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Asie du Sud-Est - Philippines

Canonisation de Pedro Calungsod, considéré comme le saint patron de la jeunesse

Canonisation de Pedro Calungsod, considéré comme le saint patron de la jeunesse

22/10/2012

Dimanche 21 octobre, le pape Benoît XVI a canonisé Pedro Calungsol (1654-1672), un laïc de 17 ans, martyrisé pour sa foi en 1672 et déjà très vénéré dans l’archipel qui le considère comme le « patron de la jeunesse ».

Le jeune catéchiste martyrisé il y a 340 ans fait la Une de tous les journaux philippins ce lundi 22 octobre. Depuis plusieurs mois, les blogs et les pages Facebook sur Pedro Calungsod se sont multipliés sur la toile, et les sites de la Conférence des évêques catholiques des Philippines (CBCP) comme ceux de chaque diocèse de l’archipel se font l’écho plusieurs fois par jour de chaque événement lié à la canonisation du deuxième saint des Philippines (1).

Le président Benigno Aquino a décrété que le 21 octobre serait un « jour de fête nationale », rapporte le Philippine Daily Inquirer dans son édition d’aujourd’hui. Des milliers de Philippins se sont rassemblés dans les rues, les stades des grandes villes ou autour des postes de télévision, pour assister en direct dimanche dernier à la cérémonie au Vatican. Lorsque les noms des sept nouveaux saints (2) ont été énoncés publiquement à Rome, toutes les cloches des très nombreuses églises de l’archipel ont sonné et la foule a éclaté en cris de joie et applaudissements, agitant des drapeaux, brandissant des « Pedritos », petites statuettes représentant Pedro Calungsod.

Sur la place Saint-Pierre, selon l’Associated Press, les Philippins dépassaient largement en nombre tous les pèlerins des autres pays, pourtant venus nombreux eux aussi célébrer leur futur saint. Plus de 4 000 ressortissants philippins avaient fait le voyage, sans compter les milliers de Philippins et Philippines travaillant en Italie et dans les autres pays européens, qui s’étaient déplacés par centaines. Une importante délégation officielle accompagnait également les pèlerins, parmi lesquels se trouvait le vice-président de la République philippine, Jejomar Binay, qui a tenu à envoyer depuis Rome un communiqué à la nation philippine : « Cette canonisation nous remplit de fierté en tant que catholiques, mais nous engage aussi à agir avec humilité et à réfléchir au sacrifice ultime accompli par saint Calungsod pour défendre sa foi. »

Pedro Calungsol était originaire des Visayas, au centre des Philippines, où il serait né vraisemblablement vers 1654. Très tôt, il demande à se former comme catéchiste auprès des missionnaires jésuites espagnols. « En 1668, avec d’autres jeunes catéchistes, il accompagna le Père Diego Luis de San Vitores aux Îles Mariannes pour évangéliser le peuple chamorro, a rapporté le pape dans son homélie de canonisation. La vie y était dure et les missionnaires devaient faire face aux persécutions provoquées par des jalousies et des calomnies. Pedro, cependant, faisait preuve d’une grande foi et charité et il continuait à catéchiser ses nombreux convertis, témoignant du Christ par une vie authentique, dédiée à l’Evangile. »

Le 2 avril 1672, alors qu’il effectue une mission d’évangélisation avec le P. Pedro Luis de San Vitores dans le village de Tumhom sur l’île de Guam (archipel des Mariannes), Pedro se retrouve à défendre le prêtre jésuite que deux indigènes veulent tuer à coups de lance parce qu’il vient de baptiser un enfant. Les assaillants se retournent contre le jeune catéchiste et le tuent avant de mettre à mort le missionnaire puis de jeter leurs deux corps à la mer. Selon les témoignages de l’époque, le jeune Philippin, arrivé à 14 ans dans l’île, n’avait que 17 ans au moment de son martyre.

« Des témoignages rapportent que Pedro aurait pu fuir pour sa sécurité mais qu’il choisit de rester aux côtés du Père Diego. Le prêtre put donner l’absolution à Pedro avant d’être lui-même tué. Que cet exemple et ce témoignage courageux de Pedro Calungsod inspire le cher peuple des Philippines à annoncer avec courage le Royaume et à gagner des âmes à Dieu ! », a conclu Benoît XVI devant la foule réunie devant Saint-Pierre de Rome dimanche dernier.

Si le P. Diego Luis de San Vitores, missionnaire, a été béatifié le 6 octobre 1985, après une longue instruction canonique interrompue à de nombreuses reprises pour des raisons politico-religieuses, il aura fallu attendre le 5 mars 2000 pour que Pedro Calungsol soit également déclaré bienheureux par le pape Jean Paul II. Ce dernier confirma dans son homélie le rôle qui avait déjà été attribué au jeune martyr depuis des siècles par les croyants philippins : « Les jeunes d’aujourd’hui peuvent recevoir encouragement et force de l’exemple de Pedro dont l’amour pour Jésus lui inspira de se donner comme catéchiste, et de laisser sa famille pour suivre le père Diego San Vitores. »

Il fallait cependant un miracle pour introduire la cause de Pedro Calungsol en canonisation : il se produisit en 2003 lorsqu’une femme de l’île de Leyte (dans les Visayas) se retrouva guérie d’une façon inexpliquée après que l’un des médecins présents eut demandé l’intercession de Pedro Calungsod. La patiente avait pourtant été déclarée cliniquement décédée d’une crise cardiaque deux heures auparavant.

Ce dimanche, jour de la canonisation, les jeunes Philippins ont été invités à vivre une « Journée de la Jeunesse » en l’honneur du nouveau saint. La CBCP, qui, depuis des mois, prépare l’événement avec tous les diocèses de l’archipel, a également présenté solennellement l’Année de la foi à cette occasion. Célébrée en outre le jour des Missions, la cérémonie de canonisation a donc été ainsi l’occasion de grands rassemblements de jeunes aux Philippines. La Commission pour la jeunesse de la CBCP a organisé entre autres un grand défilé festif avec représentations théâtrales et musique sur le thème de la transmission de la foi. A Manille, plus d’un millier de jeunes se sont rassemblés dans l’Eglise Santo Nino de Tondo où ils ont suivi en direct la canonisation sur des écrans géants puis poursuivi la veillée par des temps de prière, de partage et de fête.

Une statue du saint, bénite par le pape et accueillant une relique du sol où il a été assassiné (son corps ayant été jeté à la mer), est attendue avec le retour des pèlerins de Rome : elle effectuera un pèlerinage d’un mois dans le pays natal du martyr.
 

Notes

(1) Le missionnaire San Lorenzo Ruiz (de Manila), premier saint reconnu par l’Eglise pour les Philippines, a subi le martyre au Japon en 1637. Il a été canonisé par le pape Jean Paul II le 18 octobre 1987.
(2) Les six autres bienheureux canonisés par le pape sont Kateri Tekakwitha, première sainte amérindienne, Maria Anna Cope, Jacques Berthieu, missionnaire français tué à Madagascar, Maria Schaeffer, Giovanni Battista Piamarta et Maria del Carmen.