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Asie du Sud-Est - Malaisie

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La polémique autour du nonce apostolique ne retombe pas et plusieurs groupes islamiques demandent son départ du pays

La polémique autour du nonce apostolique ne retombe pas et plusieurs groupes islamiques demandent son départ du pays

19/07/2013

Le 19 juillet, après la prière du vendredi, plusieurs dizaines de manifestants appartenant à des organisations islamiques se sont massés devant le portail de la nonciature apostolique à Kuala Lumpur pour demander l’expulsion du nonce, Mgr Joseph Marino. En poste depuis moins de six mois, l’ambassadeur du Saint-Siège en Malaisie se trouve ...

... depuis une semaine au centre d’une polémique pour avoir, dans un entretien à la presse, défendu la position des chrétiens malaisiens dans leur revendication à utiliser le mot ‘Allah’ pour dire Dieu dans la Bible traduite en malais.

« Joseph Marino est un ennemi de l’Etat. Son action accroît les tensions dans les relations entre les races dans le pays », a scandé Ibrahim Ali, président de Perkasa, une organisation ethno-nationaliste fondée en 2009 et autoproclamée défenseure de la communauté malaise. Ibrahim Ali s’était notamment fait connaître en janvier dernier pour avoir menacé d’organiser un autodafé de bibles. « Marino doit quitter la Malaisie », a pour sa part renchéri Hasan Ali, chef de JATI (Jalur Tiga), autre groupe islamique proche de l’UMNO au pouvoir, notamment de l’ancien Premier ministre Mohamad Mahathir.

La polémique a débuté après que Mgr Joseph Marino, qui est le premier nonce en poste à Kuala Lumpur depuis l’établissement en 2012 de relations diplomatiques entre la Malaisie et le Saint-Siège, a accordé sa première interview à la presse depuis son entrée en fonction. Le 11 juillet dernier, dans The Malaysian Insider, site d’information réputé, le nonce d’origine américaine explique en quoi consiste son métier et donne son point de vue sur deux sujets particulièrement délicats dans un pays où l’islam a le statut de religion d’Etat et où cohabitent une majorité de Malais musulmans et des minorités d’origine indienne et chinoise où les communautés hindoues et chrétiennes sont importantes (respectivement 19 % et 9 % de la population totale).

A propos de la conversion religieuse, sujet tabou en islam, le nonce explique : « S’il est question de respecter la dignité humaine, nous nous devons de respecter la conscience d’une personne dans sa recherche de Dieu. C’est là un droit fondamental de l’homme qui doit être respecté et, dans une société pluraliste, chacun doit avoir la possibilité de vivre selon sa conscience. » A propos de l’usage par les chrétiens du mot ‘Allah’ dans leurs publications, Mgr Marino prend soin de noter qu’un jugement est en cours devant les tribunaux du pays et qu’il s’agit là d’une affaire interne à la Malaisie, mais il précise qu’il soutient les arguments défendus par la Fédération chrétienne de Malaisie dans cette affaire, les qualifiant de « plutôt logiques et acceptables ».

Dans les jours qui suivent la publication de cette interview, curieusement ce ne sont pas les propos du nonce au sujet de la liberté religieuse qui ont fait polémique mais ceux concernant l’usage du mot ‘Allah’. L’affaire est ancienne et bien connue. Elle a trait à l’utilisation par les chrétiens du mot ‘Allah’ pour dire Dieu dans leurs publications en malais ; le gouvernement malaisien a intenté un procès à des institutions catholiques et protestantes en 2007 à ce sujet, leur reprochant de chercher à induire la confusion dans l’esprit des Malais musulmans pour les amener à se convertir au christianisme. L’affaire a été jugée en première instance, puis en appel, et est en passe d’être définitivement jugée. A ce jour, les tribunaux ont donné raison aux chrétiens.

Le 16 juillet, le Premier ministre Najib Razak publiait un communiqué au ton très vif. « Le Vatican (…), comme toute représentation diplomatique, est tenu d’observer les protocoles diplomatiques en vigueur, lesquels, entre autres choses, imposent de ne pas s’ingérer dans les affaires intérieures du pays hôte », peut-on lire dans ce texte, où il est jugé « regrettable » que Mgr Marino ne se soit pas conformé à ces règles. L’affaire de l’usage du mot ‘Allah’ était nommément citée par le Premier ministre.

Dans la même journée, le nonce était convoqué au ministère des Affaires étrangères, où le ministre le recevait. Un communiqué était publié à l’issue de l’entretien où l’on pouvait lire que Mgr Marino assurait que ses commentaires dans la presse « n’avaient jamais eu pour objet d’interférer dans les affaires intérieures du pays » et qu’il présentait « ses excuses pour toute incompréhension ou torts » que ceux-ci auraient pu causer. Il était précisé que Mgr Marino avait rappelé qu’il était précédemment en poste au Bangladesh, « un pays dont la majorité de la population est musulmane » et qu’il « croyait fermement que le dialogue interreligieux est le moyen de promouvoir de bonnes relations entre des personnes de religions différentes ».

Dans le contexte postélectoral qui est celui de la Malaisie, des observateurs locaux font remarquer que le bruit créé autour des prises de position du nonce ne doit sans doute rien au hasard. Durant la campagne électorale, avant les élections du 5 mai qui ont vu la courte et très limitée victoire de la coalition au pouvoir depuis 56 ans, l’UMNO et le Barisan Nasional n’avaient pas hésité à utiliser cette polémique autour de l’usage du mot ‘Allah’ par les chrétiens pour inciter les Malais à voter en leur faveur. Des affiches étaient apparues où l’on pouvait voir la photo d’une église chrétienne surmontée des mots « Rumah Allah » (‘la maison d’Allah’), avec le commentaire suivant : « Voulez-vous que vos enfants et vos petits-enfants aillent prier dans cette maison d’Allah ? Si nous autorisons l’usage du mot Allah dans les églises, nous bradons notre religion, notre race et notre nation. Votez pour le Barisan Nasional car lui peut protéger votre religion, votre race et votre nation. »

Les élections du 5 mai, si elles ont permis le maintien au pouvoir de l’UMNO et du Barisan Nasional, ont considérablement fragilisé le pouvoir actuel et notamment le Premier ministre Najib Razak. La coalition a en effet réussi à sauver sa majorité au Parlement mais elle a perdu le vote populaire, n’ayant rassemblé que 5,24 millions de suffrages contre 5,62 millions pour l’opposition, emmenée par Anwar Ibrahim. Najib Razak doit donc absolument regagner du crédit sur le plan politique et l’affaire de l’usage du mot ‘Allah’ pourrait lui être utile à cette fin.

En effet, dans le procès en appel qui oppose The Herald, l’hebdomadaire de l’Eglise catholique, au gouvernement, la procédure s’était étrangement enlisée depuis le jugement de décembre 2009, favorable au journal. Hors, subitement, peu après les élections, le dossier a repris de la vigueur, même si aucune date d’audience n’a encore été fixée. Si les avocats du journal catholique refusent de s’exprimer, ceux de la Fédération des chrétiens protestants, qui est confrontée à une affaire similaire, le font plus volontiers. Interrogé par l’agence Ucanews, Annou Xavier, un des avocats de la fédération protestante, déclarait à la fin du mois de juin dernier : « Le Premier ministre Najib Razak a perdu les élections, mais il a en perspective le congrès de l’UMNO à l’automne prochain. Et il compte bien s’y présenter comme étant celui qui défend Allah et protège l’islam. »