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Asie du Sud-Est - Malaisie

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Après l’exil, des femmes rohingyas, parfois très jeunes, vendues pour être mariées

Après l’exil, des femmes rohingyas, parfois très jeunes, vendues pour être mariées

22/02/2017

Dans l’Arakan, Etat de l’ouest de la Birmanie, les accusations de viols de femmes rohingyas par des soldats birmans se multiplient. Les Nations Unies s’en sont fait l’écho à plusieurs reprises. Depuis des années, des milliers de Rohingyas fuient la Birmanie, où ils sont persécutés, vers des pays à majorité ...

... musulmane de la région. Ils n’y trouvent cependant pas tous un asile confortable. En Malaisie, le destin des femmes rohingyas exilées inquiète. Victimes de réseaux de passeurs, beaucoup sont mariées, parfois très jeunes, à des hommes rohingyas déjà présents en Malaisie.

Elles sont encore parfois adolescentes, tout juste sorties des caches des trafiquants, et déjà mariées à des hommes de leur communauté installés en Malaisie. D’après le Haut Commissariat aux réfugiés des Nations Unies (UNHCR), cent vingt jeunes filles rohingyas ont été ainsi mariées en 2015 en Malaisie, sans que l’on sache précisément combien d’entre elles ont été victimes de réseaux de passeurs. Cette tendance semble s’accélérer. La communauté rohingya de Malaisie compte officiellement 56 000 personnes, sans doute deux fois plus en réalité. Les hommes y sont plus nombreux que les femmes. Ce déséquilibre incite certains hommes à se tourner vers des trafiquants d’êtres humains pour trouver une épouse.

Mariée à l’âge de 12 ans après avoir été vendue par des trafiquants

Jusqu’au milieu des années 2010, la plupart des migrants rohingyas qui arrivaient sur les côtes malaisiennes étaient des hommes. Beaucoup avaient fui la Birmanie par bateau, traversant l’océan Indien sur des embarcations de fortune, souvent au péril de leur vie. Ils espéraient s’installer dans ce pays à majorité musulmane pour y trouver un travail et envoyer une partie de leur salaire à leur famille restée dans l’Arakan. Depuis quelques années, la proportion d’hommes et de femmes tend à s’équilibrer chez les migrants. Des familles rohingyas entières, et parfois des enfants seuls, fuient la Birmanie. L’arrivée au pouvoir d’un cabinet réformateur (2011-2016) puis d’un gouvernement pro démocratique (depuis l’an dernier) n’a pas changé le sort de cette minorité apatride. Le désespoir a donc poussé de nombreux Rohingyas, quels que soient leur âge et leur situation de famille, à prendre la mer. Depuis octobre, près de 70 000 d’entre eux ont fui la Birmanie pour trouver refuge au Bangladesh voisin afin d’échapper aux « opérations de sécurité » de l’armée birmane.

Dans une dépêche datée du 15 février dernier, l’agence de presse Reuters relate l’histoire d’une jeune Rohingya aujourd’hui âgée de 13 ans, et mariée l’an dernier, à son arrivée en Malaisie, à un homme rohingya qu’elle ne connaissait pas. Séparée de sa famille lors de son exil, elle dit avoir été détenue plusieurs semaines par des passeurs dans la jungle, non loin de la frontière entre la Thaïlande et la Malaisie. Les trafiquants ont accepté de la relâcher quand un homme a proposé de l’acheter pour l’épouser. Son mari l’a maltraitée. Il lui a confisqué son téléphone portable et interdit de garder des liens avec ses parents. Son père l’a finalement délivrée et ramenée dans la banlieue de Kuala Lumpur, la capitale malaisienne. Cités par Reuters, un passeur et un homme qui a eu recours aux services de trafiquants pour trouver une épouse rohingya indiquent que la somme à débourser pour acheter une femme de cette ethnie varie entre 750 et 1 500 euros environ.

Des imams peu regardants

Apatrides, les femmes rohingyas sont particulièrement vulnérables à leur arrivée en Malaisie. Le pays ne leur reconnaît pas le statut de réfugié car il n’a pas signé la Convention des Nations Unies relative au statut des réfugiés de 1951. Ceux qui ont fui les persécutions en Birmanie ne bénéficient donc pas de protection en Malaisie. Ils sont considérés, une nouvelle fois, comme des immigrés illégaux, et ils n’ont pas officiellement le droit d’accéder au marché de l’emploi ni à l’éducation. Cette vulnérabilité n’incite pas les femmes rohingyas à se plaindre aux autorités, et notamment à la police, ni à chercher de l’aide, lorsqu’elles sont victimes d’abus ou de violences.

Les mariages d’adolescentes victimes de trafic se multiplient car la loi malaisienne les tolère. Le mariage de femmes de moins de 16 ans n’est pas interdit en Malaisie. Il est simplement soumis à l’accord d’un tribunal de la charia. Cependant, beaucoup d’imams rohingyas ne prennent pas la peine de demander l’approbation de la justice et ils célèbrent ces unions sans respecter le droit en place.

Des mesures de discrimination positive qui s’avèrent inadaptées à la protection des minorités discriminées

Depuis 1969, la Malaisie met en œuvre des politiques de discrimination positive pour favoriser la communauté malaise, considérée comme forcément musulmane (environ 60 % de la population). C’est à ce titre un des seuls Etats au monde à utiliser la discrimination positive, non pas pour protéger une minorité, mais pour garantir des privilèges à la majorité. Il en résulte un système juridique complexe, avec « des niveaux de droit doubles, voire triples, parce que toutes les communautés ne jouissent pas des mêmes droits », expliquait ainsi à Reuters Jerald Joseph, responsable de la Commission des droits de l’homme de Malaisie. Dès lors que l’égalité entre les citoyens n’est pas promue, il devient difficile de défendre les droits d’une communauté immigrée lointaine, même si elle partage la même religion que la majorité.

Depuis la tenue d’un sommet à Bangkok sur les migrations dans l’océan Indien en mai 2015, la question rohingya s’est internationalisée. La Birmanie considère le dossier comme relevant purement de sa politique intérieure. Mais l’afflux de réfugiés dans les pays de la région a poussé les dirigeants politiques du Bangladesh et de la Malaisie à se saisir du problème. L’Eglise catholique en Malaisie fait d’ailleurs pression en ce sens sur les autorités. Même si les Rohingyas sont maltraités en Malaisie, le Premier ministre Najib Razak a pris leur défense, évoquant publiquement « un nettoyage ethnique » en Birmanie – déclaration qui a jeté un froid dans les relations entre les deux pays. Cette prise de conscience va-t-elle inciter le gouvernement à mettre en place des politiques plus favorables aux réfugiés rohingyas sur le sol malaisien afin, notamment, de protéger les jeunes femmes vendues et mariées ? Dans une dépêche datée du 1er février dernier, l’agence Ucanews rappelle que la Malaisie a déjà démontré sa capacité à accueillir « des millions de migrants originaires de deux pays : l’Indonésie et les Philippines ». Et de poursuivre : « La Malaisie a une économie solide. (…) Sa dette publique est assez peu élevée, sous la barre des 60 % [du PIB]. (…) Le produit intérieur brut par habitant est deux fois plus élevé que celui de la Thaïlande et trois fois plus que celui de l’Indonésie. En d’autres termes, la Malaisie est relativement riche. »

(eda/rf)