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Asie du Sud-Est - Malaisie

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Les autorités civiles et religieuses sévissent contre un mouvement religieux syncrétiste, qualifié de "secte déviante" de l'islam [ Bulletin EDA n° 423 ]

16/07/2005

Le 2 juillet dernier, les autorités religieuses musulmanes de l'Etat du Terrengganu, épaulées par des forces de police, ont mené un raid contre les locaux d'un mouvement religieux syncrétiste. Vingt-et-une personnes ont été arrêtées, le fondateur et animateur charismatique de ce mouvement réussissant toutefois à échapper à l'arrestation. Muhammad Ramli Nuh, vice-président du Comité de développement islamique du Terrengganu, a déclaré qu'il devait être mis fin aux activités et aux enseignements d'Ayah Pin, Ariffin Mohammad de son vrai nom, Malaisien âgé de 65 ans et fondateur du mouvement religieux contesté. Qualifiant son mouvement de "secte déviante" de l'islam, Muhammad Ramli a estimé que, "d'un point de vue religieux Ayah Pin et ses acolytes portaient "préjudice" à l'islam et qu'ils devaient être arrêtés au titre de la Loi sur la sécurité intérieure (ISA - Internal Security Act), texte qui permet aux autorités de détenir sans jugement toute personne présentant une "menace pour la sécurité nationale". Sur ce dernier point, les autorités fédérales n'ont pas suivi Muhammad Ramli, déclarant que les dispositions légales prévues par la charia au Terrengganu suffisaient à poursuivre en justice les personnes arrêtées et qu'il n'était pas nécessaire en ce cas de recourir à l'ISA. Les vingt-et-une personnes arrêtées ont ainsi été inculpées pour "détention de documents contraires à l'islam".

Le mouvement religieux fondé par Ayah Pin pose des problèmes aux autorités malaisiennes depuis de nombreuses années. Les terrains qu'il occupe dans l'Etat de Terrengganu attirent toute une foule de curieux et de dévots. Des touristes étrangers viennent pour la curiosité architecturale que représentent une théière géante, haute de plusieurs mètres, un vase tout aussi géant et une tourelle en forme d'ombrelle. Des constructions que l'Etat a fait condamner devant les tribunaux civils et qui ont été à plusieurs reprises menacées de destruction. Des Malais, des Indiens et des Chinois viennent aussi fréquenter les lieux. Ils sont musulmans, hindous ou chrétiens. Les membres de la secte ne seraient pourtant que quelques milliers et, en 1998, quatre d'entre eux, des musulmans, ont été incarcérés pour "tentative de renonciation à l'islam un acte qui tombe sous le coup de la loi au Terrengganu. En 2001, un tribunal islamique avait condamné Ayah Pin à onze mois de prison pour "déviance".

L'affaire de la "secte à la théière" a rencontré un certain écho en Malaisie où les questions liées à l'appartenance religieuse font partie des domaines sensibles. A la tête de l'Etat, l'UMNO (United Malay National Organisation) affirme vouloir agir par la persuasion plutôt que par la coercition, et refuse en même temps que les musulmans décident par eux-mêmes, à titre individuel, de ce qui est ou non "déviant" au regard de l'orthodoxie musulmane. Un ministre fédéral a ainsi déclaré, le 30 juin dernier, que près de 3 000 individus avaient été identifiés comme appartenant à vingt-deux mouvements religieux "déviants" et faisaient face à un risque certain d'arrestation. Il a ajouté que 4 766 autres personnes avaient été "réhabilitées" avec succès par les autorités. Dans l'opposition, Nik Aziz Nik Mat, le principal dirigeant du Party Islam SeMalaysia (PAS), s'insurge contre la prétention du pouvoir à dire l'orthodoxie en matière de religion. Il a ainsi déclaré que c'étaient les dirigeants de l'UMNO, qui ne sont musulmans que du bout des lèvres, qui étaient les plus grands hérétiques. Au pouvoir jusqu'à l'an dernier dans l'Etat de Terrengganu, le PAS avait tenté, en 2000, de faire fermer le village fondé par Ayah Pin. En vain, les proches de ce dernier ayant obtenu d'un tribunal local la permission de continuer.