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Asie du Sud-Est - Indonésie

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Quand les réseaux sociaux remettent en cause l’interdiction généralisée de vente de nourriture pendant le Ramadan

Quand les réseaux sociaux remettent en cause l’interdiction généralisée de vente de nourriture pendant le Ramadan

17/06/2016

« Un arrêté doit respecter la foi de tous les citoyens, pas seulement celle d’un groupe en particulier, et cet arrêté doit donc être révoqué », a déclaré le 13 juin dernier le P. Antonius Benny Susetyo, secrétaire du Setara Institute, un centre de défense de la démocratie et des droits de l’homme où sont actifs de nombreux chrétiens.

Cet appel rejoint celui d’un nombre croissant d’Indonésiens qui demandent la révision des arrêtés municipaux sur l’interdiction généralisée de vente de nourriture les jours de Ramadan, après qu’une vidéo publiée sur les réseaux sociaux le week-end dernier et diffusée à la TV indonésienne, a suscité l’émoi des internautes et des téléspectateurs indonésiens.

On y voit une restauratrice de 53 ans, en larmes, après que les forces de l’ordre ont perquisitionné son petit restaurant et confisqué son stock de nourriture alors qu’elle a servi à manger à des clients en plein après-midi de Ramadan. Le 10 juin dernier, quatre jours après le début de la période de jeûne des musulmans, une dizaine de restaurateurs de la ville de Serang, dans la province de Banten (à la pointe occidentale de l’île de Java), se sont ainsi vu confisquer leur outil de travail et leur stock de marchandises.

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©googlemap

Interdiction généralisée de vente de nourriture

Selon la police municipale de Serang, ils ont enfreint le règlement n° 2/2010 sur « la prévention, l’éradication et le contrôle des maladies sociales » qui stipule que les services de restauration ne doivent pas être ouverts les jours de Ramadan, entre 4h30 du matin et 16h, même pour les non-musulmans.

Pour le P. Johannes Haryanto, secrétaire général de la Conférence indonésienne sur les religions et la paix, « la police municipale n’aurait pas dû intervenir dans ce genre de situation, car jeûner relève de la liberté individuelle de chacun, ceux qui jeûnent devant respecter ceux qui ne jeûnent pas ».

Tollé sur les réseaux sociaux

Les passages de la vidéo qui montre Saeni, la quinquagénaire, suppliant les forces de l’ordre de ne pas confisquer son stock, du fait de sa situation d’endettement, a suscité un tollé général et un appel à abroger les arrêtés interdisant la vente de nourriture en période de Ramadan, dans les grandes villes indonésiennes.

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©KompassTV4

Vaste élan de solidarité sur le net

Parmi des personnalités publiques influentes sur les réseaux sociaux et indignées par cette situation, Dwika Putra, célèbre musicien et comédien indonésien, a immédiatement lancé un appel à don pour venir en aide aux petits restaurateurs de Serang. En moins de 36 heures, il a récolté 265 millions de roupies (17 730 euros). « Ces dons n’ont rien de politique ou de religieux. Il s’agit juste de venir en aide à ceux qui sont dans le besoin », a-t-il posté sur son compte Twitter.

Le président indonésien Jokowi Widodo, qui a critiqué ces descentes de police, a fait envoyer une délégation auprès de la restauratrice afin de lui remettre dix millions de roupies (670 euros). « Ils m’ont dit de l’utiliser pour payer mes dettes », a affirmé Soeni au Jakarta Post, visiblement très émue par cet élan de solidarité.

« Les gens réalisent que c’est l’humain qui nous unit », a déclaré le P. Susetyo au sujet de cette affaire.

Rétropédalage de la municipalité

Le maire de Serang a par la suite reconnu que les forces de l’ordre de la municipalité étaient allées trop loin dans cette affaire. « Confisquer de la nourriture dans des restaurants ou sur des stands était une erreur et n’était pas en conformité avec les procédures », a-t-il admis à l’agence Kompass, en promettant de réexaminer le décret.

Pour le ministre de l’Intérieur, Tjahjo Kumolo, une révision de ce type d’interdiction généralisée pourrait être envisagée à court terme.

Résistance aux pressions islamistes

Les fondamentalistes musulmans ont mené d’autres actions ces derniers jours. A Djakarta, le gouverneur Basuki « Ahok » Tjahaja Purnama s’est adressé à quelques 1 700 directeurs d’établissements scolaires qui, sous l’influence de groupes islamistes, souhaitaient voir généralisé le port du voile islamique à toutes les élèves inscrites dans leurs établissements : « Les étudiantes ne peuvent être contraintes de porter le voile islamique [hijab] car l’Indonésie respecte toutes les religions », a rappelé le gouverneur en expliquant que lorsqu’il était à la tête du district de Belitung-Est, où 93 % de la population est musulmane et où existait une forte demande de rendre le port obligatoire du hijab à toutes les élèves, il s’y était opposé pour les mêmes motifs. « Si vous, [musulmans], estimez que ce vêtement représente votre foi, alors vous êtes libres de le porter. Mais vous ne pouvez contraindre quiconque à le porter s’il ne le souhaite pas », a rappelé Tjahaja Purnama, originaire de la diaspora chinoise et faisant lui-même partie de la minorité chrétienne du pays.

Selon les chiffres gouvernementaux, l’Indonésie est le premier pays musulman au monde, avec 200 millions de fidèles, qui représente 85 % de la population indonésienne. C’est une république démocratique dont la Constitution garantit la liberté religieuse. La minorité chrétienne représente près de 10 % de la population.

(eda/nfb)