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Asie du Sud-Est - Malaisie

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A un mois du jugement qui doit statuer définitivement sur l’usage du mot ‘Allah’ par les chrétiens, les autorités maintiennent la pression sur l’Eglise catholique

A un mois du jugement qui doit statuer définitivement sur l’usage du mot ‘Allah’ par les chrétiens, les autorités maintiennent la pression sur l’Eglise catholique

07/02/2014

La semaine dernière, le P. Lawrence Andrew, rédacteur en chef du Herald, l’hebdomadaire de l’archidiocèse catholique de Kuala Lumpur, a reçu par La Poste une « note » du Bureau de contrôle des publications et des textes coraniques, instance rattachée au ministère fédéral de l’Intérieur. Datée du 20 janvier dernier mais expédiée au journal catholique la semaine dernière seulement, ...

... cette note « conseille » au rédacteur en chef de s’abstenir de faire usage du mot ‘Allah’ dans la totalité des colonnes de son journal.

Contactée par The Malay Mail Online, site d’information en ligne, Hashimah Nik Jaafar, une des responsables du Bureau de contrôle en question, a confirmé la teneur de la « note », la qualifiant de « simple rappel » adressé au journal après la décision de justice rendue en octobre dernier par la Cour d’appel de Putrajaya, cassant un jugement de 2009 autorisant The Herald à faire usage du mot ‘Allah’ dans la section de ses pages écrite en malais. « Le ministère [de l’Intérieur] a constaté que The Herald faisait état de la polémique liée à l’usage du mot ‘Allah’ dans ses colonnes. Or, par respect de la chose jugée ainsi que dans l’intérêt de la préservation de l’harmonie et de l’ordre public, ils doivent se conformer à la décision de la Cour d’appel. Nous ne faisons que leur adresser un conseil, il leur revient de s’y conformer », a précisé la responsable. Tout en ajoutant que son administration n’était pas en mesure d’agir contre le journal au cas où le mot ‘Allah’ continuerait à y apparaître, elle a affirmé que « persister à utiliser le mot ‘Allah’ pouvait s’apparenter à un outrage à la justice dans la mesure où l’affaire était en attente d’un jugement par la Cour fédérale ». « Ils ont fait appel. Alors pourquoi n’attendent-ils donc pas que la justice se prononce ? », a-t-elle encore affirmé.

Du coté du Herald, les avocats du journal font savoir qu’ils « étudient » la note afin d’en définir la portée juridique. Au Malaysian Insider, autre site d’information en ligne, le P. Lawrence Andrew précise toutefois que The Herald prend soin depuis sept ans de ne plus utiliser le terme ‘Allah’ dans sa section en langue malaise. Cette décision, explique-t-il, a été prise dès 2007 lorsque le ministère de l’Intérieur a menacé de révoquer l’autorisation de publication du journal pour le contraindre d’arrêter d’utiliser le mot ‘Allah’ dans sa section en malais. Le rédacteur en chef ajoute que cette décision a été maintenue « pour témoigner de notre bonne volonté et par souci d’apaisement » après qu’en 2009 la justice, saisie par l’Eglise catholique, eut statuée en faveur du journal.

Le P. Lawrence Andrew rappelle que son journal comporte quatre sections linguistiques, en anglais, mandarin, tamoul et malais, destinées aux différentes composantes de la communauté catholique de Malaisie, et que l’interdiction d’usage du mot ‘Allah’ signifiée en 2009 par les juges de la Cour d’appel ne concernait que la section en langue malaise du journal. The Herald « est l’outil de communication médiatique de l’Eglise avec les catholiques de [Malaisie] et nos articles parlent de ce qui se passe dans l’Eglise », ajoute le prêtre, qui précise ainsi que les sections en anglais, mandarin et tamoul n’ont jamais été interdites d’usage du mot ‘Allah’ par la justice du pays.

A l’approche de la date du 5 mars prochain, jour où les juges de la Cour fédérale, instance de dernier recours dans le système judiciaire malaisien, entendront les parties en présence sur cette affaire de l’usage du mot ‘Allah’ dans les colonnes en malais du Herald, la tension semblait être un peu retombée ces jours-ci, notent les observateurs. Après des mois où la température était montée à un niveau élevé, l’attaque, dans la nuit du 26 au 27 janvier dernier, à coups de cocktails Molotov, d’une église catholique à Penang avait fait craindre une exacerbation des passions et, face au danger de polarisation de la société sur des bases ethno-religieuses, les responsables de la coalition de l’opposition avaient appelé le gouvernement à ouvrir « un dialogue » entre l’opposition et la majorité en place. Anwar Ibrahim avait évoqué le spectre d’une réédition des émeutes intercommunautaires sanglantes du 13 mai 1969, et le Premier ministre Najib Razak était sorti du silence qu’il observait depuis des mois sur la question, pour dire que sa « déclaration en dix points » de 2011 était toujours valide (1).

La tension semblait donc en voie de retomber, mais l’envoi de cette « note » par le Bureau de contrôle des publications et des textes coraniques pose question. S’y ajoute le fait que le JAKIM, le Bureau de développement islamique de Malaisie, instance chargée de superviser au plan fédéral l’administration des affaires de la religion musulmane, vient, pour les prêches de la prière de ce vendredi 7 février, de réaffirmer que l’usage du mot ‘Allah’ était réservé aux seuls musulmans. « Autoriser quiconque à utiliser le mot [‘Allah’] uniquement pour montrer que l’islam respecte les autres religions ne fait que porter du tort à l’islam et aux musulmans », peut-on lire dans le texte diffusé ce jour par le JAKIM, où il est aussi expliqué que « le but principal » poursuivi par les non-musulmans dans leur revendication à user du mot ‘Allah’ pour Dieu en malais « est de semer la confusion dans l’esprit des musulmans et de déclarer que toutes les religions sont identiques ».

Face à ces nouvelles, le Malaysian Insider rappelle que des universitaires musulmans renommés ont critiqué la position du pouvoir en place sur sa volonté d’interdire aux chrétiens l’usage du mot ‘Allah’, interdiction que l’islam ne pose pas. Le site d’information s’interroge aussi sur « la capacité » du gouvernement fédéral malaisien à contrôler ses différentes administrations responsables de la gestion des affaires islamiques.

(eda/ra)

Notes

(1) La déclaration en dix points, élaborée en 2011 par le Premier ministre Najib Razak, pose le droit des chrétiens des Etats de Sabah et de Sarawak, en Malaisie orientale, à utiliser le mot ‘Allah’ dans leurs livres en malais, tandis que dans les autres Etats de la Fédération, c’est-à-dire dans les Etats de la Malaisie péninsulaire, cette autorisation est du ressort des législations locales.
Selon les sources officielles, la Malaisie compte 60 % de musulmans, 19 % de bouddhistes, 9 % de chrétiens (dont 3,5 % de catholiques environ, les deux tiers d’entre eux vivant ou étant originaires de Sabah et Sarawak, sur l’île de Bornéo) et 6 % d’hindous.