construction semblable aux abris légers en bois et feuilles de palme tressées utilisée par les survivants comme logement temporaire. La foule comme le pape avaient revêtu des ponchos en plastique jaune pour se protéger de la pluie. Durant la célébration eucharistique, les acolytes du pape tenaient le ciboire et le calice pour éviter que le vent ne les emporte.

Malheureusement, à la fin de la messe, l'un des échafaudages a été emporté par le vent et, dans sa chute, a tué une personne. Selon le Philippine Daily Inquirer, il s’agit de Kristel Padasas, 27 ans, volontaire de Catholic Relief Service.

Délaissant le texte prévu pour son homélie, le pape s’est exprimé en espagnol, un membre de la Secrétairerie d’Etat assurant la traduction en anglais. « Je vais vous faire une confidence, a confié le pape François. Quand j’ai vu, depuis Rome, la catastrophe [du 8 novembre 2013], j’ai senti que je devais être ici. Ce jour-là, j’ai décidé de venir ici pour être avec vous. Vous me direz que je viens un peu tard, mais je suis là ! »

« Je suis venu vous dire que Jésus est le Seigneur, qu’Il ne déçoit pas et ne vous laisse pas seul, a poursuivi le pape. Vous pourrez me dire : ''Très bien, mais j’ai tout perdu, ma maison, ma santé, mes proches'. C’est vrai, je respecte vos sentiments, mais je Le regarde, Lui, cloué sur la Croix. Il est le Seigneur, mais Il est passé par toutes les calamités dont nous faisons l’expérience, Il est passé par toutes les épreuves (…) et c’est pour cela qu’Il est capable de nous comprendre, Il est capable de pleurer avec nous, de nous accompagner dans les moments les plus difficiles. »

Et d’ajouter : « Vous qui avez tout perdu, je ne sais pas quoi vous dire, mais Lui sait quoi vous dire. »

S’interrogeant sur le « pourquoi » de tant de souffrance, le pape a continué par une réflexion sur le mystère de la Croix, évoquant la présence de la Mère de Jésus au pied de la Croix et invitant les fidèles à « tenir la main » à la Vierge et à « l’appeler ‘maman’, comme un enfant lorsqu’il a peur et tient la main de sa mère ».

« Nombre d’entre vous ont tout perdu (…), nombre d’entre vous ont perdu une partie de leur famille, et je peux seulement rester en silence », a encore dit le pape, prenant un long temps de silence en demandant à chacun, dans le secret de son cœur, de « dire ce qu’il ressent au Christ et à sa Mère au pied de la Croix ».

Evoquant enfin « les nombreux frères » venus au secours des survivants du typhon, le pape a assuré aux personnes présentes à la messe qu’elles n’étaient pas « seules », avant de lancer : « Soyez sûrs que Jésus ne vous abandonne jamais ! Et avançons ensemble car nous sommes frères ! »

Durant la suite de la liturgie, le pape a pris le temps de consoler chacun des survivants du typhon venus lui apporter les offrandes. A la fin de la messe, il a rendu grâce à Dieu, lui demandant notamment de « donner l’espérance » aux croyants.

Au quotidien philippin The Philippine Daily Inquirer qui l'interrogeait, Fortunato Yubal, présent dans l’assistance, a déclaré dans un sourire : « C’est presque comme si nous avions rencontré Jésus-Christ en personne. »

Si l’avion transportant le pape a atterri sans incident à Manille une heure quinze après avoir quitté Tacloban, il n’en a pas été de même pour le jet transportant les membres du gouvernement venus assister à la messe papale. Lors du décollage de l’appareil, sur la piste détrempée de l’aéroport de Tacloban, par fort vent de travers, un pneu du train d’atterrissage a, semble-t-il, éclaté et l’avion est sorti de la piste, finissant sa course sur le ventre. Les quinze passagers et membres d’équipage sont sains et saufs.

Le jet transportant les membres du gouvernement venus assister à la messe du pape à Tacloban,

après son crash au décollage.
(Photo de Marc Jayson Cayabyab sur Twitter)

 

(eda/ra)

Quelques photos de pape François à Tacloban :

Le pape parmi la foule lors du trajet en papamobile de Tacloban à Palo.

 

Le pape au pied de l'autel installé sur une vaste esplanade jouxtant l'aéroport de Tacloban.

 

Le pape en visite auprès de la population de Tacloban.

 

Imelda Marcos, parmi les fidèles qui ont assisté à la messe célébrée par le pape François à Tacloban.

La tempête tropicale Amang souffle, des habitants de Tacloban tentent d'apercevoir le pape.

 

Notes

(1) Dans le message qu'il devait initialement lire à la cathédrale de Palo, le pape François évoquait la générosité des prêtres et des religieux au moment du typhon Yolanda. Le discours prévu comporte notamment ce passage : « Aujourd’hui, de ce lieu qui a fait l’expérience d’une si profonde souffrance et d’un besoin humain si grand, je demande que l’on fasse davantage pour les pauvres. Surtout, je demande que les pauvres du pays tout entier soient traités équitablement, que leur dignité soit respectée, que les orientations politiques et économiques soient justes et les prennent en compte, que les opportunités d’emploi et d’éducation soient développées et que soient ôtés les obstacles à la prise en charge des services sociaux. La manière dont nous traitons les pauvres est le critère sur lequel chacun de nous sera jugé. »

(2) Des journalistes locaux sur place ont par ailleurs noté la présence dans la foule d'Imelda Marcos, la veuve de l'ancien dictateur Ferdinand Marcos (au pouvoir de 1965 à 1986).
Née Romualdez, Imelda Marcos est chez elle à Tacloban, fief de la famille Romualdez. Son fils possède notamment une grande propriété en front de mer (située un peu plus au sud, elle n’a pas été épargnée par le typhon Yolanda).
Reine de beauté dans sa jeunesse, Imelda fut couronnée « Rose de Tacloban » à l’âge de 18 ans, avant de devenir Miss Leyte, puis Miss Philippines. L’aéroport de Tacloban porte le nom d’un de ses cousins, Daniel Z. Romualdez, président (Speaker) de la Chambre des Représentants à Manille de 1957 à 1962. Le maire actuel de Tacloban est Alfred Romualdez, un des neveux d’Imelda.
Le mari d’Imelda Marcos était en revanche originaire de l’île voisine de Samar.
Enfin, sur l’île de Leyte, la ville voisine de Palo est dominée par un autre clan de la région, celui de la famille Petilla (le maire de Palo ainsi que le gouverneur de la province de Leyte sont de cette famille). Celle-ci est alliée politiquement à celle du président de la République Benigno Aquino Jr., les Romualdez en étant au contraire des adversaires.
L’importance et la permanence des clans familiaux sont une des caractéristiques de la vie économique et politique des Philippines.