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Asie du Sud-Est - Indonésie

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Pour ses derniers instants, le Brésilien, de religion catholique, exécuté le 18 janvier n’a pas eu accès à un prêtre

Pour ses derniers instants, le Brésilien, de religion catholique, exécuté le 18 janvier n’a pas eu accès à un prêtre

23/02/2015

Parmi les six condamnés à mort exécutés le 18 janvier dernier se trouvait un ressortissant brésilien. Marco Archer Cardoso Moreira, 53 ans, avait été condamné à mort en 2004 pour avoir tenté d’introduire 13,4 kg de cocaïne en Indonésie. De religion catholique, il a été exécuté sans avoir eu accès à un prêtre catholique, dénonce ...

... l’aumônier catholique qui accompagne des détenus des couloirs de la mort des prisons indonésiennes.

Le P. Charles Burrows est un religieux irlandais, membre de la congrégation missionnaire des OMI (Oblats de Marie Immaculée). Missionnaire de longue date en Indonésie, connu sous le surnom de « Père Carolus », rattaché à une paroisse de Cilacap, dans la province de Java-Centre, il est aussi visiteur de prison et, à ce titre, accompagnait Marco Moreira lorsque celui-ci était détenu à la centrale de Pasir Putih.

Quelques jours avant son exécution, le 18 janvier, Marco Moreira avait été transféré au pénitencier de Besi, prison de haute sécurité sur l’île de Nusakambangan, surnommée « l’Alcatraz d’Indonésie ». L’île jouxte la ville de Cilacap. Selon le P. Burrows, le condamné a exprimé à l’aumônier catholique du pénitencier de Besi le désir d’être entendu et de recevoir les derniers sacrements de ses propres mains. La veille de l’exécution, le P. Burrows a demandé à l’administration pénitentiaire la permission d’assister le condamné dans ses derniers instants, autorisation qui a été refusée au motif que seule l’administration judiciaire était en mesure d’autoriser une telle démarche de dernière minute.

Selon le P. Burrows, qui s’est exprimé auprès de journalistes de l’AFP et de l’agence catholique Ucanews, les responsables de la prison ont exprimé leur regret de ne pouvoir accéder à la demande et expliqué qu’« il y avait déjà trois assistants religieux [auprès des condamnés à mort] : un bouddhiste, un musulman et un protestant ». « Je leur ai répondu que seul un prêtre catholique pouvait célébrer le sacrement demandé par le condamné », explique encore le missionnaire, qui précise que Marco Moreira a toutefois pu se confier au ministre protestant peu avant d’être attaché devant le peloton d’exécution qui l’a mis à mort. Le Père Carolus confie encore que, selon les confidences d’autres détenus du couloir de la mort, Marco Moreira s’est débattu et a crié à l’aide lorsque les gardes l’ont extrait de sa cellule.

Le P. Burrows a envoyé des courriers pour exprimer son indignation face à l’attitude de l’administration, courriers adressés à l’ambassade du Brésil à Djakarta, au tribunal local, à ses supérieurs des OMI, à son évêque, Mgr Julianus Kemo Sunarko, de Purwokerto, ainsi qu’à la Conférence des évêques catholiques d’Indonésie et au Saint-Siège.

L’ambassade du Brésil a rencontré le P. Burrows, ses envoyés se disant « très déçus » quant au déni d’accès aux derniers sacrements. Le Brésil, qui fait partie des pays qui ont aboli la peine de mort, multiplie actuellement les pressions sur l’Indonésie, un deuxième de ses ressortissants, Rodriguo Gularte, 42 ans, condamné pour trafic de drogue, devant être exécuté sous peu. Le 20 février, la présidente Dilma Rousseff a refusé d’accepter les lettres de créances du nouvel ambassadeur indonésien à Brasilia.

A Djakarta, à la Commission ‘Justice et Paix’ et pour la pastorale des migrants, le secrétaire de la commission, le P. Paulus C. Siswantoko, rappelle l’opposition de l’Eglise à la peine capitale et déclare : « Tous les condamnés détenus dans les couloirs de la mort ont le droit d’être assisté dans leurs derniers instants par un ministre de leur propre religion ; dans le cas présent, Marco a clairement été victime d’une violation de ses droits fondamentaux dans les dernières minutes de sa vie. Il est très inquiétant que l’Etat ne puisse pas garantir les conditions [d’une assistance religieuse digne]. »

En Indonésie, le Code pénal prévoit la peine de mort, par fusillade devant un peloton d’exécution, pour les crimes de meurtre et de trafic de drogue. De novembre 2008 à mars 2013, les autorités indonésiennes ont observé un moratoire des exécutions capitales, avant de les reprendre au motif de lutter contre le trafic de drogue, et cinq condamnés ont été exécutés entre mars et novembre 2013.

Depuis son élection en juillet dernier et sa prise effective de fonction en octobre 2014, le président Joko Widodo a fait de la reprise des exécutions capitales pour les trafiquants de drogue un test de sa détermination affichée à restaurer l’Etat de droit en Indonésie et à défendre la souveraineté de son pays face aux pays étrangers. Dans ce cadre – et face à une opinion publique largement favorable à la peine de mort pour les trafiquants de drogue –, les pressions exercées par les gouvernements dont des ressortissants figurent au nombre des condamnés à mort semblent renforcer, plutôt qu’affaiblir, la résolution présidentielle à ne céder à aucune pression. « Le fait de gracier ces condamnés aurait été perçu comme un signe de faiblesse au moment où le président, dont la popularité est en baisse, cherche à affirmer son autorité, analyse l’universitaire Delphine Alles dans un entretien au journal Le Monde. Leur exécution lui permet au contraire de donner l’image d’un président fort, notamment face aux pressions extérieures, raison pour laquelle sa position s’est durcie au fur et à mesure que les demandes de grâce s’intensifiaient. »

Le 20 février dernier, les autorités indonésiennes ont toutefois annoncé que l’exécution de deux Australiens condamnés à la peine capitale serait retardée de trois semaines à un mois, un report dont devraient bénéficier d’autres étrangers dans le couloir de la mort, parmi lesquels le Français, de confession musulmane, Serge Atlaoui.

Des ONG de défense des droits de l’homme font par ailleurs remarquer que l’attitude du président Jokowi risque de compliquer la tâche des autorités indonésiennes dans leur défense des 264 Indonésiens qui encourent la peine de mort à l’étranger. En 2011, Djakarta avait rappelé son ambassadeur à Riyad après l’exécution de Ruyati binti Saboti Saruna, 54 ans, employée de maison indonésienne accusée du meurtre de l’épouse de son employeur qui la maltraitait.

(eda/ra)