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Asie du Sud-Est - Malaisie

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Les Eglises chrétiennes haussent le ton et demandent à être respectées par l’Etat

Les Eglises chrétiennes haussent le ton et demandent à être respectées par l’Etat

06/01/2012

Le 4 janvier dernier, quelques heures après avoir partagé un déjeuner de travail avec le Premier ministre de la Malaisie, les responsables de la Fédération chrétienne de Malaisie (CFM), qui réunit la plupart des Eglises et dénominations chrétiennes du pays, ont publié un communiqué au ton particulièrement tranchant. Ils demandent au Premier ministre...

... Najib Razak de se conformer au droit et de s’atteler au démantèlement de l’arsenal juridique et réglementaire qui permet à l’administration de maintenir les chrétiens dans un statut inférieur.

La CFM, qui rassemble 90 % des chrétiens de Malaisie, compte parmi ses principaux membres le Conseil des Eglises de Malaisie, la Communauté chrétienne évangélique nationale ou encore la Conférence des évêques catholiques de Malaisie. Elle demande notamment au Premier ministre de faire cesser les attaques dont ont été victimes les chrétiens en Malaisie au cours des douze derniers mois, que ces attaques aient été physiques et directes ou via les médias contrôlés par l’Etat.

Le Premier ministre Najib Razak s’est construit une image de leader musulman modéré et est connu sur la scène internationale pour son action en faveur de l’harmonie interreligieuse (1) ; or, souligne le communiqué de la CFM, cette image ne tiendra pas s’il ne se résout pas à agir pour stopper les tentatives visant à « détruire » son action en ces domaines.

« L’an passé (…), nous avons été témoins d’incidents sans précédent où les chrétiens ont été victimes d’accusations infondées et d’insultes auxquelles la police a donné crédit en acceptant d’enregistrer des plaintes. Plus encore, des organes officiels du gouvernement, dont des médias d’Etat, ont agi dans le même sens dans la plus parfaite impunité », peut-on lire dans le communiqué signé par le président de la CFM, le prélat anglican Ng Moon Hing, évêque du diocèse de West Malaysia.

Concrètement, il est demandé à l’Etat malaisien de faire respecter le jugement rendu le 31 décembre 2009 par la Haute Cour de justice et qui a autorisé l’hebdomadaire catholique The Herald à faire usage du mot ‘Allah’ pour dire ‘Dieu’ dans ses colonnes en langue malaise (2). Face aux manifestations d’hostilité de certains groupes musulmans, l’administration a renoncé à faire appliquer ce jugement et la publication catholique n’est toujours pas en mesure d’utiliser ce terme dans ses colonnes. Pour la CFM, il est urgent que le gouvernement « entame le processus de démantèlement des lois, règlements, politiques, directives et autres instructions qui restreignent, voire interdisent, aux religions autres que l’islam à utiliser le mot Allah et un certain nombre d’autres termes ».

Selon Mgr Ng, si les responsables des Eglises chrétiennes se sont résolus à hausser ainsi le ton et à exposer sur la scène publique leurs griefs à l’endroit du gouvernement, c’est que c’est là la seule manière d’obtenir des résultats. L’évêque anglican précise que les responsables chrétiens « en ont assez » des rencontres au plus haut niveau à Putrajaya, la capitale administrative du pays, qui ne débouchent que sur « de l’inertie » dans la mise en œuvre des solutions évoqués autour d’une table. « Nous constatons un écart aussi considérable qu’alarmant entre ce que vous vous attendez à voir advenir et ce qui se passe – ou plus exactement ce qui ne se passe pas – sur le terrain », a déclaré Mgr Ng, ajoutant à l’adresse du Premier ministre : « La politique de modération que vous incarnez ne semble pas s’être diffusée aux différents échelons de l’administration. »

A titre d’exemple des vexations et restrictions auxquelles font face les chrétiens en Malaisie, on peut citer qu’il y a quelques semaines, peu avant Noël, deux paroisses catholiques d’une banlieue de Kuala Lumpur ont reçu une requête de la police demandant les noms et adresses des personnes qui chanteraient des cantiques et des hymnes de Noël les 24 et 25 décembre. Selon la police, une autorisation était nécessaire pour de tels chants, qu’ils soient entonnés au domicile privé ou à la paroisse. Selon un prêtre catholique, « une telle interprétation, stricte et restrictive, de la législation en vigueur relative à l’exercice des cultes et à la liberté de religion est possible mais elle est totalement déconnectée de la réalité. Après avoir protesté auprès des autorités, les chrétiens ont obtenu du gouvernement un démenti quant à la nécessité d’une telle autorisation ».

