EDA, Eglise d'Asie - Agence d'information des Missions étrangères de Paris EDA, Eglise d'Asie - Agence d'information des Missions étrangères de Paris

Vous êtes ici : Accueil Asie du Sud-Est Malaisie L’Eglise catholique perd une manche dans la bataille judiciaire sur l’utilisation du mot ‘Allah’

Rechercher

Recevoir gratuitement nos dépêches

Asie du Sud-Est - Malaisie

Imprimer

L’Eglise catholique perd une manche dans la bataille judiciaire sur l’utilisation du mot ‘Allah’

L’Eglise catholique perd une manche dans la bataille judiciaire sur l’utilisation du mot ‘Allah’

23/08/2013

Jeudi 22 août, la Cour d’appel de Putrajaya a validé l’appel interjeté par le gouvernement malaisien contre un jugement du 31 décembre 2009 autorisant les chrétiens à utiliser le mot ‘Allah’ dans leurs publications en langue malaise. Ce faisant, les juges de la Cour d’appel, qui avaient été saisis par Mgr Murphy Pakiam, archevêque catholique de Kuala Lumpur, ont ouvert la voie à un jugement sur le fond, en dernière instance, de cette affaire qui dure depuis de longues années.

Le jugement en dernière instance ayant été fixé au 10 septembre prochain, l’archevêque de Kuala Lumpur et les responsables de l’hebdomadaire du diocèse, Herald-The Catholic Weekly, avaient saisi les juges de la Cour d’appel en invoquant le fait qu’une décision du Premier ministre Najib Razak en date du 11 avril 2011 autorisait l’importation de bibles en malaisien faisant usage du mot ‘Allah’ pour dire le Dieu des chrétiens et vidait donc de sa substance l’appel interjeté par le gouvernement.

Selon les trois juges de la Cour d’appel, qui se sont prononcés à l’unanimité, la décision du 11 avril 2011 ne peut être prise en compte dans l’affaire qui oppose le gouvernement à l’archidiocèse de Kuala Lumpur, celle-ci étant postérieure au jugement rendu le 31 décembre 2009 sur lequel porte l’appel interjeté par le gouvernement. Autrement dit, a précisé le juge Abu Samah, président de la Cour d’appel, la controverse sur l’utilisation du mot ‘Allah’ par les chrétiens n’a pas été « résolue » et la justice en dernier appel est donc fondée à se prononcer. Dans ses attendus, le juge Abu Samah est allé plus loin en dénonçant la procédure diligentée par Mgr Pakiam devant la Cour d’appel, estimant qu’elle visait à priver l’une des parties en présence, le gouvernement en l’occurrence, de « son droit à faire appel ».

Mgr Pakiam n’a pas encore réagi publiquement à ce revers pour l’Eglise dans son long combat judiciaire pour voir reconnu le droit des chrétiens à user du mot ‘Allah’ dans leurs publications. Mais le P. Lawrence Andrew, directeur de la publication du Herald, n’a pour sa part pas caché sa « déception » face à la décision de justice, tout en ajoutant que l’Eglise « l’acceptait » et se montrait confiante dans la capacité des juges à dire le droit le 10 septembre prochain. Il a rappelé qu’un décret de l’exécutif de 1982, le jugement de la Haute Cour de justice en 2009 ainsi que la décision du Premier ministre Najib Razak du 11 avril 2011 avaient statué en faveur des catholiques et qu’il serait donc « irrationnel » que la justice interdise tout à coup aux chrétiens d’user de ce mot ‘Allah’. Le prêtre a aussi précisé que l’Eglise n’avait jamais cherché à faire de ce cas une affaire nationale. « Elle concerne l’utilisation du mot ‘Allah’ dans les colonnes en langue malaise de mon journal, mais n’a rien à voir avec Allah, a-t-il déclaré. Cette affaire a pris une ampleur inconsidérée et nous souhaiterions que la politique reste en dehors de tout cela. »

Pour certaines organisations islamiques, le procès à venir du 10 septembre et la décision rendue ce 22 août sont au contraire éminemment politiques. Sur les marches de la Haute Cour, le 22 septembre, des militants de Perkasa, une organisation ethno-nationaliste fondée en 2009 et autoproclamée défenseure de la communauté malaise, étaient venus manifester pour inciter les juges à se prononcer contre le recours déposé par Mgr Pakiam. Le secrétaire général de Perkasa, Syed Hassan Syed Ali, en profitait pour dénoncer l’absence à ses côtés de membres du PAS (Parti Islam Se-Malaysia), principal parti islamique du pays membre de la coalition d’opposition au Barisan Nasional, dominé par l’UMNO au pouvoir. « Nous n’acceptons pas qu’un parti [le PAS] qui se présente comme le champion de l’islam ne trouve pas le moyen d’être ici pour soutenir le gouvernement », déclarait Syed Hassan Syed Ali. Proche de certaines factions de l’UMNO, Perkasa fait partie de ces organisations islamiques qui cherchent à « unir tous les musulmans de Malaisie pour défendre la cause d’Allah » sous la bannière du Barisan Nasional.

Du côté du Premier ministre, on se montrait rassurant quant au caractère pluriel de la Malaisie sur le plan religieux. Interrogé le 21 août à ce propos, Najib Razak déclarait que la Malaisie ne se transformait pas petit à petit en un Etat islamique orthodoxe, mais qu’il était important de « comprendre les sensibilités [religieuses] de tous » en Malaisie.

Pour nombre de commentateurs malaisiens s’exprimant sur les sites Internet d’information, la relance de la controverse sur l’usage du mot ‘Allah’ interroge toutefois sur les motivations réelles du gouvernement. En sommeil depuis plus de trois ans, la procédure judiciaire en dernière instance opposant Mgr Pakiam et le gouvernement s’est soudainement accélérée après les élections législatives de mai dernier. Celles-ci ont considérablement affaibli la coalition au pouvoir et tout particulièrement le Premier ministre Najib Razak. Pour renforcer sa stature à l’approche du congrès de l’UMNO, qui se tiendra à l’automne prochain, Najib Razak a tout intérêt à apparaître comme étant celui qui défend Allah et protège l’islam. Une décision de justice, le 10 septembre prochain, défavorable à l’Eglise catholique ne pourrait que servir son intérêt. Dans le cas contraire, les chrétiens pourraient craindre des débordements violents de la part des musulmans les plus déterminés. Après le jugement du 31 décembre 2009, favorable à l’Eglise, le magistrat qui l’avait rendu, le juge Lau Been Lan, avait reçu des menaces de mort et, dans les jours qui avaient suivi, plusieurs lieux de culte chrétiens avaient été attaqués par des islamistes.