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Asie du Sud-Est - Indonésie

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Le programme de colonisation de la Papouasie par les migrants indonésiens se poursuit

Le programme de colonisation de la Papouasie par les migrants indonésiens se poursuit

07/11/2014

Malgré les nombreuses mises en garde de la communauté internationale et des ONG qui craignent une dégradation d’une situation déjà explosive dans les deux provinces indonésiennes de Papouasie (1), Djakarta se montre décidé à poursuivre son programme de colonisation de l’île.
 

Marwan Jafar, nommé le 27 octobre dernier, ministre du Développement des régions défavorisées et de la transmigration, a déclaré la semaine dernière lors d’une conférence de presse que « le programme de transmigration en Papouasie allait être poursuivi », ajoutant que « la priorité du gouvernement était de mettre fin aux conflits interethniques en Papouasie occidentale ».

Cette politique de « transmigration » de colons indonésiens venus des parties surpeuplées de l’archipel comme Java et Bali, vers des zones moins densément habitées comme la Papouasie, remonte à l’époque où l’île était sous domination hollandaise. Le programme, qui a été poursuivi et intensifié par l’Indonésie devenue indépendante, menace aujourd’hui la survie mêmes des peuples autochtones, les Papous. Les colons bénéficient aujourd’hui des lois spéciales et des quotas en faveur des résidents, aux dépens des aborigènes, lesquels voient s’accentuer les discriminations dont ils étaient déjà victimes.

Ces dernières années, les mouvements indépendantistes, qui montent en puissance dans les deux provinces, ont été violemment réprimés par l’armée, déclenchant des réactions indignées de la communauté internationale et des ONG qui ont dénoncé de graves violations des droits de l’homme (1). Maintenir le programme de colonisation de l’Indonésie en Papouasie menacerait la culture indigène et déstabiliserait davantage une région déjà troublée, ont dénoncé plusieurs observateurs du monde de la recherche après l’annonce du ministre.

Aleks Esema, un Papou de 50 ans, a déclaré par téléphone à l’agence Ucanews le 5 novembre dernier, que la poursuite de ce programme ne ferait que « creuser davantage l’écarts entre les Papous indigènes et les nouveaux colons ».

« Il faut d’abord guérir les plaies du peuple papou, avant d’aggraver les choses en poursuivant un programme qui n’a jamais été accepté par la population locale », plaide de son côté Ferige Uaga, 24 ans, étudiante à l’Université de Cendrawasih à Jayapura.

Un sentiment partagé par l’ensemble des aborigène de Papouasie dont le gouverneur Lukas Enembe s’est fait le porte-parole en déclarant aux médias que ce « programme qui menace gravement la population locale achèvera de rendre les Papous minoritaires dans leurs provinces d’origine ».

Selon Cypri Jehan Paju Dale, chercheur spécialisé sur la Papouasie, le processus est déjà bien avancé. « Actuellement, le nombre de Papous [en Papouasie] est inférieur à 50 % de la population totale », affirme-t-il. Plus inquiétant encore, d’autres analystes, tel Jim Elmslie, du Centre d’études sur la paix et les conflits de l’Université de Sydney, craignent que « les Papous représentent moins de 29 % de la population des provinces de Papouasie à l’horizon 2020 ».

Le P. John Djonga, prêtre catholique militant, a déclaré que Djakarta devait impérativement revenir sur son projet d’intensification des programmes de transmigration dans la région déjà tension, sous peine de « rendre la situation dangereuse pour les colons eux-mêmes ».

Le prêtre aborigène, connu pour être un défenseur ardent de la cause papoue, affirme que les exécutions extrajudiciaires et les violences envers les autochtones ont encore augmenté depuis le début de l’année 2014. Malgré les menaces de mort dont il est régulièrement la cible, il prend une part active à la défense des droits des aborigènes, et milite aux côtés de l’Organisasi Papua Merdeka (OPM) pour l’amélioration des conditions de vie des papous, revendiquant leur droit à la possession de leurs « terres ancestrales » ainsi qu’à l’accès aux soins de santé et d’éducation

Titus Budiyanto, prêtre catholique originaire de Sumatra, qui revient d’une mission de cinq mois en pays papou, témoigne quant à lui de la tension omniprésente et de la surveillance de l’armée dans la région frontalière de la Papouasie-Nouvelle Guinée, où les médias ne peuvent pénétrer librement (2). Le P. Budiyanto a relaté à l’agence AsiaNews, le 4 novembre, la surprenante « visite de courtoisie », ce mois d’octobre, du chef de l’armée indonésienne, le général Gatot Nurmantyo, qui s’est rendu, avec le responsable militaire de la division locale, dans la paroisse de St.-Peter de Kampung Bupul, dans le diocèse de Merauke, où il exerçait sa mission.

Le diocèse de Merauke, que son évêque Mgr Nicholaus Adiseputra, décrit comme étant situé « au milieu de nulle part », n’est en effet qu’à quelques minutes de la frontière avec la Papouasie-Nouvelle-Guinée que traverse par milliers chaque année des Papous fuyant l’oppression et le persécution qu’ils subissent dans la partie indonésienne de l’île (3).

Si le général Gatot Nurmantyo a offert un harmonium et quelques livres à la paroisse, « le but stratégique de sa visite ne faisait aucun doute », rapporte encore le prêtre catholique. « Son rôle est de contrôler les mouvements et les activités des groupes séparatistes », lesquels sont fréquemment soupçonnés par les autorités indonésiennes d’être couverts par les communautés chrétiennes.

Les Eglises jouent en effet, aux côtés des ONG, un rôle majeur dans la dénonciation des exactions commises par l’armée et l’administration indonésiennes à l’encontre des Papous et soutiennent les peuples aborigènes dans leur demande sinon d’indépendance, du moins de respect des droits de l’homme.

Contrairement à la majorité des colons indonésiens qui s’installent sur l’archipel, les Papous ont été très largement convertis au christianisme. Et la progression des catholiques, comme des protestants, ne cesse d’augmenter. Le 31 octobre, dans cette région isolée où se situe la paroisse St-Peter, le P. Budiyanto a baptisé vingt enfants, après un mois d’octobre « sous le signe du rosaire », où la statue de la Vierge Marie a été transportée en procession de villages en villages.

(ead/msb)

Notes

(1) La moitié occidentale de l’île de Nouvelle Guinée appartient à l’Indonésie (ex-Irian Jaya, divisée depuis 2003 en provinces de Papouasie occidentale et Papouasie), tandis que la partie orientale de l’île, indépendante au sein du Commonwealth depuis 1975, est devenue la Papouasie-Nouvelle Guinée.

(2) En témoigne la récente affaire des journalistes français, Thomas Dandois et Valentine Bourrat qui ont été libérés le 29 octobre, après 2 mois et demi de détention, pour être entrés en Papouasie occidentale dans l’intention de faire un reportage. RSF a fait cependant part de son inquiétude dans un communiqué, concernant les papous qui avaient aidé les reporters sur place et qui ont été accusés de « rébellion » par Jakarta.

(3) Une récente décision du 5 novembre dernier du ministère des Affaires étrangères de la Papouasie Nouvelle-Guinée semble cependant en mesure d’améliorer la situation des réfugiés papous qui, après avoir fui la partie indonésienne de l’île, s’entassent depuis des décennies dans des camps insalubres à la frontière. En collaboration avec l’UNHCR, son gouvernement s’est en effet engagé à régulariser gratuitement et d’ici un an tous les réfugiés papous venus d’Indonésie.