Toujours dans le communiqué de la CFM, Mgr Ng demande au Premier ministre de créer un ministère des Affaires religieuses non musulmanes dont la tâche serait de protéger et défendre les droits et les intérêts des minorités religieuses, qu’elles soient chrétienne, bouddhiste, sikh, taoïste ou hindoue (3). La création d’un tel ministère a, semble-t-il, été évoquée lors du déjeuner à huis clos entre le Premier ministre et les responsables de la CFM, mais sa seule mise en place ne semble pas de nature à rassurer Mgr Ng, qui a déclaré que les responsables chrétiens n’étaient pas « naïfs » au point de penser qu’un tel ministère réglerait tous les problèmes sans que, dans le même temps, les autres ministères et administrations changent leur perception et manière de faire vis-à-vis des religions minoritaires.

De son côté, à l’issue du déjeuner avec la CFM, le Premier ministre a annoncé une série de mesure répondant à des demandes précises des Eglises chrétiennes. Celles-ci, et notamment l’Eglise catholique, demandant de longue date à pouvoir agir plus librement dans le secteur de l’éducation, le Premier ministre a promis que le mode de désignation des directeurs des écoles dites « de mission » serait dorénavant mené en collaboration plus étroite avec les Eglises. Il s’est également engagé à ce que la Bible figure au programme des matières optionnelles dans les examens d’Etat et puisse être enseignée dans les écoles si les parents le demandent et si cela est fait en-dehors des heures de cours normales. Il a enfin promis une exemption fiscale pour les dons faits aux Eglises et organisations chrétiennes.

D’un point de vue politique, la situation du Premier ministre Najib Razak est tendue, tout particulièrement à l’approche du 9 janvier prochain, jour où la Haute Cour de justice doit rendre sa décision concernant le deuxième procès d’Anwar Ibrahim pour sodomie. Anwar Ibrahim, leader du PKR (Parti Keadilan Rakyat), est le chef de file de la coalition d’opposition et mène son combat sur le terrain de la justice sociale et de la lutte contre la corruption ainsi que pour une approche de la politique économique qui ne tienne plus compte de l’appartenance ethnique, et incidemment donc de l’appartenance religieuse. Au cas où les juges le reconnaîtraient coupable, il encourt une peine de 20 ans de prison. Le 9 janvier, le PKR a prévu une manifestation monstre de 100 000 personnes devant la Haute Cour à Kuala Lumpur. Le pouvoir semble craindre toute mobilisation populaire en faveur d’Anwar Ibrahim et, ce vendredi 6 janvier, les mosquées avaient reçu pour consigne de délivrer des prêches mettant en garde contre « le chaos et le désordre » qui résulteraient de toute manifestation ou rassemblement illégal.

Notes

(1) Voir la dépêche EDA du 19 juillet 2011 au sujet de la visite du Premier ministre Najib Razak au Vatican : http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/malaisie/la-federation-de-malaisie-et-le-saint-siege-nouent-des-relations-diplomatiques
(2) Au sujet de la controverse sur l’utilisation du mot ‘Allah’ par les non-musulmans, voir la dépêche EDA du 15 mars 2011 et les précédentes : http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/malaisie/le-gouvernement-accepte-de-remettre-les-35-000-bibles-en-malais-qu2019il-avait-confisquees-en-raison-de-leur-utilisation-du-mot-2018allah2019
(3) Entre 55 et 60 % des 28 millions de Malaisiens sont d’ethnie malaise et de religion musulmane. Les minorités ethniques (Chinois : 26 %, Indiens : 8 % et autochtones) comprennent des communautés religieuses minoritaires : adeptes de la religion chinoise traditionnelle (24 %), chrétiens (8 %, dont 900 000 catholiques), hindous (7 %), bouddhistes (6 %), sikhs (2 %), animistes et autres.

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