EDA, Eglise d'Asie - Agence d'information des Missions étrangères de Paris EDA, Eglise d'Asie - Agence d'information des Missions étrangères de Paris

Vous êtes ici : Accueil Asie du Sud-Est Laos Nouvelles arrestations et expulsions de chrétiens pendant la période de Noël

Rechercher

Recevoir gratuitement nos dépêches

Asie du Sud-Est - Laos

Imprimer

Nouvelles arrestations et expulsions de chrétiens pendant la période de Noël [ Bulletin EDA n° 543 ]

12/01/2011

Selon des sources protestantes évangéliques locales, onze chrétiens ont été interpellés le 4 janvier dernier dans le village de Nakoon, par les autorités locales et trois d’entre eux sont toujours maintenus en détention pour avoir « tenu une réunion secrète ».

Le lendemain de l’arrestation, deux chrétiens ont été relâchés, puis, le 6 janvier, six autres dont deux enfants âgés de 4 et 8 ans, de la prison provinciale de Khammouan, au centre du Laos, où ils les avaient été incarcérés.

Venus pour la plupart d’entre eux de Vientiane afin de fêter Noël au domicile du Rév. Wanna à Nakoon, dans le district de Hinboun, province de Khammouan, les onze participants ont été arrêtés par des policiers en armes, la veille de la célébration projetée.

Les trois chrétiens encore sous les verrous ont été identifiés comme étant des responsables d’« Eglises domestiques ». Le Rév. Wanna, du village de Nakoon, Thao Chanlai, du village de Tonglar, et Thao Kan, du village de Nahin, sont passibles d’une condamnation pour crime contre l’Etat aux yeux de la loi laotienne et encourent de sévères peines de prison.

Dès le mois de décembre, le Rév. Wanna avait informé les autorités locales que des membres de son Eglise désiraient se réunir à son domicile le 5 janvier afin de célébrer Noël, selon les directives de l’Eglise évangélique laotienne approuvées par le gouvernement, qui ont fixé la tenue des célébrations officielles entre le 5 décembre et le 15 janvier.

Au soir du 4 janvier, une vingtaine de policiers a fait irruption dans la maison du pasteur, braquant leurs armes sur les onze personnes présentes qui étaient en train de dîner. Ils les ont ensuite emmenées de force sous l’inculpation de « tenue d’une réunion secrète sans approbation officielle ».

Selon des sources évangéliques locales, cette arrestation est la dernière en date d’une série d’actions antichrétiennes qui touchent tout particulièrement le district de Hinboun, et qui ont commencé lorsque des habitants de Nakoon et des environs se sont convertis au christianisme. Les autorités accusent le Rév. Wanna de détruire la culture traditionnelle lao et l’avaient déjà arrêté en mai dernier pour avoir refusé de cesser ses rassemblements de prière à domicile. Avec lui avait été également emprisonné Thao Chanlai, qui avait commencé à réunir lui aussi des chrétiens à domicile dans son village de Tonglar, voisin de Nakoon. Les fidèles participants aux réunions de prière ont dû suivre des séances de rééducation et signer des documents par lesquels ils abjuraient leur foi. Mais les rassemblements au domicile du pasteur avaient repris à sa sortie de prison, en octobre dernier, malgré les menaces des autorités locales.

Selon différentes sources protestantes, dont l’ONG Christian Aid Mission, d’autres faits du même ordre se seraient produits pendant cette période de Noël, dont l’expulsion le 23 décembre d’une dizaine de familles chrétiennes de leur village de Katin, dans le district de Ta-Oyl, situé dans la province méridionale de Sarawane. Vers 9 heures du matin, le chef de village, accompagné des forces de l’ordre locales, du responsable des Affaires religieuses de la communauté et d’habitants armés, a forcé les chrétiens à sortir de leurs maisons, leur intimant l’ordre de renoncer à leur foi ou d’être bannis de la communauté. Ayant refusé d’obtempérer, les familles ont été expulsées du village, sans vivres ni biens personnels et ont dû rejoindre la communauté marginale d’autres chrétiens qui ont été exclus eux aussi de Katin il y a un an et qui vivent aujourd’hui encore dans des abris précaires, construits à la lisière de la jungle, aux limites des terres du village (1).

Le même scénario s’était en effet produit le 10 janvier 2010, où la célébration dominicale des chrétiens de Katin, alors plus nombreux, avait été interrompue par le chef de village, épaulé par les autorités du district de Ta-Oyl et d’une centaine d’hommes dont la plupart étaient armés (2). Soumis aux mêmes menaces que les familles expulsées le 23 décembre dernier, ayant refusé également de renoncer à leur foi, les chrétiens au nombre d’une cinquantaine avaient été traînés hors du village, leurs maisons brûlées et leurs biens confisqués.

Survivant dans des conditions très difficiles, manquant d’eau et de nourriture, ces familles attendent toujours l’assistance promise par les autorités provinciales. Les responsables au Laos de Christian Aid Mission ont averti le Bureau des Affaires religieuses de cette nouvelle expulsion de chrétiens mais aucune réponse n’est encore venue de la part des autorités.

Trois jours après l’expulsion forcée, le 26 décembre, le chef du village et les autorités locales afin de s’assurer de l’impossibilité du retour des familles de chrétiens, ont brûlé les clôtures entourant les rizières, détruit les digues qui retenaient l’eau et piétiné les cultures (3).

Selon les statistiques disponibles, la communauté chrétienne représenterait environ 1 % de la population du Laos, bouddhiste dans sa très grande majorité. Les articles 6 et 30 de la Constitution de la République démocratique populaire du Laos garantissent la liberté de religion, mais, dans les faits et en dépit de l’ouverture croissante du pays aux échanges internationaux, celle-ci demeure restreinte. Les minorités ethniques récemment converties au christianisme sont particulièrement l’objet de campagne de répression.

Notes

(1) Sources : Portes Ouvertes - Open Doors, 30 décembre 2010 ; Christian Examiner, 6 janvier 2011 ; ANS, 7 janvier 2011.
(2) Voir EDA 524
(3) Les chrétiens qui ont été bannis en 2010 continuent de se rendre hors saison dans leurs rizières afin de les cultiver, préservant ainsi leurs droits de propriété sur leurs terres (qui sans cela retourneraient à la communauté du village). La destruction des cultures ne permet donc plus l’exercice de ce droit et rend le retour des expulsés très improbable.