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Asie du Sud-Est - Malaisie

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Les chrétiens exigent des excuses du ministre fédéral de l’Intérieur pour son attitude dans l’affaire du « marquage des bibles » [ Bulletin EDA n° 549 ]

01/04/2011

Ce vendredi 1er avril, plusieurs groupes chrétiens ont demandé au ministre fédéral de l’Intérieur, Hishammuddin Hussein, de leur présenter des excuses publiques pour les avoir « insulté et ridiculisé », et surtout pour avoir « défiguré la sainte Bible » (1). Le porte-parole de ce regroupement de diverses obédiences chrétiennes, Richard Klassen, originaire de l’Etat de Sabah, a déclaré dans un communiqué que les nombreuses restrictions à la liberté religieuse des chrétiens représentaient une violation de la Constitution de la Malaisie.

« Le fait d’avoir imposé la défiguration de la sainte Bible, en insultant et en ridiculisant les chrétiens de Malaisie, est un non-respect manifeste de l’article 11 de la Constitution fédérale », a-t-il souligné, stigmatisant les « propos récents du ministre de l’Intérieur », lequel avait enjoint les chrétiens à « se montrer plus raisonnables et moins butés » dans cette affaire des bibles. « C’est une insulte supplémentaire faite aux chrétiens de Malaisie ! », s’est indigné Richard Klassen.

C’est sur ordre du ministre de l’Intérieur que 35 000 bibles en langue malaise avaient été saisies en 2009 et restaient bloquées depuis dans les ports de Klang et de Kuching. Après des mois de bras de fer, les chrétiens avaient lancé une vague de protestation sans précédent à l’issue de laquelle le ministre, le 16 avril dernier, avait annoncé qu’il dédouanerait les ouvrages à condition que chaque exemplaire soit estampillé par le ministère, marqué d’un numéro de série et d’une mention sur la couverture avertissant que l’ouvrage était à destination « des seuls chrétiens » (2).

Sans attendre l’autorisation des sociétés importatrices, les fonctionnaires du ministère de l’Intérieur avaient commencé à appliquer les consignes et à marquer les exemplaires, à l’indignation des chrétiens qui avaient protesté vigoureusement contre ce qu’ils considéraient comme « une défiguration et une profanation de la Bible ».

Afin d’apaiser la communauté chrétienne de Sarawak, à laquelle une large partie de ces bibles était destinée et qui représente près de la moitié des électeurs de cet Etat de Bornéo en passe d’élire ses représentants à l’Assemblée le 16 avril prochain, le gouvernement a alors proposé de masquer les tampons du ministère sur les bibles, ne laissant que la mention « Pour chrétiens seulement ».

Le 30 mars, la Fédération chrétienne de Malaisie (CFM), la plus importante organisation chrétienne du pays, rejetait fermement cette proposition au nom de la défense de la liberté religieuse. « Nous réaffirmons notre droit à la liberté de religion et de culte. Par conséquent, notre position est qu’il ne devrait pas y avoir une quelconque interdiction, restriction, ou limitation de l’usage de la Bible ou de la langue de notre choix pour pratiquer notre religion, comme cela était le cas à l’époque qui a précédé et suivi la formation de la Malaisie », a déclaré dans un communiqué officiel Mgr Ng Moon Hing, président de la CFM et évêque du diocèse anglican de West-Malaysia.

Rappelant que l’affaire des bibles confisquées avait pour origine la controverse sur l’utilisation du mot ‘Allah’ par les chrétiens de langue malaise pour dire ‘Dieu’ (3), l’évêque anglican a dénoncé la dégradation de la liberté religieuse en Malaisie : « Il y a une réduction systématique et progressive, au sein de l’espace public, de la possibilité de professer, de pratiquer et d’exprimer sa foi. La liberté de se vêtir, de porter une croix ou d’autres symboles religieux, de construire des lieux de culte et maintenant d’utiliser des termes religieux n’a cessé de se réduire. »

De son coté, la principale société importatrice des ouvrages, The Bible Society of Malaysia, a récupéré le 30 mars dernier les 5 000 exemplaires estampillés par le ministère de l’Intérieur, déclarant que ceux-ci ne pouvant être vendus aux chrétiens en l’état, ils seraient conservés comme « pièces de musée », afin de témoigner pour les générations futures de ce qu’avaient vécu les Eglises chrétiennes de Malaisie.

Dans son communiqué de presse de ce jour, Richard Klassen a déclaré qu’il porterait plainte dès le 2 avril au poste de police de Kota Kinabalu contre le ministre de l’Intérieur et le gouvernement fédéral pour « profanation » de l’al-Kitab, nom donné à la Bible en malais.

Au nom du groupe de chrétiens qu’il représente, il a demandé qu’une action en justice soit menée sur la façon dont a été gérée au sein du gouvernement cette affaire des bibles, qu’il considère avoir contribué à l’intensification des tensions religieuses dans le cadre des élections imminentes dans l’Etat de Sarawak. « Le gouvernement malais doit respecter la Constitution, et particulièrement l’article 11, sous peine de perdre toute la considération des Malaisiens pour leur foi fondamentale », a t-il conclu (4).

Notes

(1) Voir EDA 548
(2) Plus exactement, le Bureau des textes coraniques et du contrôle des publications, dépendant du ministère de l’Intérieur, avait fixé les conditions sous lesquelles l’al-Kitab pouvait être distribuée : la première était que soit imprimée sur chaque ouvrage la mention : « Attention : cette al-Kitab est à l’usage des chrétiens uniquement. Par ordre du ministère de l’Intérieur ». La deuxième demandait qu’à des fins de traçabilité, chaque exemplaire soit estampillé par le ministère, avec mention de la date, du port d’origine, et un numéro de série.
(3) Au sujet de la controverse sur l’utilisation du mot ‘Allah’ par les non-musulmans, voir EDA 477, 500, 503, 510, 521, 522
(4) The Malaysian Insider, 30 mars, 31 mars, 1er avril 2011 ; AsiaNews, 31 mars 2011.