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Asie du Sud-Est - Indonésie

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Une semaine après les attentats, Surabaya s'interroge

Une semaine après les attentats, Surabaya s'interroge

24/05/2018

Le 13 mai, l’Indonésie était frappée par une vague d’attentats-suicides perpétrés contre trois églises de Surabaya, la deuxième ville du pays. Il s’agit des attaques les plus meurtrières depuis les attentats de Bali en 2002 qui avaient tué 202 personnes, des touristes pour la plupart. Surabaya n’est pas réputée pour être un berceau de l’extrémisme, soutient Johannes Nugroho, écrivain natif de la ville. Une semaine après les attaques, les habitants, de Surabaya continuent de s’interroger.

La dernière fois que Khori Han a aperçu son voisin Dita Oepriarto, c’était « à l’heure de la prière de Fajr », la prière de l’aube chez les musulmans. Ce 13 mai, quelques heures après, Dita Oepriarto, son épouse Puji Kuswati, et leurs quatre enfants âgés d’à peine 9 à 18 ans, se sont fait exploser quasi-simultanément devant trois églises de Surabaya, deuxième ville d’Indonésie. Dita Oepriarto « était très actif au sein de la mosquée », poursuit Khori Han. « C’était là que je le croisais le plus souvent. Car il ne ratait aucune des cinq prières quotidiennes. Mais il évitait de discuter religion. » Une semaine après les attaques les plus meurtrières qu’a subi le pays depuis les attentats de Bali en 2002, les habitants de Surabaya, qui compte plus de 80 % de musulmans, continuent de s’interroger.
Khori Han, chef du comité de quartier, se souvient : « La dernière fois que la mère, Puji Kuswati, avait accueilli chez elle la réunion mensuelle des femmes du quartier, celles-ci avaient été surprises quand leur hôte leur avait subitement interdit de chanter. » Pour Khori Han, rien ne laissait pourtant soupçonner la fabrication de bombes à domicile, ni des attentats suicide perpétrés en famille : « Les quatre enfants étudiaient dans des écoles Muhammadiyah », qui est présenté comme le courant indonésien islamique le plus modéré. « Pour moi, c’étaient des gens normaux », résume le voisin, qui se déclare aujourd’hui « choqué ».
« Pourquoi les parents ont-ils forcé leurs enfants à se suicider avec eux ? », s’indigne Niko, 18 ans. « C’est sûr, on leur a lavé le cerveau », ajoute ce jeune musulman, rencontré lors d’une messe d’hommage aux victimes. Membre de l’organisation de jeunesse Gerakan Pemuda Ansor, Niko a tenu, par sa présence, à manifester sa solidarité aux familles de victimes de la communauté chrétienne. « Nous sommes venus pour aider la police à assurer la sécurité de la cérémonie », explique-t-il, une mission à laquelle Gerakan Pemuda Ansor se consacre déjà au moment de Noël. Imanuel Harpha, venu exprès de Djakarta, la première ville d’Asie du Sud-Est attaquée par l’État islamique en 2016 lors d’un autre attentat suicide, au cœur de la capitale, estime aujourd’hui la menace terroriste « encore plus sérieuse ». En février, après avoir cherché à rejoindre Daesh en Syrie, un homme armé d’une épée avait fait irruption dans une église de Yogyakarta, dans le centre de l’archipel.

« Nous prions pour trouver le courage de pardonner »

Y a-t-il davantage d’intolérance contre les minorités religieuses ? Comme beaucoup de chrétiens, représentant 9 % de la population du pays qui compte le plus de musulmans au monde, Immanuel Harpa, catholique pratiquant, pèse ses mots : « C’est une question sensible, mais je n’ai guère envie d’empirer la situation. Après ces attentats horribles,je pense que nous avons davantage besoin de partager un message d’amour et de pardon. Aujourd’hui, nous prions pour trouver le courage de pardonner. Bien sûr, j’ai peur, mais je refuse de me laisser dominer par ce sentiment. »
« Surabaya n’est pas réputée pour être un berceau de l’extrémisme », défend Johannes Nugroho, écrivain natif de la ville. Élevé dans un milieu chrétien et se déclarant aujourd’hui « sans religion », Johannes Nugroho va jusqu’à dénoncer un gouvernement « dans le déni » de la montée du radicalisme après les divers événements de ces derniers mois. « Pour la plupart des musulmans, ceux qui perpétuent des actes terroristes ne peuvent être considérés comme des vrais musulmans. Les autres, ceux qui font partie des minorités religieuses, font mine d'acquiescer, parce qu’ils n’ont pas envie d’offenser leurs concitoyens musulmans. Malheureusement, de nos jours en Indonésie, l’islam, religion majoritaire, a parfois la mentalité d’une foi minoritaire, c’est-à-dire encline à s’imaginer persécutée. »
Les attentats de Surabaya, revendiqués par l’EI, ont écorné l’image nationale, sans oublier la détention du gouverneur chrétien de Djakarta pour blasphème en 2017 après une phrase de trop sur le Coran, la montée du Front des défenseurs de l’islam (FPI) à l’origine de plusieurs agressions, ou encore une récente attaque à l’épée dans une église du centre du pays. Les courants modérés restent pourtant majoritaires et condamnent unanimement les actes terroristes. Au lendemain des attentats de Surabaya, le président indonésien Joko Widodo a condamné « des attentats contre l’humanité », tout en arguant, dans une volonté d’apaisement, que « le terrorisme n’avait rien de religieux. »

(EDA / Marianne Dardard)
 

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Photos Marianne Dardard