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Asie du Sud-Est - Malaisie

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Les descendants catholiques des conquérants portugais aspirent au statut de "fils du sol" [ Bulletin EDA n° 153 ]

16/04/1993

Ils ne sont plus que quelques milliers à s'identifier encore aujourd'hui aux Portugais qui débarquèrent à Malacca il y a 500 ans. Ils s'adonnent à la pêche, ils sont pauvres et habitent dans ce que l'on appelle "le village portugais" à quelques kilomètres de la ville. Parlant un dialecte malais truffé d'anciens mots portugais, ils préservent leur identité surtout grâce à leur appartenance à l'Eglise catholique. Ils demandent aujourd'hui au gouvernement malaisien d'être reconnus comme bumiputras ou "fils du sol" comme les Malais, les peuples aborigènes chrétiens de Malaisie orientale, ou les Thaïs bouddhistes du nord du pays (13).

La première étape consisterait pour ces descendants de Portugais à être acceptés comme membres à part entière de l'UMNO (14), parti principal de la coalition au pouvoir à Kuala Lumpur. Ce serait la première fois en Malaisie péninsulaire que des chrétiens deviendraient membres d'un parti musulman. A plus long terme, cela ouvrirait aux partis malaisiens la possibilité de prendre quelque distance par rapport aux clivages ethniques et religieux qui dominent la vie sociale et politique.

Le chef de la communauté portugaise de Malacca, traditionnellement appelé regedor, est aujourd'hui M. Michael Young. Il estime qu'il y a 1 000 habitants dans le village portugais, 1 700 personnes qui se rattachent à la communauté dans l'Etat de Malacca, et environ 15 000 autres à travers le pays. "Il est important qu'on nous donne le statut de bumiputras parce que nous nous sentons "fils du sol" après 500 ans de présencedit-il. Il admet aussi que les bénéfices économiques du statut de bumiputra sont plus importants aux yeux de la communauté portugaise que le désir de jouer un rôle politique en Malaisie. Il estime que le statut de bumiputras aiderait les membres de la communauté "à s'élever dans l'échelle sociale" grâce aux avantages financiers et sociaux qui lui sont liés.

Les descendants des Portugais, qu'on appelle aussi Kristang, estiment que, religion mise à part, ils sont aujourd'hui plus proches à tous les points de vue de la culture malaise que de celle de leurs lointains ancêtres. M. Gerard Fernandis, qui a étudié au Portugal pendant trois ans, en est revenu tout à fait convaincu. Ce n'est pas sans un brin de malice qu'il rappelle que les danses portugaises et les chants qui font la joie des touristes passant par Malacca ont été en fait introduits dans la communauté par des missionnaires portugais dans les années 50. Le dialecte kristang lui-même est beaucoup plus proche de la syntaxe malaise que de la portugaise, rappelle-t-il. En ce qui concerne les caractéristiques raciales, "quand les Portugais sont arrivés ici, ils se sont mariés avec les femmes du lieu" dit-il.

Jusqu'à présent l'acceptation des Portugais comme bumiputras se heurtait surtout à l'identification abusive faite par les Malais entre leur ethnie et la religion musulmane : les bumiputras ne pouvaient être que musulmans. Aujourd'hui il est possible que le pluralisme ethnique et religieux soit plus facilement accepté à l'intérieur de l'UMNO, dit par exemple le professeur Khoo Kay Kim, de l'université de Malaisie : "Si l'UMNO veut étendre son contrôle politique, il doit pouvoir intégrer tous les groupes de la sociétédit-il. M. Mohamed Mahathir, le premier ministre, en est sans doute conscient. Il a été en tout cas le premier à admettre des non-musulmans dans le parti (15) et à parler de "race malaisienneplutôt que de communautés ethniques et religieuses. Sans doute pourrait-il utiliser de petits groupes marginaux comme les Portugais pour habituer la population malaise à un parti qui ne serait pas uniquement composé de musulmans.

Notes

(13)Les communautés chinoise (30% de la population) et indienne (8%) ne sont pas considérées comme "bumiputras".<br />(14)UMNO : United Malays National Organisation.<br />(15)EDA 122<br />