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Asie du Sud-Est - Malaisie

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La communauté internationale condamne le rapatriement forcé de réfugiés ouïghours en Chine populaire

La communauté internationale condamne le rapatriement forcé de réfugiés ouïghours en Chine populaire

14/02/2013

Human Rights Watch (HRW) et le Haut Commissariat aux réfugiés des Nations Unies (UNHCR) ont condamné le rapatriement en secret de six réfugiés ouïghours vers la Chine où leur « sort inspire la plus grande inquiétude ».

Malgré les protestations de nombreuses ONG de défense des droits de l’homme, du Jesuit Refugee Service (JRS) et des Nations Unies, la Malaisie a, le 31 décembre dernier, ...

... rapatrié de force vers la Chine, pour la seconde fois en moins de trois ans, des réfugiés ouïghours qui avaient fui les persécutions dont ils étaient victimes au Xinjiang.

« Pendant que les Malaisiens célébraient la Nouvel An, leur gouvernement renvoyait secrètement des demandeurs d’asile ouïghours vers un sort plus qu’incertain en Chine (...) ; il s’agit d’une très grave violation des lois internationales », a déclaré Phil Robertson, directeur pour l’Asie de HRW, dans une lettre ouverte adressée le 4 février dernier au Premier ministre malaisien Najib Razak.

Ces six membres de l’ethnie ouïghoure étaient en prison depuis un an, accusés par les autorités malaisiennes d’avoir tenté de quitter la Malaisie avec un faux passeport. Ils ont été remis dans la plus grande discrétion aux autorités chinoises et rapatriés par un vol spécial le 31 décembre 2012. L’opération n’a été ébruitée qu’au début du mois de février.

L’UNHCR a quant à lui exprimé sa consternation ; les six demandeurs d’asile avaient obtenu le statut de réfugiés auprès de ses services et étaient donc sous sa protection. « Nous avons pourtant fait le maximum auprès des autorités malaisiennes pour que ces Ouïghours ne soient pas expulsés vers un pays où leurs droits sont bafoués », a déclaré la porte-parole de l’agence onusienne, Yante Ismail, à l’AFP le 6 février. Selon elle, le gouvernement malaisien avait été parfaitement informé par l’UNHCR des « nombreuses violations des droits de l’homme » dont étaient victimes les Ouïghours et du risque qu’ils encouraient à être renvoyés dans leur pays.

Déjà en août 2011, Kuala Lumpur avait procédé à l’expulsion de onze Ouïghours (1), contre l’avis de plusieurs ONG ainsi que du JRS, qui, depuis Phnom Penh, avait rappelé le rapatriement de réfugiés ouïghours qui s’était effectué dans les mêmes conditions deux ans auparavant au départ du Cambodge (2).

Pour obtenir l’extradition des Ouïghours, la Chine invoque le fait que les personnes en question sont de dangereux terroristes ou des criminels « menaçant la sécurité de la région ». Ces dernières années, la résistance et les manifestations se sont multiplié dans la Région autonome ouïgoure du Xinjiang, les membres de cette ethnie majoritairement musulmane dénonçant une politique de répression culturelle et religieuse à leur encontre ainsi qu’une sinisation forcée, similaire à celle mise en œuvre au Tibet.

En juillet dernier, Radio Free Asia dénonçait la persistance de la répression dans la région autonome depuis les émeutes et les arrestations massives de l’été 2009 (3) : des milliers de Ouïghours ont disparu et leurs proches ne peuvent obtenir aucun renseignement sur leur sort auprès des autorités. Amnesty International, qui dénonce également les violations des droits de l’homme au Xinjiang, réclame depuis plusieurs années que « les autorités chinoises révèlent ce qu’il est advenu des victimes portées disparues et cessent de persécuter leurs proches ».

D’autres exemples sont rapportés par la Uyghur American Association (UAA), qui dresse la liste des pays ayant, depuis 2009, extradé des réfugiés ouïghours à la demande de Pékin : Cambodge, Pakistan, Malaisie, Thaïlande, Kazakhstan, Laos, Birmanie ou encore le Vietnam. « Ce n’est pas la première fois que la Malaisie viole le droit international à la demande de Pékin, mais il faut s’assurer que ce sera la dernière : le gouvernement se doit d’expliquer comment cela a pu arriver et quel a été le rôle de la Chine », a averti Phil Robertson du HRW, alors que les autorités malaisiennes gardaient un silence prudent après la déclaration de l’ONG.

La visite en Malaisie, du 5 au 8 février dernier, de Jia Qinglin, qui figure au quatrième rang dans la hiérarchie du Comité permanent du Bureau politique du Parti communiste chinois, a été pointée du doigt par les ONG comme l’un des éléments probables de la décision de transgresser les règles du droit international concernant les réfugiés. Au cours de cette visite, Jia Qinglin devait signer une série d’accords économiques importants. « Nous sommes préoccupés par le fait que ces six hommes font partie d’un groupe plus important de Ouïghours que vous détenez actuellement, conclut le responsable pour l’Asie du HRW. Nous aimerions avoir toutes les informations concernant chacune des personnes qui pourraient être en détention à l’heure actuelle, et nous pressons le gouvernement de Malaisie de prendre les mesures immédiates et nécessaires pour clarifier les détails de l’incident du 31 décembre 2012 et réitérer publiquement son engagement à respecter les lois internationales et les procédures concernant les réfugiés et demandeurs d’asile. »
 

Notes

(1) Sur seize détenus ouïghours alors dans les geôles malaisiennes, onze avaient été renvoyés en Chine, les cinq restants ayant finalement été libérés de prison et placés sous la responsabilité du HCR.
(2) Le 19 décembre 2009, vingt demandeurs d’asiles ouïghours (dont une femme enceinte et ses deux jeunes enfants) étaient rapatriés de force en Chine depuis le Cambodge. Hébergés à Phnom Penh par le
Jesuit Refugee Service (JRS), ils bénéficiaient pourtant du statut de réfugié du HCR leur donnant droit à une protection internationale.
(3) Le 5 juillet 2009, une manifestation dans la capitale régionale Urumqi, pour protester contre la discrimination envers les Ouïghours, tourne à l’émeute après que la police a chargé violemment les participants. Le bilan est officiellement de 197 morts.
(4) HRW mentionne également dans sa déclaration la nécessité que
« la Malaisie signe et ratifie la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, son protocole de 1967 ainsi que la Convention internationale contre la torture ».