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Asie du Sud-Est - Philippines

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Des chrétiens, dont un évêque catholique, dénoncent le plan visant à relancer l'unique centrale nucléaire du pays [ Bulletin EDA n° 507 ]

Des chrétiens, dont un évêque catholique, dénoncent le plan visant à relancer l'unique centrale nucléaire du pays

16/05/2009

Le 13 avril dernier, à San Juan City, dans la banlieue de Manille, des militants chrétiens ont organisé une manifestation pour protester contre la décision du gouvernement de relancer l’unique centrale nucléaire des Philippines, construite entre 1976 et 1984 mais jamais entrée en service. Leur mouvement a reçu le soutien de Mgr Broderick Pabillo, l’un des deux évêques auxiliaires de l’archidiocèse de Manille ; ...

... en venant se joindre à la manifestation, l’évêque a notamment dénoncé le fait que la relance de la centrale se fasse au prix d’un endettement important – le vote d’un emprunt d’un milliard de dollars est actuellement en discussion au Parlement. Le gouvernement accumule des « dettes immorales » qui n’ont rien à voir avec un véritable développement, a notamment fait valoir Mgr Pabillo, qui a ajouté qu’un tel emprunt « ne fera qu’augmenter la misère et ne devrait pas être payé par le peuple » (1).

La centrale nucléaire de Bataan, construite à une centaine de kilomètres à l’ouest de la capitale, avait été voulue par le dictateur Ferdinand Marcos en réponse au choc pétrolier de 1973. Financée par un emprunt d’un milliard de dollars, sa construction – qui ne devait initialement pas coûter plus de 600 millions de dollars – débuta en 1976 pour s’achever en 1984, avec une facture totale de 2,3 milliards de dollars. Très rapidement, des doutes furent émis sur le choix de son emplacement – la centrale est construite à proximité d’un volcan éteint mais considéré comme potentiellement instable – et sur sa fiabilité – conçus par une firme américaine, ses plans reprennent ceux de la centrale de Three Miles Island, victime d’un grave accident en 1979. En 1986, peu après avoir accédé au pouvoir, après la chute de Marcos et l’explosion de la centrale de Tchernobyl, la présidente Corazon Aquino décidait de ne pas mettre en service la centrale de Bataan, les emprunts contractés pour sa construction étant néanmoins honorés et la dernière échéance payée en 2007, plus de trente ans après le premier coup de pioche.

A la faveur de la dernière envolée des prix du pétrole – c’était avant l’actuelle crise économique et financière – (2), le gouvernement de Gloria Macapagal-Arroyo avait lancé des études pour évaluer la faisabilité d’une mise en service de la centrale. En juillet dernier, l’influent parlementaire Mark Cojuangco réunissait un cercle de 24 députés de la région de Manille pour demander « le démarrage immédiat » de la centrale et voter le financement nécessaire à celui-ci. Un texte en ce sens a été voté en première lecture à la Chambre des représentants et doit repasser en session avant d’être envoyé au Sénat. Il prévoit de lever la somme d’un milliard de dollars pour mettre aux normes la centrale avant son démarrage, ce montant devant être financé, pour une petite partie, par une taxe sur le prix de l’électricité et, pour la majeure partie, par l’emprunt. Mark Cojuangco affirme que cette solution est moins coûteuse que la construction d’une centrale thermique supplémentaire et que Bataan pourrait ainsi être connectée au réseau d’ici trois ans.

Pour Faith-based Congress against Immoral Debts (FCAID), l’organisme qui a monté la manifestation du 13 avril à San Juan City, la centrale de Bataan a déjà coûté une fortune aux contribuables philippins et ce n’est pas à eux de payer à nouveau pour un site dont la rentabilité et la sûreté ne sont pas certaines. Le P. Juventud Moraleda, membre du comité central de FCAID, rappelle que la dette publique augmente rapidement et n’est pas loin d’atteindre 60 % du PNB. Selon lui, « les responsables publics qui ont contracté ces dettes sont ceux qui doivent les rembourser ».

FCAID, une organisation créée en 2007 à l’occasion d’un « faith-based unity congress » qui réunissait catholiques et évangéliques, a été rejointe dans son combat contre la centrale de Bataan par Lingkod Tao-Kalikasan (‘Servir le peuple et la nature’), une ONG de protection de l’environnement d’inspiration chrétienne, et par Greenpeace Southeast Asia.
 

Notes
  1. Ucanews, 4 mai 2009.
  2. En juillet 2008, à son sommet, le baril de pétrole valait 144 dollars.

Légende photo : Le 13 avril 2009, à San Juan City, des militants chrétiens ont organisé une manifestation pour protester contre la décision du gouvernement de relancer l'unique centrale nucléaire des Philippines. ©Ucanews