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Asie du Sud-Est - Malaisie

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Pour la deuxième année consécutive, un colloque à visée antichrétienne a été organisé dans une université publique

Pour la deuxième année consécutive, un colloque à visée antichrétienne a été organisé dans une université publique

18/12/2015

Les protestations sont vives en Malaisie au sein des milieux chrétiens et au-delà après qu’une université publique a organisé, le 12 décembre dernier, un séminaire d’études réservé aux musulmans afin de dénoncer une supposée « christianisation » du pays. C’est la deuxième année consécutive que ...

... cette université tient en son sein un tel séminaire.

Intitulé : « Ancaman Gerakan Pemurtadan Kristianisasi » (‘Tendance à l’apostasie et menace de christianisation’), le séminaire en question était organisé par la Faculté des études islamiques contemporaines sur le campus situé à Lendu, au sud de Kuala Lumpur, dans l’Etat de Malacca, de l’UiTM (Universiti Teknologi Mara). Selon une porte-parole de l’université, Najah Raihan Sakrani, « le programme [du séminaire] avait trait à différents sujets historiques et contemporains, dont les menaces représentées par l’Etat islamique, les chiites, le terrorisme ou bien encore les croisades ». Selon une personne qui a assisté au séminaire et qui s’est exprimée sous le sceau de l’anonymat auprès du site d’information Malaysiakini, il y a en réalité été question de l’utilisation du mot « Allah » dans la Bible – une polémique récurrente en Malaisie ces dernières années –, du pape, des chrétiens en Indonésie et des croisades ; l’un des intervenants au colloque a notamment affirmé que les chrétiens essayaient de convertir les musulmans à leur religion en recourant aux « trois G », à savoir « Gold, Glory and the Gospel ».

Le séminaire, auquel ont participé plusieurs centaines de personnes, était réservé aux musulmans et s’est déroulé à huis-clos. « Les étudiants non musulmans en ont été dispensés car nous ne voulions pas créer de controverse et que l’on nous reproche de chercher à les convertir à l’islam », a précisé Najah Raihan Sakrani. Parmi les intervenants figurait un haut responsable de la police de l’Etat de Malacca, membre des services de renseignement (Special Branch de la Royal Malaysian Police), fait qui a été confirmé et justifié par le chef de la police de Malacca. Pour ce dernier, il est légitime que la police participe à un colloque dont l’objet était de « renforcer la foi (akidah) des musulmans, tout particulièrement au sein de la population estudiantine ».

Fondée en 1956, l’UiTM est la plus importante université de Malaisie par la taille ; elle compte pas moins de 4 000 enseignants et 172 000 étudiants. Sa particularité est de ne recruter ses étudiants que parmi les Malais et les bumiputeras (‘fils du sol’) dans le cadre des mesures de discrimination positive en vigueur afin de favoriser l’essor économique et social de la population considérée comme ethniquement malaise de Malaisie. Elle s’était déjà distinguée en mai 2014 lorsque, sur son campus de Shah Alam, à côté de Kuala Lumpur, elle avait organisé un colloque intitulé : « Cabaran dan Ancaman Kristianisasi di Malaysia » (‘Menaces et défis posés par la christianisation de la Malaisie’) ; un faux prêtre catholique venu d’Indonésie y avait pris la parole pour « éclairer » les étudiants sur « les dangers de la christianisation » menaçant l’Asie du Sud-Est archipélagique (Indonésie et Malaisie). Les protestations avaient alors été virulentes au sein des milieux chrétiens de Malaisie.

Cette fois-ci encore, les réactions ont été vives. La Fédération chrétienne de Malaisie, structure où sont représentée la quasi-totalité des Eglises chrétiennes du pays, a publié un communiqué le 17 décembre pour dénoncer un acte « particulièrement offensant ». « Il est parfaitement inacceptable qu’une université publique utilise des fonds gouvernementaux pour mener des activités visant à diaboliser une minorité religieuse », peut-on lire dans le communiqué, signé par le Rév. Eu Hong Seng, président de la CFM (Christian Federation of Malaysia). Le pasteur protestant y dit sa conviction qu’il est possible, au nom de « la liberté académique », de débattre de « cette supposée menace de ‘christianisation’ » mais qu’un tel débat appelle un échange d’arguments fondés sur des recherches objectives et équilibrées, et non « sur des assertions non vérifiées et des anecdotes non pertinentes ». La Fédération appelle enfin le gouvernement à « faire cesser » de telles activités. « Alors que nous entrons dans les célébrations de Noël, nous rappelons au gouvernement de Malaisie son obligation constitutionnelle de protéger, promouvoir et défendre la liberté de religion et les libertés fondamentales de TOUS les Malaisiens, et pas seulement celles de la majorité musulmane de la population du pays », peut-on encore lire dans ce communiqué.

Au sein de la communauté musulmane, des voix se sont fait entendre. Le Front de la renaissance islamique, un think tank fondé en 2009 sous l’égide de Tariq Ramadan, décrypte l’objet du colloque comme participant de cette vision selon laquelle les Malais, et notamment les étudiants musulmans, seraient « menacés ». « Je ne pense pas que promouvoir une mentalité d’assiégés aidera la Malaisie à atteindre l’objectif que ses gouvernants se sont fixé, à savoir faire du pays une nation développée d’ici à 2020 », déclare au Malaysiakini le directeur du Front, Ahmad Farouk. Selon lui, la supposée « christianisation » dont serait menacée la Malaisie, pays où les chrétiens représentent un peu moins de 10 % de la population, est utilisée par certains, parmi ceux qui sont au pouvoir, pour s’assurer qu’ils conserveront leur domination.

Pour les observateurs de la scène politique malaisienne, l’organisation pour la deuxième année consécutive d’un tel colloque à l’UiTM est tout sauf innocente. Au sein de l’UMNO, le parti qui dirige le pays depuis l’indépendance, existe une volonté de laisser se développer, voire de favoriser, un discours radical au sein de l’islam malais de manière à rallier un électoral musulman qui pourrait être tenté de se détourner d’un parti usé par des décennies de pouvoir ininterrompu. Avec sa récente alliance avec un parti islamiste, l’UMNO joue ouvertement la défense d’une identité nationale qu’il dépeint comme étant islamique, et ceci afin de masquer une dérive autoritaire croissante et le discrédit d’un Premier ministre, Najib Razak, affaibli par des soupçons de corruption massive.

(eda/ra)