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Asie du Sud-Est - Laos

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Les autorités de village forcent les chrétiens à revenir à « l’animisme des anciens »

Les autorités de village forcent les chrétiens à revenir à « l’animisme des anciens »

26/09/2013

Le 21 septembre dernier, lors d’une réunion des autorités locales avec la population du village de Huay (district d’Atsaphangthong, province de Savannakhet), les chrétiens – pour la plupart de nouveaux convertis – ont été sommés d’abandonner leur foi, sous peine d'être expulsés définitivement de leur communauté.

Ces derniers ont refusé d'abjurer, arguant du fait que la liberté religieuse était garantie par le Constitution du Laos.

 

Ce non-respect de la loi et de la Constitution est malheureusement devenu fréquent dans bon nombre de districts où les fonctionnaires locaux agissent comme s’ils détenaient le pouvoir suprême, explique Human Rights Watch for Lao Religious Freedom (HRWLRF), dans une dépêche parue le 25 septembre.

L'ONG basée aux Etats-Unis, qui lutte depuis des années pour la défense des droits de l’homme au Laos, a condamné fermement l'incident. Mais son communiqué a été suivi rapidement d’une nouvelle dépêche ce jeudi 26 septembre. Cette fois, les chrétiens d’un autre village, situé dans le district de Phin, toujours dans la province de Savannakhet, ont été menacés d’être bannis de leur communauté s’ils ne participaient pas à un rituel animiste.

Vers le 8 septembre, rapporte HRWLRF, les autorités du village de Nonsung ont convoqué tous les habitants à une réunion officielle. Au cours de celle-ci, il a été demandé aux chrétiens (dont le nombre a nettement augmenté dans le village depuis la conversion de plusieurs familles il y a quelques mois) de participer aux rites traditionnels de « l'eau sacrée ». Ce rituel chamanique ancien consiste à boire un liquide préparé par le chamane du village et à prononcer un serment d’allégeance aux esprits (phi) – ce qui revient de fait, pour ces chrétiens, à l’apostasie de leur foi.

Sans ce serment qui prouverait leur attachement aux croyances ancestrales du village mais également leur loyauté et leur obéissance envers les autorités locales, les chrétiens récalcitrants seraient considérés comme ne faisant plus partie de la communauté et seraient donc bannis, ont déclaré les « anciens du village ».

L'un des responsables chrétiens de Nonsung a rapporté au HRWLRF que « ne pouvant pas en tant que chrétiens, prêter serment et sacrifier à d’autres divinités que Dieu, tous [les membres des Eglises du village] avaient refusé de boire l’eau sacrée ». Malgré les pressions répétées des chefs du village, poursuit-il, les chrétiens continuent depuis de refuser de participer aux rituels animistes et de poursuivre la pratique privée de leur foi.

Le procédé n’est pas nouveau et a été à plusieurs reprises utilisé dans ce même district de Phin de la province de Savannakhet, où les autorités locales bénéficient souvent du soutien de leurs supérieurs hiérarchiques. A chaque fois, les chrétiens sont menacés d’expulsion de leur village s’ils ne sacrifient pas au rituel de l’eau sacrée (1).

Dans ses deux communiqués de presse successifs des 24 et 25 septembre, l’ONG rappelle donc l’obligation qui incombe au gouvernement du Laos de faire « respecter le droit du peuple laotien à la pleine liberté religieuse, en contrôlant les comportements et les abus des fonctionnaires civils locaux et en protégeant les citoyens laotiens de foi chrétienne ».

Pour finir, le HRWLRF exhorte le gouvernement laotien à appliquer le Pacte international sur les droits civils et politiques, ratifié par le Laos en 2009. Celui-ci garantit, entre autres, la liberté de choisir, de professer et de pratiquer sa religion, mais aussi condamne toute forme de coercition de la liberté personnelle, y compris la liberté de foi.

Ces menaces répétées d’expulsion faites aux nouveaux convertis chrétiens sont devenues de plus en plus fréquentes, en particulier dans la province de Savannakhet, théâtre d'une vague de répression antichrétienne depuis plusieurs mois, régulièrement dénoncée par diverses ONG et organismes internationaux dont le CERD des Nations Unies ou encore la Commission américaine pour le liberté religieuse dans le monde (USCIRF).

Outre les divers incidents qui se sont produits cette année (2), la dernière alerte mentionnée par le HRWLRF ne date que du 30 août 2013. Il y était rapporté que 50 chrétiens de la province de Borikhamxai avaient été sommés de se « reconvertir » à l’animisme traditionnel, au lieu de suivre « une religion importée de l’Occident ».

Il y a un an, dans cette même province, un pasteur avait été arrêté en août 2012 pour avoir « converti 300 Laotiens » du village de Napong, lesquels avaient été avertis par les autorités qu’ils devraient renoncer à leur foi ou quitter leur village. La même menace avait été faite aux chrétiens de la communauté voisine de Nahoukou, lors d'une réunion convoquée par les anciens du village qui s’inquiétaient « de la croissance de la religion étrangère chrétienne dans la région ».

Notes

(1) Il y a tout juste un an, la même situation s’était produite à Vongseekaew (district de Phin ) où les anciens du village avaient cherché à contraindre plus de 50 chrétiens (13 familles converties deux ans plus tôt) à boire « l’eau sacrée » sous peine d’être bannis du village. Les chrétiens ayant refusé, les autorités du sous-district s’étaient déplacées, menaçant les récalcitrants de démolir leurs maisons s’ils ne renonçaient pas au christianisme pour « revenir aux pratiques ancestrales ». Il avait fallu, pour que cesse ce harcèlement, que le chef de district, accompagné du responsable des Affaires religieuses et de celui des forces de l’ordre, organise une réunion dans le village pour déclarer officiellement que les habitants de Vongseekaew étaient libres de choisir leur religion, qu’il s’agisse du bouddhisme, du christianisme ou de l’animisme.
(2) Parmi les très nombreux incidents de même type signalés par le HRWLRF et le CSF pour la province de Savannakhet, mais aussi celles de Luang Namtha ou encore de Luang Prabang, il faut citer les chrétiens du village d’Allowmai (district de Phi) qui en 2012 avaient subi les pressions, concernant toujours le même rituel, des autorités locales, puis de celles du district, qui, en représailles, avaient fini par faire arrêter par la police les pasteurs de la communauté.